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Vive le Roy
Unir les peuples de France dans l’amour du Roi

Charles MAURRAS entre Positivisme, Empirisme organisateur et Nationalisme

Comment instrumentaliser les catholiques
dimanche 1er janvier 2012 par Faoudel, Savéan Enregistrer au format PDF

Dans le monde royaliste on présente volontiers Maurras comme le restaurateur des principes monarchiques sur des bases rationnelles. Dans le monde catholique on fait de ce penseur agnostique un champion du droit naturel qui a défendu l’Église, de l’extérieur contre les attaques républicaines, et de l’intérieur contre le catholicisme libéral. Or, sur les plans politique et religieux, le Maître de l’Action Française revendique sa filiation à plusieurs philosophies et doctrines dont le Positivisme, l’Empirisme organisateur et le Nationalisme. Nous analyserons ici les fondements du modèle monarchique maurrassien ainsi que sa pertinence en tant que solution alternative à la monarchie traditionnelle de droit divin.

Pour une meilleure compréhension, nous recommandons la lecture préalable de l’étude Pouvoir et Autorité chez les Classiques et les Modernes.

PROPOS PARADOXAUX

Défense du catholicisme

Dans de nombreux textes et controverses, Maurras manifeste un attachement certain à l’Église catholique comme en témoigne cet extrait de Romantisme et Révolution (1922) :

De l’autorité des princes de notre race, nous avons passé sous la verge des marchands d’or, qui sont d’une autre chair que nous, c’est-à-dire d’une autre langue et d’une autre pensée. Cet Or est sans doute une représentation de la Force, mais dépourvu de la signature du fort. On peut assassiner le puissant qui abuse : L’Or échappe à la désignation et à la vengeance. […]

Sans doute, le catholicisme résiste, et seul : c’est pourquoi cette Église est partout inquiétée, poursuivie, serrée de fort près.

Chez nous, le Concordat l’enchaîne à l’État qui, lui-même, est enchaîné à l’Or, et nos libres-penseurs n’ont pas encore compris que le dernier obstacle à l’impérialisme de l’Or, le dernier fort de pensée libre est justement représenté par l’Église qu’ils accablent de vexations ! Elle est bien le dernier organe autonome de l’esprit pur.

Heureusement, la force conquérante n’est pas unique.

  • Le Sang et l’Or luttent entre eux.
  • L’Intelligence garde un pouvoir, celui de choisir, de nommer le plus digne et de faire un vainqueur. Le gardera-t-elle toujours ? Le gardera-t-elle longtemps ? [1]

On comprend que beaucoup de catholiques aient été séduits par un tel discours qui réserve une si belle place à l’Église, même s’il laisse un arrière goût désagréable tant l’antisémitisme y suinte (les « princes de notre race » s’opposent aux « marchands d’or, qui sont d’une autre chair, d’une autre langue, d’une autre pensée », « Le Sang et l’Or luttent entre eux  »).

On reste septique également sur la nature de cette Intelligence — affublée d’un « i » majuscule — qui lutte aussi contre l’« Or ».
Et qui est ce « plus digne » que l’Intelligence est supposée choisir pour vaincre ?

Profession de Foi positiviste

Par ailleurs ces propos favorables à l’Église surprennent plus encore, quand plus loin, le Maître de l’Action Française professe sa Foi, son credo envers le Positivisme d’un Auguste Comte présenté, sinon comme un messie, au moins comme le prophète :

S’il est vrai qu’il y ait des maîtres, s’il est faux que le ciel et la terre, et le moyen de les interpréter, ne soient venus au monde que le jour de notre naissance, je ne connais aucun nom d’homme qu’il faille prononcer avec un sentiment de reconnaissance plus vive. Son image ne peut être évoquée sans émotion.

À demi-voix, dans le silence de la nuit, il me semble que je redis des syllabes sacrées :

  • Ordre et Progrès.
  • Famille, Patrie, Humanité.
  • L’Amour pour principe et l’Ordre pour base ; le Progrès pour but.
  • Tout est relatif, voilà le seul principe absolu.
  • Induire pour déduire, afin de construire.
  • Savoir pour prévoir, afin de pourvoir.
  • L’esprit doit toujours être le ministre du cœur, et jamais son esclave.
  • Le progrès est le développement de l’ordre.
  • La soumission est la base du perfectionnement.
  • Les phénomènes les plus nobles sont partout subordonnés aux plus grossiers.
  • Les vivants seront toujours et de plus en plus gouvernés nécessairement par les morts.
  • L’homme doit de plus en plus se subordonner à l’Humanité.

Le poids même de ces sentences, leur austérité, leur rudesse, y ajoute un charme d’une vigueur naïve. On ne le sent complètement qu’après le temps et le loisir de l’initiation.
[…]

Douceur, tendresse, fermeté, certitudes incomparables, c’est tout ce que renferme pour l’élève de Comte ce terrible mot, si peu compris, de Positivisme ! [2]

Validité permanente de ces propos assumés dans plusieurs éditions

Ces deux extraits, pourtant tirés du même ouvrage Romantisme et Révolution, présentent un paradoxe :

  • dans l’un on trouve une défense de l’Église catholique,
  • dans l’autre, un naturalisme quasi religieux (« les syllabes sacrées ») dans la promotion du Positivisme.

Comment alors expliquer des prises de position apparemment si opposées ? Que faut-il entendre par ces mots d’Ordre, de Progrès, d’Humanité ?

L’explication, Maurras nous la donne, toujours dans ce même livre, en publiant d’anciens textes qui ont présidés à la fondation de l’Action Française et qu’il juge indispensable de porter à la connaissance de la jeune génération.
Il y revendique aussi, à peine atténuée, l’actualité et la validité de sa réflexion d’alors comme en témoigne le passage suivant :

Mes réflexions d’alors aboutirent à des conclusions générales qui n’ont pas perdu tout leur intérêt aujourd’hui, car elles ne furent pas étrangères à la fondation de notre Action Française sept mois plus tard. […]

Il me paraît bien vain d’y changer grand-chose, hormis quelques paroles aiguës que j’ai plaisir à effacer. S’il fallait tout réécrire, je n’aurais pas de peine à m’abstenir d’un certain courant d’épigrammes. [3]

Dans l’étude qui suit, il faudra toujours avoir à l’esprit que :

  • Maurras admet avoir débarrassé son ouvrage des « paroles aiguës » qui pouvaient choquer dans la première édition.
  • À aucun moment il ne précise quelles sont les épigrammes (les formules) dont il souhaiterait se passer.
  • Il affirme donc qu’il n’y a pas changement dans son argumentaire qu’il publie à l’identique.
  • Nulle-part, il reconnait s’être trompé ou récuse des déclarations antérieures.

C’est donc légitimement que nous considérerons les textes qui suivent, publiés et préfacés par Maurras en 1922, comme l’expression de la pensée maurrassienne à cette date.
D’ailleurs Maurras revient rarement sur ses affirmations, et chaque polémique est, au contraire, l’occasion d’une réaffirmation de ses positions originelles.


