L’autonomie jugée par le Pape Benoît XVI (15 avril 2010)

 Extrait d’un article de Vatican Information Service

CITÉ DU VATICAN, 16 avril 2010 [1]

Hier matin, Benoît XVI a célébré la messe avec les membres de la Commission biblique internationale, consacrant son homélie au primat de l’obéissance à Dieu et au vrai sens de la pénitence et du pardon dans la vie chrétienne.

Rappelant les paroles de Pierre devant le Sanhédrin, plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes, il a dit :

On parle souvent aujourd’hui de la libération de l’homme, de sa pleine autonomie et par conséquent de sa libération de Dieu… Cette autonomie est un mensonge ontologique, car l’homme n’existe pas par lui même, ni pour lui même.

C’est aussi un mensonge socio-politique car la collaboration et le partage des libertés est nécessaire. Et si Dieu n’existe pas, s’il demeure inaccessible à l’homme, l’ultime instance est le consensus majoritaire, qui a le dernier mot et auquel tous doivent obéir.

Le siècle dernier a montré que le consensus peut être celui du mal. Sa soi-disant autonomie ne libère pas l’homme.

Puis le Pape a rappelé que les dictatures ont toujours été contraires à l’obéissance envers Dieu.

Les dictatures nazie et marxiste n’admettaient rien au-dessus du pouvoir idéologique

Aujourd’hui, si, grâce à Dieu, nous ne vivons plus en dictature, nous subissons des formes subtiles de dictature, un conformisme selon lequel il faut penser comme les autres, agir comme tout le monde.
Il a aussi des agressions plus ou moins subtiles contre l’Église, qui montrent combien ce conformisme représente une véritable dictature.


 Note complémentaire de VLR

Le Pape n’est pas seul à faire ce constat de l’autonomie du monde moderne et du rôle prépondérant de l’opinion, objet de convoitise de toutes les idéologies.

Alexandre SOLJENITSYNE, dans son Discours de Harvard de juin 1978 définit ainsi l’autonomie :

Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières. Elle est devenue la base de la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l’humanisme rationaliste, ou l’autonomie humaniste : l’autonomie proclamée et pratiquée de l’homme à l’encontre de toute force supérieure à lui. On peut parler aussi d’anthropocentrisme : l’homme est vu au centre de tout.

La philosophe Hannah ARENDT confirme que l’essence de la modernité réside dans l’autonomie de l’homme :

L’âge moderne avec l’aliénation croissante du monde qu’il a produit, a conduit à une solution où l’homme où qu’il aille ne rencontre plus que lui-même. [2]

L’historien François FURET définit ainsi l’idéologie, cette fille de la modernité :

[L’idéologie est] un système d’explication du monde à travers lequel l’action politique des hommes a un caractère providentiel, à l’exclusion de toute divinité. [3]

Le philosophe Marcel GAUCHET définit la république à partir du concept d’autonomie, ou plutôt, ce qui est équivalent, de son anti-hétéronomie :

La république c’est le régime de la liberté humaine contre l’hétéronomie religieuse. Telle est sa définition véritablement philosophique. [4]

Le juriste légitimiste Guy AUGÉ met en garde contre les conséquences de l’autonomie, à savoir la puissance désormais sans limite du pouvoir et le risque totalitaire qui en découle :

[…] l’idéologie du contrat social, proprement moderne et nominaliste, issue de Hobbes autant que de Rousseau, ne laissait plus subsister aucun contrepoids à la souveraine puissance du Léviathan-législateur.

Conférer au “peuple” la souveraineté de Léviathan ne se ramenait pas, quoiqu’on en ait pu dire, à un simple changement de titulaire de la toute-puissance : c’était une mutation décisive du concept de souveraineté, la porte ouverte au totalitarisme.

Car le tyran de naguère pouvait bien s’arroger de fait la toute-puissance : il trouvait toujours en face de lui quelque Antigone — « cette petite légitimiste », disait Maurras ! — pour lui rappeler l’existence de principes supérieurs.[…]

Peu importe qu’ensuite le totalitarisme ait varié, s’incarnant tantôt dans une assemblée collective, tantôt dans un chef charismatique plébiscité, ou que la nature des choses et la force des traditions lui aient opposé quelques obstacles : l’exorbitante et subversive prétention révolutionnaire, expression de la démocratie moderne, subsistait avec la virtualité totalitaire. [5]

Les concepts s’affinent, les positions se précisent, des choix s’imposent…

[1VIS, Titre original de l’article : Obéir à dieu et faire pénitence, Cité du Vatican, 16 avril 2010.

[2La crise de la culture. Folio Essais, p.119

[3Le passé d’une illusion, Ed. Livres de poche 1995, p.17.

[4Marcel GAUCHET, art. La république aujourd’hui in La revue de l’inspection générale, n°1, Janvier 2004

[5Guy AUGÉ : Succession de France et règle de nationalité - La Légitimité - Diffusion : D.U.C. Paris, (1979) -pp. 121-127.