LE POSITIVISME

Fondement et méthode du positivisme

Le fondement de la pensée d’Auguste Comte

Dans son Auguste Comte datant de 1904 et repris en 1922 dans Romantisme et Révolution, Maurras expose la motivation profonde de la philosophie positiviste :

Quand Jundzill* écrivit à Comte, il y avait exactement vingt-cinq années que le philosophe poursuivait son programme de réorganiser, en effet, sans Dieu ni roi. [4]

* Un disciple de Comte [Note de VLR].

Et dans une note de bas de page Maurras commente :

Les mots de royauté et de roi ont chez Comte une acceptation bien définie : ils veulent dire roi et royauté de droit divin. [5]

Donc, si on suit Maurras, Comte n’est pas opposé à la royauté en elle-même, mais uniquement aux royautés traditionnelles en tant qu’elles supposent toutes la transcendance d’un Dieu créateur. Laissons Louis de Bonald nous expliquer ce qu’est le droit divin :

Nous ne voyons le droit divin que dans la conformité des lois sociales aux lois naturelles dont Dieu est l’auteur. [6]

Mgr de Ségur est plus explicite encore :

pour un Souverain quelconque, régner de « droit divin », c’est tout simplement régner légitimement, en vertu de droits légitimes ; c’est être le représentant légitime de Dieu pour le gouvernement d’une société, d’un peuple. De là cette formule célèbre, qui fait tant crier les impies et les ignorants : régner par la grâce de Dieu. [7]

Ainsi comme toutes les autres monarchies d’avant 1789, la Monarchie française est de droit divin. Lors du Sacre, le roi reconnaît institutionnellement la suzeraineté de Dieu, le devoir de protéger et de servir son Église. Et ce ne sont pas de vains mots : un Louis XV l’affirme encore devant le Parlement de Paris lors du fameux Discours de la flagellation en 1766 :

[…] le pouvoir que j’ai reçu de Dieu, pour préserver mes peuples […] [8]

Pourtant nous le verrons, Maurras reprendra comme leitmotiv l’autonomie du politique à l’égard de Dieu : l’autorité politique ne saurait provenir ni même dépendre de Dieu. Dans ce cadre, un culte public avec une religion d’État révélée est inconcevable, et en 1942, il écrit encore dans les colonnes de l’Action Française :

Nous n’avons jamais été d’avis de compromettre ce qu’il y a de plus sacré dans l’homme, avec les troubles agitations de la politique, nulle alliance du Trône et de l’Autel n’a jamais fait notre admiration. [9]

Comprenons : le fondement de la Monarchie française (le Pacte de Tolbiac entre Clovis et Dieu), le Sacre, l’unité et la pérennité de notre pays par cette alliance du Trône et de l’Autel, ne satisfont pas Maurras, il veut autre chose.
Et s’il prétexte contre cette alliance une possible compromission, une corruption de la religion par le pouvoir, il s’assoit en définitive sur une réalité de 1500 ans de bonne harmonie.

La méthode « scientifique » d’Auguste Comte

Nous l’avons vu, Comte cherche à construire un nouveau monde « d’ordre et de progrès », il tient en horreur l’anarchie et la violence révolutionnaire, héritière, selon lui, du libre examen protestant. Par ailleurs il admet que l’ordre et le progrès supposent toujours l’action d’une autorité, d’un pouvoir légitime. Or Comte veut construire « sans Dieu ni roi », sans le droit divin, aussi récuse-t-il toutes les sciences qui jusqu’alors justifiaient cet ordre traditionnel :

  • la métaphysique, la science de l’être, avec ses outils (comme l’étude des principes et des causes) et ses concepts (comme l’existence, l’essence, l’accident et la substance).
  • la science politique traditionnelle, la science de la cité, encore appelée morale politique, qui dans l’ordre de l’AGIR ou de la philosophie pratique, se distingue de la morale domestique (familiale) et de la morale personnelle.

Pour trouver une nouvelle source à l’autorité, il propose une méthode qu’il qualifie de « scientifique », une « science positive » calquée sur les mathématiques, la physique, l’astronomie… Maurras nous l’expose :

Établir des principes politiques nouveaux, et les établir de manière qu’ils soient inébranlables, c’est-à-dire les fonder sur les mêmes bases qui supportent les sciences inébranlées, voilà le projet que roulait ce cerveau de vingt-quatre ans quand il méditait son « Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société ».
  • « Pour réorganiser », c’était son idée principale : il se marquait ainsi son but.
  • « Les travaux scientifiques » étaient « nécessaires » : il marquait son moyen et le définissait.

Ce mot de scientifique est à prendre dans un sens strict. L’astronomie, la physique, la chimie, la physiologie cherchent et trouvent les lois des apparences qu’elles étudient : il faut examiner comment elles s’y prennent pour cela, et, cette étude faite, fonder de la même manière une science de la vie supérieure de l’homme. Cette science sera, comme les autres, relatives à des apparences ; mais ses apparences seront, comme les autres, reliés par des lois. Substituer à la recherche des causes et des substances [méthode métaphysique (note de VLR)], qui, réelles ou imaginaires, nous demeurent insaisissables, la simple recherche des lois : ce fut la méthode nouvelle. Cette méthode était destinée à fournir la doctrine nouvelle qui serait le principe d’une nouvelle autorité, destinée elle-même à vaincre l’esprit d’examen et à remplacer notre anarchie transitoire par l’ordre nouveau. [10]

Et Maurras adhère sans réserve à l’analyse de Comte, il croit lui aussi à l’existence de lois positives induites grâce une science positive différente de la métaphysique, il écrit :

Tout autant que les autres sciences de l’observation, la Politique tirée de l’Histoire critique prend note de semblables retours des phénomènes pour en tirer avec certitude ses lois. [11]

La principale loi que Comte pense découvrir dans l’histoire est la Loi des trois états qui décrirait le « progrès de l’humanité ».
Selon lui l’histoire présenterait trois âges :

  • l’état théologique : le plus archaïque ; les phénomènes inconnus s’expliquent par des interventions divines.
  • l’état métaphysique : plus rationnel mais encore limité.
  • l’état positif ou scientifique : terme de l’évolution de l’humanité.

En aucun cas, on ne saurait confondre ces pseudo « lois » avec la loi morale ou le droit naturel des philosophes classiques ; en effet, le droit naturel suppose l’existence d’une nature humaine immuable, or les « lois » que Comte et Maurras espèrent tirer de l’histoire sont les lois du progrès, de l’évolution de l’homme vers l’Humanité. Notons qu’en 1944 Maurras revendique toujours le titre de « physicien politique » [12]. Le très clairvoyant philosophe politique germano-américain Éric Vœgelin résume le système positiviste en ces termes :

[…] pour Comte la marche de l’humanité vers la rationalité de la science positive constituait une évolution s’acheminant indéniablement dans le sens du progrès […] [13]

Puis il établit une critique de la méthode positiviste, de sa prétention à balayer d’un simple revers de main la métaphysique et avec elle, la science politique traditionnelle :

Afin de rabaisser la science politique de Platon, Aristote ou saint Thomas au rang de « valeurs » parmi d’autres, un chercheur consciencieux aurait d’abord dû démontré que leur prétention à la scientificité était dénuée de fondement. Or cette tentative est vouée à l’échec car, au moment où le soit-disant critique pénètre en profondeur la signification de la métaphysique, de manière à ce que sa critique ait quelque poids, il devient à son tour métaphysicien. On ne peut attaquer la métaphysique avec bonne conscience que si l’on se tient à bonne distance de celle-ci, distance qui caractérise la connaissance imparfaite. [14]

Et dans un réalisme confondant Vœgelin ajoute ces constats évidents :

Différents objets requièrent différentes méthodes.
  • Un théoricien politique qui essaie de comprendre la signification de la République de Platon n’aura que faire des mathématiques ;
  • un biologiste qui étudie la structure d’une cellule n’aura que faire des méthodes de la philologie classiques et des principes de l’herméneutique. […] Consolons-nous, car un tel mépris est un problème éternel dans l’histoire de la science, Aristote lui-même ayant dû rappeler à certains casse pieds de son époque qu’un homme cultivé ne doit pas attendre une exactitude de type mathématique dans un traité de politique. [15]

Enfin, Vœgelin pratique l’autopsie de la méthode positiviste :

L’idée de découvrir une « loi » des phénomènes sociaux, dont la fonction correspond à la loi de la gravitation dans la physique newtonienne, n’a jamais dépassé le niveau de propos en l’air à l’époque napoléonienne. À l’époque de Comte, cette idée était déjà édulcorée au point de prendre l’aspect de la « loi » des trois états, c’est à dire un morceau d’illusoire spéculation sur la signification de l’histoire qui s’interprétait elle-même comme la découverte d’une loi empirique. Le sort de l’expression physique sociale est caractéristique de la diversification précoce que connut le problème. [16]

La religion naturelle d’Auguste Comte

Son dogme, son culte et son dieu

Vœgelin voit juste, la pseudo loi empirique des trois états relève de l’acte de foi. D’ailleurs sans théologie ni métaphysique, la simple démarche positiviste ne suffit pas pour parvenir à une société ordonnée, et Comte doit, lui aussi, se résoudre à recourir à une morale, à un dogme, à un culte, et même à une religion que Maurras nous décrit ainsi :

Or, de bons sentiments ne suffisent pas à diriger l’activité. […] Il faut des convictions, c’est-à-dire une foi, c’est-à-dire un dogme. […] un dogme aimé. […] Le dogme appelle un culte. À cette condition seulement la religion sera complète, et la religion est indispensable à toute morale qui veut être pratiquée et vécue. Sans religion, point de morale efficace vivante : or, il nous faut une morale pour mettre fin à l’anarchie des sentiments, comme il a fallu une classification des sciences pour mettre fin à l’anarchie des esprits. Auguste Comte institua donc une religion.

Si la tentative prête à sourire, je sais bien, par expérience, qu’on n’en sourit que faute d’en avoir pénétré bien profondément les raisons.

  • Le dogme catholique met à son centre l’être le plus grand qui puisse être pensé, id quo majus cogitari non potest, l’être par excellence, l’être des êtres et celui qui dit : sum qui sum.
  • Le dogme positiviste établit à son centre le plus grand être qui puisse être connu, mais connu « positivement », c’est-à-dire en dehors de tout procédé théologique ou métaphysique.

Cet être, les sciences positives l’ont saisi et nommé au dernier terme de leur enchaînement, quand elles ont traité de la société humaine : c’est le même être que propose à tout homme, comme son objet naturel, l’instinctive révélation de l’amour dans la silencieuse solitude d’un cœur, qui ne cherche jamais que lui : être semblable et différent, extérieur à nous et présent au fond de nos âmes, proche et lointain, mystérieux et manifeste, tout à la fois le plus concret de tous les Êtres, la plus haute des abstractions, nécessaire comme le pain et misérablement ignoré de ce qui n’a la vie que par lui ! Ce que dit la synthèse, ce que la sympathie murmure, une synergie religieuse de tous nos pouvoirs naturels le répétera : le Grand-Être est l’Humanité. [17]

Donc, pour Comte, le dieu positif de l’homme, ce Grand-Être objet de la religion positive — la religion nouvelle — est l’Humanité elle même. Cependant Maurras précise ce qu’il faut entendre par Humanité :

[…] humanité ne veut aucunement dire ici l’ensemble des hommes répandus de notre vivant sur cette planète, ni le simple total des vivants et des morts. C’est seulement l’ensemble des hommes qui ont coopéré au grand ouvrage humain, ceux qui se prolongent en nous, que nous continuons, ceux dont nous sommes les débiteurs véritables, les autres n’étant parfois que des « parasites » ou des « producteurs de fumier ». [18]

Il s’agit là d’une vision, certes élitiste, mais profondément progressiste et évolutionniste, donc moderne, de l’homme. Et Maurras partage la foi de Comte ; avec des accents tout religieux il déclare :

Il [Comte] a rouvert pour nous qui vivons après lui dans le vaste sein du Grand-Être, de hautes sources de sagesse, de fierté et d’enthousiasme. […] Ne le laissons pas sans prières. Ne nous abstenons pas du bienfait de sa communion. [19]

Place des catholiques dans le positivisme

Le paradis terrestre d’Auguste Comte réalisé par un œcuménisme dévoyé

Selon les positivistes, les voies métaphysique et théologique pour établir une société sont sources d’interminables querelles. A contrario, la religion positiviste pacifiera les esprits et unira dans un œcuménisme réellement efficace et serein les progressistes et les catholiques, à condition que ces derniers renoncent définitivement au droit divin et que leur religion soit reléguée au rang d’« enthousiasme poétique » :

La discussion stérile est finie à jamais, l’intelligence humaine songe à être féconde, c’est-à-dire à développer les conséquences au lieu de discuter les principes. Les dissidences sont de peu.
  • Les conquêtes de l’ordre éliminent nécessairement les derniers partisans des idées révolutionnaires, qui forment « le plus nuisible et le plus arriéré des partis ».
  • Tous les bons éléments du parti révolutionnaire abjurent le principe du libre examen, de la souveraineté du peuple, de l’égalité et du communisme socialiste […]
  • Les bons éléments du parti rétrograde abjurent, tout au moins en politique, la théologie et le droit divin.

Les positivistes font

  • avec les premiers une alliance politique,
  • avec les seconds l’alliance religieuse.

Car

  • les premiers ont de l’ardeur et de la vie, semences ignées du progrès, et
  • LES SECONDS POSSÈDENT UNE DISCIPLINE DU PLUS GRAND PRIX.

Au catholicisme, que Comte ose appeler « le polythéisme du moyen-âge », se substitue sans secousse le culte de l’Humanité, au moyen de la transition ménagée par la Vierge-Mère,

  • cette « déesse des Croisés »,
  • « véritable déesse des cœurs méridionaux »,
  • « suave devancière spontanée de l’Humanité ».

Le conflit entre l’enthousiasme poétique et l’esprit scientifique est pacifié.

Paix dans les âmes. Paix au monde. La violence aura disparu avec la fraude. Avec la guerre civile, la guerre étrangère s’apaisera sous le drapeau vert d’une république occidentale, présidée par Paris, étendue autour du « peuple central » (la France), à l’Italie, à l’Espagne, à l’Angleterre et à l’Allemagne.

Le Grand-Être, qui n’est pas encore, Comte l’avoue, le Grand-Être sera enfin : les hommes baigneront dans la délicieuse unité des cœurs, des esprits, des nations. [20]

Quel statut Auguste Comte réserve-t-il à l’Église au sein de sa religion de l’Humanité ?

Statut du catholicisme au sein de la religion positive

La religion devient une compréhension imagée, un habillage poétique des « vérités positives » ; elle n’a le droit de cité qu’en tant que servante de la « religion positive » :

Ce que le philosophe peut exiger de la poésie, c’est seulement de ne pas contredire ce que la science révèle de certain sur la nature humaine. Sous cette condition, que la poésie ait champ libre ! Elle ne pourra qu’ajouter par ses ornements à la magnificence de la religion.
  • Veut-elle attribuer aux corps des qualités imaginaires ? Il suffit qu’elles ne soient point « en opposition avec les qualités constatées ».
  • Veut-elle concevoir des êtres absolument fictifs ? Il suffira qu’ils servent le Grand-Être et contribuent à rendre la synthèse aussi émouvante que vraie. [21]

D’ailleurs Maurras nous explique que Comte lui-même cède à l’« enthousiasme poétique » dans ses déclarations panthéistes :

Auguste Comte en a donné l’exemple. Puisque le Grand-Être nous manifeste, aussi réellement que possible, « l’entière plénitude du type humain, où l’intelligence assiste le sentiment pour diriger l’activité »,
  • pourquoi ne pas associer aux hommages rendus au Grand-Être cette Planète, avec le système entier qui lui sert de demeure ?
  • Pourquoi s’arrêter là et ne point ajouter à ce couple de dieux l’Espace qui enveloppe notre système ?
  • Que la Terre et les planètes se meuvent, rien empêche d’y voir un acte de volonté.
  • Que l’Espace se laisse franchir, rien n’empêche d’expliquer que ce libre parcours ait été laissé au chœur de nos astres par l’acte continu de sympathies immenses.
  • Rien n’empêche non plus de rêver que, si l’Espace fut, c’est pour que la Terre, son satellite, ses compagnes et son soleil y puissent fleurir ;
  • il n’est pas difficile non plus d’imaginer supplémentairement que la Terre, qui était indispensable à la « suprême existence », ait voulu concourir en effet au Grand-Être.

Le poète a le droit de ne pas tenir la concordance pour fortuite. Comme le savant explique les hommes par la loi de l’Humanité, l’attrait de ce Grand-Être rendra compte au poète de la subtile bienveillance des innombrables flots de l’Espace éthéré, et du courage que la Terre (et aussi le soleil et la lune « que nous devons spécialement honorer ») a déployé et déploiera pour le commun service de l’Humanité triomphante. [22]

À ce stade, on retrouve un Maurras un peu gêné du ridicule de l’« enthousiasme poétique » du philosophe quand celui-ci affuble la Terre-Mère du nom de Grand-Fétiche :

Ici, le philosophe, peut-être soucieux à l’excès de sa philosophie de l’histoire, et voulant, comme il le dit, incorporer le fétichisme en même temps qu’un certain degré de polythéisme à sa religion de l’humanité, eu le tort déplorable de gâter, en leur donnant un nom malheureux, ses rêveries qui sont fort belles.[…] Grand-Fétiche, — c’est le nom qu’il osa décerner à la Terre-Mère […] [23]

Ces dernières citations appellent plusieurs remarques :

  • Le lecteur attentif aura reconnu dans tous ces propos le thème gnostique éculé d’un monde divin, qui prend peu à peu conscience de sa divinité par le progrès de la connaissance humaine, par le progrès de son intelligence.
  • Maurras ne s’offusque pas de la divinisation du Monde, de l’Espace, de la Terre-Mère, mais seulement du nom ridicule de « Grand-Fétiche » que Comte donne à l’Univers, ce Grand-Tout des gnostiques.

En réalité, il adhère au panthéisme de Comte et le répète à l’envi : après la publication de L’Avenir de l’intelligence en 1905, il écrit à Maurice Barrès :

Tant mieux si ce Comte a quelque netteté. Le nouveau de l’étude est qu’elle est conçue par rapport à la Synthèse subjective, qui est la fin et le centre du Positivisme, que personne ne lit et qui parle à mon paganisme à cause de la demi-déification de la Terre et du Ciel. [24]

De l’union des catholiques et des athées pour défendre la civilisation

Maurras ne peut se passer de troupes catholiques, nous avons vu qu’elles « possèdent une discipline du plus grand prix », aussi développe-t-il une idée promise à bel avenir : l’union pratique des athées et des catholiques pour défendre le progrès de l’ordre et de la civilisation.
Dans la note X de Trois idées politiques (1898) — livre repris dans Romantisme et révolution (1922) — on trouve :

Le positivisme
  • invite ceux qui ne croient plus en Dieu et qui veulent travailler à la régénération de leur espèce à se faire positivistes, et
  • il engage ceux qui y croient à redevenir catholiques.

[…] S’ils se distribuaient entre ces deux systèmes, l’un et l’autre énergiquement ordonnés, les défenseurs du genre humain auraient vite raison de leur adversaire, l’esprit de l’anarchie mystique.

C’est contre cet esprit d’anarchie, ennemi-né des groupements nationaux aussi bien que des combinaisons rationnelles, que les deux Frances peuvent se réunir encore.

Si elles ne parviennent pas à tomber d’accord de ce qui est vrai, il leur reste à s’entendre sur le bon et l’utile.

Je ne prétends point que cela arrive nécessairement ; mais si cela n’arrive pas, nous sommes perdus. [25]

Et ce discours trouve toujours l’oreille de nombreux catholiques quand ceux-ci s’allient aux athées, aux néo-païens identitaires, aux sectateurs de la gnose guénonienne (René Guénon) ou évolienne (Julius Evola), tout cela au sein de partis de l’ordre et de survie nationale comme le Front National ou la récente Union de la Droite Nationale (voir le site synthesenationale.hautetfort.com).

Or, il s’agit bien là d’une manipulation : ces penseurs athées sont très peu nombreux, et il leur faut des troupes pour conquérir l’opinion ; ils les trouveront dans les rangs des catholiques dont on connaît l’esprit d’abnégation, la discipline et la combattivité, mais aussi, hélas, l’extraordinaire naïveté.
Pour établir l’ordre, Maurras (comme Comte) ne peut se passer des catholiques :

En 1906, il écrit à l’abbé Penon :

On ne peut rien faire sans l’alliance catholique, et je doute que les catholiques seuls puissent se rendre maîtres de l’opinion… [26]

En 1944 il déclare encore dans sa Préface à l’ouvrage d’un Jean Madiran catholique :

Je ne pense pas que notre pays puisse se relever de sa dernière chute profonde sans le concours de catholiques nombreux, actifs, influents, et dont l’esprit soit restauré dans sa vertu, régénéré dans son principe. [27]

Précisons cependant : quand Maurras parle des catholiques, il s’agit des catholiques de tradition et non des catholiques libéraux (ou modernistes) corrompus par l’esprit d’examen ; au besoin, et pour garder l’effectif des troupes de combat, on défendra ceux-ci contre ceux-là.

Maurras se met donc en quête d’un système qui permette l’union des intelligences et l’accord pratique entre positivistes et catholiques traditionnels.

  • L’Empirisme organisateur remplacera, sur le plan intellectuel, le droit naturel et la métaphysique.
  • Le nationalisme intégral remplacera, sur le plan politique et social, le droit divin.

Il est à noter que l’Empirisme organisateur et le nationalisme intégral revêtiront tous les deux un caractère fortement religieux revendiqué par Maurras.


L’EMPIRISME ORGANISATEUR

Le disciple de Sainte-Beuve

L’Empirisme organisateur est un « système religieux et moral »

Maurras prétend avoir démontré scientifiquement par l’étude historique, l’existence d’un ordre progressif du monde : l’Empirisme organisateur ; modèle compatible avec la vision progressiste des Trois états d’Auguste Comte. [28]
Plus encore, l’Empirisme organisateur a pour vocation de constituer un « système religieux et moral » moderne, rationnel et sans Dieu :

  • Ou ces mots aimés de progrès, d’émancipation et d’autonomie intellectuelle, de raison libre et de religion de la science, ont perdu leur sens défini,
  • ou cet Empirisme organisateur que j’ai rapidement déduit de l’Histoire naturelle des esprits constitue le système religieux et moral, parfaitement laïque, strictement rationnel, pur de toute mysticité, auquel semble aspirer la France moderne. [29]

On retrouve ici la prétention à la « rationalité » que la Modernité revendique, sans toutefois jamais y parvenir. En effet, si la Modernité voue un véritable culte à la Raison, elle en fait très peu usage : « rationnel » ne signifiant pour les modernes que « fruit de la volonté de l’homme ».
D’autre part Maurras ne songe aucunement à restaurer une tradition, au contraire, il emboite le pas à laïcisation des mentalités, occasion pour lui, de promouvoir une nouvelle religion.

Une fête nationale Sainte-Beuve ou Fête de la déesse Raison

Et en reconnaissance à Sainte-Beuve — l’inventeur du concept d’Empirisme organisateur — Maurras propose une fête nationale, fête qui serait par la même occasion la fête de l’Intelligence, la fête de l’œcuménisme des intelligences, bref la fête de la « déesse Raison ».

Tout compté, une fête nationale de Sainte-Beuve ne me semble pas une pure imagination.
  • Si les partis de droite pouvaient oublier ses passades d’anticléricalisme ;
  • si, à gauche, on savait ce que parler veut dire et qu’on y cherchât où elle est la liberté de pensée ;
  • si les radicaux prenaient garde que Sainte-Beuve ne fut jamais sacristain et
  • si les catholiques observaient que non plus il ne se fit pas calviniste, bien qu’il ait fleureté du côté de Lausanne :

eh bien ! L’œuvre, le nom, la moyenne des idées de ce grand esprit, sans oublier ce prolongement naturel, leurs conséquences politiques, ferait le plus beau lieu du monde où se grouper dans une journée de réconciliation générale. On y saluerait l’espérance du Progrès véritable, qui, pour le moment, ne consiste qu’à réagir ; et, d’entre les ruines du vieux mysticisme anarchique et libéral, se relèveraient les couronnes, les festons, les hôtels et la statue intacte de cette déesse Raison, armée de la pique et du glaive, ceinte d’olivier clair, ancienne présidente de nos destinées nationales. [30]

L’allégorie de la déesse Raison : Athéna/Minerve

On aura reconnu dans la « déesse raison armée de la pique et du glaive, ceinte d’olivier clair » la déesse Athéna ou Minerve. En effet la déesse de la sagesse — ou de la Raison ou de la civilisation — tient une grande place dans le système de représentation maurrassien ; dans la préface de son ouvrage de 1922, Romantisme et Révolution, le Maître précise en effet :

L’essentiel [du livre] en est dégagé dans le discours programme final qui est intitulé Invocation à Minerve.  [31]

Or, dans ce texte court et obscur, Maurras développe des thèmes récurrents de la gnose comme celui d’un monde imparfait qui suscite insatisfaction, mécontentement, voire révolte contre la création. Il revient alors à l’homme de parfaire ce travail bâclé (celui d’un démiurge maladroit, d’un mauvais dieu ?) sous l’aiguillon de la déesse bienveillante et civilisatrice :

[…] ton histoire, ô déesse, te révèle l’amie de l’homme. De tous les animaux qui étaient épars sur la terre, tu connus qu’il était, sans comparaison, le plus triste, et tu choisis ce mécontent pour en faire ton préféré.

Déesse, tu rendis sa mélancolie inventive ; il languissait, tu l’instruisis, tu lui montras comment changer la figure d’un monde qui lui déplaît. [32]

Puis il ajoute :

Que de jouets tu fis descendre de la tête de Jupiter ? Les poètes n’ont oublié ni le feu de ton Prométhée, ni l’olive athénienne, ni les ruses de guerre suggérées au héros […] [33]

Effectivement dans la mythologie grecque, Athéna enseigna Prométhée (contre les ordres de Zeus) qui transmit à son tour la connaissance, symbolisée par le feu ou la lumière aux hommes. Prométhée, l’« émancipateur », le porteur de lumière, le lucis ferre (Lucifer), est bien un disciple d’Athéna.

Logiquement l’homme qui parfait le monde devient lui aussi créateur, divin. Or, telle est bien la conclusion de L’Invocation à Minerve :

Déesse amie de l’homme, ton charme seul est apte à nous introduire au divin !  [34]

Nous ne prétendons pas avoir trouvé des clés, nous remarquons juste que, faute de clarté, toutes les interprétations sont possibles. Cependant il est d’usage lorsqu’on présente un programme politique de l’énoncer en termes clairs, accessibles au commun des mortels, sauf si… sauf s’il contient des propositions ou des buts inavouables et réservés aux seuls initiés qui en ont le code. Notons que la filiation gnostique de la pensée maurrassienne est aussi soulignée par des spécialistes comme Jacques Prévotat :

Le maurassisme est un dualisme qui accorde une part importante à l’imaginaire, au mythe, à l’ésotérisme [35] et se rapproche d’une sorte de « manichéisme », comme le suggère Henri Rambaud qui l’a si bien connu [36]. C’est dire combien le maurassisme est éloigné de la religion catholique et s’apparente à un savoir, à une gnose, en somme à une autre religion. [37]

L’Empirisme organisateur ou le compromis intellectuel et pratique

Disciple de Comte, Maurras conservera toujours son utopie œcuménique fondée paradoxalement sur une Intelligence humaine impuissante, selon lui, à accéder aux réalités métaphysiques comme les connaissances de l’être, de l’idée et de la matière. Dans sa préface au livre de Jean-Louis Lagor (alias Jean Madiran) La philosophie de saint Thomas d’Aquin datant de 1944, Maurras s’en prend encore à la métaphysique et à ses conclusions, génératrices, selon lui, d’inévitables divisions :

Dans une nation d’intellectuels où se mêlaient protestants, catholiques, kantiens, spinosistes, hégéliens, positivistes, spiritualistes, il était impossible d’envisager un accord pratique quelconque si l’on prenait pour point de départ une dogmatique de l’Être, de l’Idée ou de la Matière, car c’était là précisément les noms cachés, et les raisons secrètes des divisions les plus profondes.

Il fallait rallier les bonnes têtes françaises sur un plan défini, mais qui leur fût commun et permît leur accord lucide. Il fallait que l’on pût y préconiser, fût-ce avec un accent de fable et de défi, des conjonctions d’esprits fort éloignés les uns des autres, pour les coaliser contre l’anarchisme de l’entre-deux.

C’était sur un plan intellectuel, l’équivalent de de ce que doit être le compromis nationaliste, sur le plan politique et social.

Exprimé par la coïncidence pratique des Comte et des Le Play, des Bonald et des Taine, des Renan et des Bossuet, des saint Thomas d’Aquin et des Sainte-Beuve, tantôt contre l’individualisme, tantôt en faveur de la famille et du métier, de la cité et de la société, l’empirisme organisateur nous procurera (sic) une position ferme, supérieure à la discussion, où nous rassemblâmes, dans une véritable fraternité d’esprit, des intelligences aussi différentes que celle

  • du spinosiste Vaugeois,
  • du libéral Montesquiou,
  • du renannien Pierre Lasserre,
  • de l’idéaliste intégral Maurice Pujo,
  • du catholique Amouretti
  • ou d’autres, plus divers encore, comme Lucien Moreau et Frédéric Delebecque, celui-ci protestant, celui-là né si loin de Rome qu’il n’avait jamais été baptisé. [38]

Avec une malhonnêteté inconcevable, Maurras réussit l’union contre-nature entre les tenants de la philosophie traditionnelle et de son hétéronomie politique (saint Thomas, Bossuet ou un Bonald), avec les tenants de la modernité la plus revendiquée et de son autonomie politique (Taine, Renan, Sainte-Beuve, Comte). Notons que dans le système maurrassien, les catholiques sont sommés, sous peine de passer pour des agents de désordre, non seulement de renoncer aux connaissances de la théologie révélée, mais aussi aux connaissances naturelles de la métaphysique qu’ils partagent avec des païens comme Aristote, tout cela au nom du dogme œcuménique et religieux de l’Empirisme organisateur. Objectivement, le droit naturel et la religion du Christ se voient ravalés au rang d’opinions aussi respectables que le celles des modernes Ernest Renan, Spinoza, Sainte-Beuve, Comte et bien d’autres… Autrement dit, Maurras ose comparer le socle du droit naturel qui fonde tous les gouvernements d’avant 1789, avec les utopies de penseurs « contemporains ». Ces utopies sont aussi le fruit d’une volonté humaine d’organiser la société sans Dieu, elles renient toutes le droit divin et surtout la Royauté de Jésus-Christ, tel qu’Il l’a révélée Lui-même dans son Évangile. Or, c’est précisément la reconnaissance du droit divin lors du baptême de Clovis, qui a non seulement présidé à la fondation de notre pays, mais l’a soutenu contre l’adversité en fonction de la fidélité de ses monarques.

L’Empirisme organisateur exclut les abus du sentiment chrétien

Certains textes du Maître laissent franchement perplexe :

[…] quand tant d’instituteurs publics fatiguent les oreilles de cette vieille France avec l’éloge de la plus molle sensiblerie dans les lois et les mœurs, l’Empirisme loue, au contraire comme normal, une saine mesure d’insensibilité morale et physique. De ce qui est traditionnel ou« vieille France », l’Empirisme organisateur n’exclut à peu près rien, sinon peut-être les abus du sentiment chrétien. Mais ces grands abus, l’on peut dire que l’Église elle-même les neutralise ou les combat, puisqu’elle n’a jamais cessé de renier les sectes ignorantines ou iconoclastes qui sont nées de la lecture des livres juifs. [39]

Il nous faut expliquer les deux paradoxes de cet extrait :

  • Premier paradoxe : il existerait donc « une saine mesure d’insensibilité morale » ; autrement dit : une certaine immoralité serait morale.
  • Second paradoxe (déjà souligné dans l’introduction) : Maurras ménage une Église catholique dont il prétend qu’elle combat les « abus du sentiment chrétien » … « nés de la lecture des livres juifs »

Morale et politique

En 1922 Maurras déclare :

La politique n’est pas la morale. La science et l’art de la conduite de l’État n’est pas la science et l’art de la conduite de l’homme.

Où l’Homme général peut être satisfait, l’État particulier peut être déconfit. En bayant ses « grues » métaphysiques, en élaborant ces Nuées, le Constituant a passé à coté du problème qu’il s’était chargé de résoudre [40]

Sous prétexte d’attaquer les révolutionnaires libéraux ou socialistes avec leur liberté et leur égalité, Maurras introduit deux contre-vérités :

  • La politique n’est pas la morale.
  • La Révolution est due à la métaphysique, ce qui implique que la métaphysique est dangereuse.

Or, de Confucius à saint Thomas en passant par Aristote, la politique passe pour une science pratique, la science de la cité (voir l’article Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes sur viveleroy.fr). Elle consiste, nous disent ces métaphysiciens, à apporter le bonheur aux hommes en les rendant vertueux ; c’est tout l’objet du Ta Hio de Confucius ou de l’Éthique Nicomaque, ce traité politique d’Aristote :

Puisque le bonheur est une activité de l’âme conforme à la vertu parfaite, l’examen doit porter sur la vertu : peut-être aurons-nous ainsi une vue meilleure du bonheur.

L’homme d’État authentique passe pour y consacrer l’essentiel de ses efforts : il veut faire de ses concitoyens de bons citoyens, dociles aux lois.[…]
Ainsi l’homme d’État doit étudier l’âme…
 [41]

Et toute la suite de l’Éthique traite des vertus et des défauts correspondants.

En séparant morale et politique, Maurras se place dans le sillage d’un Machiavel dont l’ouvrage Le Prince fonde la modernité en politique, et pour lequel seule compte l’efficacité. Machiavel y expose une liste de recettes pour conquérir le pouvoir et s’y maintenir en utilisant tant la vertu que le vice. L’historien Beau de Loménie, lui-même ancien membre de l’Action française, commente :

[…] enfermé dans son agnosticisme qui ne lui permettait pas de prendre position nette sur la nature de l’homme et par suite sur le problème dominant aux yeux de l’Église, des devoirs moraux de l’État, il restait impuissant à préciser clairement comment il concevait les droits et devoirs de l’État par rapport à ceux des particuliers.

Il n’était même pas en mesure de discerner à quelles excessives et parfois folles interprétations risquaient de mener certaines de ces formules.

  • Quand il disait : « nous ne sommes pas des gens moraux » ;
  • quand il vantait le machiavélisme ;
  • quand pour célébrer ce qu’il appelait le droit des diplomates et des hommes d’État à mentir et à tromper en vue du bien de la cité, il disait : « on ne joue pas aux échecs avec un bon cœur »,

il n’ignorait pas, en bon méridional qu’il était, l’exagération voulue et plaisante de ses expressions.

Mais il ne prévoyait pas que, par la suite, certains de ceux sur qui s’était exercée son influence, prendraient tout au pied de la lettre. Il ne prévoyait pas les folies du pro-nazisme auxquelles devaient aboutir un jour, en 1940, ses anciens disciples de Je suis Partout. [42]

Sur les « abus du sentiment chrétien »

Le monothéisme en soi est facteur d’anarchie

Nous l’avons vu, Maurras est partisan de l’autonomie du politique à l’égard d’un Dieu auquel il ne croît pas. Son gouvernement, désormais affranchi de toute morale naturelle (et/ou révélée) et auquel incombe l’unité de la Cité, peut donc se retrouver en opposition avec cette morale. Dans ces conditions, le croyant est amené à désobéir à l’État, ce que Maurras déplore :

En dépit du grand préjugé que l’autorité de Voltaire fait régner en France, c’est une question de savoir si l’idée de Dieu, du Dieu unique et présent à la conscience, est toujours une idée bienfaisante en politique.

Les positivistes font observer avec raison que cette idée peut aussi tourner à l’anarchie. Trop souvent révolté contre les intérêts généraux de l’espèce et des sous-groupements humains (patrie, caste, cité, famille), l’individu ne s’y soumet, en beaucoup de cas, que par nécessité, horreur de la solitude, crainte du dénuement : mais si dans cette conscience naturellement anarchique, l’on fait germer le sentiment qu’elle peut nouer directement des relations avec l’être absolu, infini et tout-puissant, l’idée de ce maître absolu et lointain l’aura vite éloigné du respect qu’elle doit à ses maîtres visibles et prochains : elle aimera mieux obéir à Dieu qu’aux hommes*.

Il ne devrait avoir qu’un cri parmi les moralistes et les politiques sur les dangers de l’hypocrisie théistique. [43]

* Acte des Apôtres, V, 29. Pierre comparaissant devant le Sanhédrin répond au grand prêtre : « Pierre répondit alors avec les Apôtres : « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». » (note de VLR)

Le déisme et la métaphysique ne sont pas naturels :

Ce déisme enlève […] aux passions leur air de nature, la simple et belle naïveté. Elle les pourrit d’une ridicule métaphysique [44]

Selon Maurras, le détenteur de la souveraineté politique est le maître absolu, le légiste ultime, et personne ne saurait invoquer une loi supérieure à la sienne.

Dans ce schéma, même le droit naturel est nié,

  • n’est-il pas l’expression de la volonté d’un Dieu qui n’existe pas ?
  • ne peut-il pas s’opposer à la volonté du gouvernant ?
  • ne suscite-t-il pas alors de l’anarchie par la désobéissance qu’il génère ?

Comme tous les modernes, Maurras prend les choses à l’envers et Pie XI répond à cette position dans l’Encyclique Mit Brennender Sorge :

C’est d’après les commandements de ce droit de nature, que tout droit positif, de quelque législateur qu’il vienne, peut être apprécié dans son contenu moral et, par là même, dans l’autorité qu’il a d’obliger en conscience. Des lois humaines qui sont en contradiction insoluble avec le droit naturel sont marquées d’un vice originel qu’aucune contrainte, aucun déploiement extérieur de puissance ne peut guérir. [45]

Puis le Pape cite le païen Cicéron pour bien montrer que le droit naturel n’est pas une invention du christianisme mais revêt un caractère universel :

Il est impossible qu’une chose soit utile si elle n’est pas en même temps moralement bonne. Et ce n’est point parce qu’elle est utile qu’elle est moralement bonne, mais parce qu’elle est moralement bonne qu’elle est utile. [46]

L’exception d’un déisme catholique qui génère de l’ordre

La grandeur du catholicisme provient de l’ordre qu’il génère par sa hiérarchie avec des intermédiaires entre l’homme et Dieu qui en font une sorte de polythéisme :

Le mérite et l’honneur du catholicisme furent d’organiser l’idée de Dieu et de lui ôter ce venin.

Sur le chemin qui mène à Dieu, le catholique trouve des légions d’intermédiaires : il en est de terrestres et de surnaturels mais la chaîne des uns aux autres est continue.

[…] Cette religion rend ainsi premièrement à notre univers, en dépit du monothéisme qui la fonde, son caractère naturel de multiplicité, d’harmonie, de composition. [47]

Et Maurras continue :

Admirable système dans lequel chacun peut communiquer personnellement avec Dieu, à la condition de s’élever par ce nom à des pensées plus générales, à de plus généreux sentiments, mais qui ne permet point qu’on attribue à l’infini ses propres bassesses, ni qu’on en autorise ses rébellions.

Le Dieu catholique garde immuablement cette noble figure que lui a dessinée la haute humanité.

Les insensés, les vils, enchaînés par le dogme, ne sont point libres de se choisir un maître de leur façon et à leur image. Celui-ci reste supérieur à ceux qui le prient.

En conclusion, le catholicisme propose la seule idée de Dieu tolérable aujourd’hui dans un état bien policé. Les autres risquent de devenir des dangers publics. [48]

Autrement dit, Maurras loue une Église qui a su neutraliser le « venin » du monothéisme et qui détient ce pouvoir d’« enchaîner par le dogme les insensés et les vils ». Et c’est à ce titre que son idée de Dieu est encore « tolérable » au sein de la Modernité. Beau de Loménie résume ainsi la défense de l’Église par Maurras :

Dans la conviction, qui était la sienne, que l’ordre de la cité était la condition dominante de tout progrès humain, il pensait avoir découvert, et il s’appliquait à faire valoir que, contrairement au judaïsme et au protestantisme, nourris, estimait-il, de principes individualistes, et d’un esprit de libre examen dont l’inspiration était un ferment d’anarchie, l’Église catholique, elle, appuyée sur une hiérarchie strictement disciplinée, appliquée à maintenir l’armature intellectuelle et morale d’un ensemble de dogmes minutieusement définis et fixés, représentait une des plus puissantes forces d’ordre et de stabilité civique. En conséquence de quoi, que l’on fût ou non croyant (et Maurras lui-même, né dans une famille pieuse qui l’avait élevé dans un collège religieux, se déclarait personnellement agnostique), chacun se devait de soutenir l’Église catholique pour appuyer l’ordre public. [49]

De l’origine sémitique d’une Révolution française rousseauiste

Depuis que ses malheurs nationaux l’ont affranchi de tout principat régulier et souvent de tout sacerdoce, le Juif, monothéiste et nourri des prophètes, est devenu un agent révolutionnaire.

Le protestant procède absolument du Juif : monothéisme, prophétisme, anarchisme, au moins de pensée. [50]

Maurras désigne alors Jean-Jacques Rousseau comme l’« aventurier », le « faux prophète » qui a corrompu la Modernité — l’état positif de Comte dans sa théorie des trois états — en lui insufflant un esprit sémitique par le biais du libre examen protestant.

Folie, sauvagerie, crime, l’aventurier nourri de révolte hébraïque appela cela la vertu. […]

Il y entra comme un de ces faux prophètes qui, vomis du désert, affublés d’un vieux sac, ceints de poil de chameau et la tête souillée de cendres, promenaient leurs mélancoliques hurlements à travers les rues de Sion : s’arrachant les cheveux, déchirant leurs haillons et mêlant leur pain à l’ordure, ils salissaient les gens de leur haine et de leur mépris.

Mais le Paris de 1750 ne ressemble en rien à une mauvaise bourgade asiatique peuplée de Juifs crasseux. [51]

On admire ici la force de la démonstration où l’invective tient lieu d’argumentaire. Et il continue en célébrant le moderne Voltaire ennemi de Rousseau :

Comme l’avait bien vu Voltaire, éclairé par le génie antisémitique de l’occident, la France avait envie d’aller à quatre pattes et de manger du foin. Elle y alla. Elle en mangea. Ces appétits contre nature se gavèrent selon Rousseau. [52]

Maurras prend bien soin de disculper les traditions païennes et le catholicisme de toute implication dans l’avènement de la Révolution.

Les traditions helléno-latines en sont tout aussi innocentes que le génie catholique romain médiéval. Les pères de la révolution sont à Genève, à Wittenberg, plus anciennement à Jérusalem ; ils dérivent de l’esprit juif et des variétés de christianisme indépendant qui suivirent dans les déserts orientaux ou dans la forêt germanique, c’est-à-dire, aux divers ronds-points de la barbarie. [53]

D’ailleurs le Maître s’insurge contre Taine qui prétend que l’esprit classique préside à la Révolution. Cependant, pour deux auteurs, il le lui concède : Platon et Plutarque.

La bibliographie révolutionnaire ne comprend guère en fait de livres classiques, que la République de Platon et les Vies parallèles de Plutarque ; encore n’y sont-elles que de ce que le Père et Docteur des idées révolutionnaires, J.J. Rousseau, leur a fait des emprunts de langage plus que de fond.

Plutarque fut d’ailleurs fort averti, déjà pénétré malgré lui, des idées sémitiques ; car il naissait au moment où le souffle d’Orient avait altéré la grande âme antique.

Quant à Platon, il est, de tous les sages grecs, celui qui rapporta d’Asie le plus d’idées et les plus singulières ; plus que tous ses confrères, il a été commenté et défiguré par les Juifs alexandrins.

Ce que l’on nomme platonisme, ce que l’on peut nommer plutarchisme, risque, si on l’isole, de représenter assez mal la sagesse d’Athènes et de Rome ; il y a dans les deux doctrines des parties moins gréco-latines que barbares, et déjà « romantiques ». [54]

Or les idées sémitiques dont Plutarque est « pénétré malgré lui » ne peuvent s’identifier qu’au christianisme qui connaît alors une pleine expansion. Et ces « Juifs alexandrins » qui dénaturent la pensée de Platon et des philosophes grecs, ce sont en fait les premiers philosophes chrétiens de l’École d’Alexandrie, souvent néoplatoniciens, qui cherchent dans les classiques grecs, la confirmation naturelle de la justesse de leur Foi : Clément d’Alexandrie, Origène, Pierre d’Alexandrie, saint Cyrille d’Alexandrie…

Le catholicisme n’est pas le christianisme

Le christianisme est bien le ferment d’anarchie responsable de l’écroulement de la civilisation classique :

[…] l’ordre public est la condition même des progrès et de la durée de la science (il n’y eu guère de science quand l’anarchie chrétienne eut énervé l’État romain devant les barbares, entre le VIe et le Xe siècle !) [55]

Au contraire, le catholicisme est générateur d’ordre en disciplinant l’esprit au point que Maurras déplore « la misère [qui] résulte de l’abandon des anciennes études théologiques. » [56] :

[…] son caractère [à la théologie catholique] est de former une synthèse où tout est lié, réglé, coordonné depuis des siècles, par les plus subtils et les plus vastes esprits humains, en sorte qu’on peut dire qu’elle enferme, définit, distribue et classe tout.

[…] Je parle de ces études en tant qu’études, toute question de foi religieuse mise de coté.

[…] Voilà pour de jeunes esprits la préparation désirable. Ils pourront changer plus tard au dogme ce qu’ils voudront et, s’il leur plaît, se faire bouddhiste ou parsis. L’essentiel est qu’ils aient éprouvé les effets d’une discipline aussi forte.
 [57]

On comprend alors cette expression extraordinaire utilisée par le Maître de « catholiques éloignés de la foi » [58], quand il parle d’anciens catholiques qui ne croient plus en Dieu mais qui ont gardé la rigueur intellectuelle et morale de leur religion. Tel est d’ailleurs son propre cas. En réalité Maurras réduit le catholicisme — dont il pense qu’il a triomphé du poison chrétien — à une culture, notre culture, en ce qu’il a permis la transmission de l’ordre romain :

Ce terme de catholicisme n’exprime rien ici de proprement dogmatique, ni qui touche à la conscience ; c’est plutôt un signe de notre vie nationale. Il veut simplement désigner une communauté de mœurs et de pensée, fondée sur des rites précis, organisée par des institutions séculaires : c’est moins de la philosophie individuelle que de l’histoire, de l’histoire sociale. [59]

Pourtant la distinction que Maurras établit entre un mauvais christianisme et un bon catholicisme semble purement tactique. En effet, il livre le fond de sa pensée au catholique Louis Dimier qui rapporte leur conversation dans Vingt ans d’Action française :

Avec votre religion, me dit-il un jour, il faut que l’on vous dise que, depuis dix-huit cents ans, vous avez étrangement sali le monde. [60]

La civilisation gréco-romaine reste l’horizon indépassable de la perfection humaine et dans un passé fantasmé, Maurras rend grâce à Julien l’Apostat — cet empereur persécuteur des chrétiens — d’avoir confié à la France le leg de la civilisation classique :

La prédilection de l’empereur Julien, ce fidèle des anciens dieux, semble avoir désigné Paris pour l’héritier direct du monde classique. [61]

LE NATIONALISME

La religion de la déesse France

Le nationalisme est une religion

En 1901, Maurras écrit à Maurice Barrès :

Comme il convient d’être dupe de quelque chose, je l’ai été et je le suis encore de cette idée de nationalisme. Elle peut remplacer le vieux juif* des philosophes déistes et tenir lieu de la déesse Humanité, chère à notre Auguste Comte. [62] * Le vieux juif semble bien désigner ici Dieu le Père [Note de VLR]

Le nationalisme est une religion avec un dieu ou plutôt une déesse : la « déesse France » :

J’ai vu sur l’Acropole, jonchant la terrasse où s’élève la façade orientale du Parthénon, les débris du petit temple que les Romains, maîtres du monde, avaient élevé en ce lieu à la déesse Rome, et j’avoue que la première idée de cet édifice m’avait paru comme une espèce de profanation. En y songeant mieux, j’ai trouvé que le sacrilège avait son audace sublime.

À la beauté la plus parfaite, au droit le plus sacré, Rome savait préférer le salut de Rome, la gloire des armes romaines et, non content de l’en absoudre, le monde ne cesse de lui en témoigner de la reconnaissance. L’Angleterre contemporaine a donné des exemples de la même implacable vertu antique. Le nationalisme français tend à susciter parmi nous une égale religion de la déesse France. [63]

Et dans un texte de 1937, Maurras précise ce qu’il entend par les mots « nation » et « déesse » :

L’idée de nation n’est pas une nuée ; elle est la représentation en termes abstraits d’une forte réalité.

La nation est le plus vaste des cercles communautaires qui soient (au temporel) solides et complets. Brisez-le, et vous dénudez l’individu. Il perdra toute sa défense, tous ses appuis, tous ses concours. Libre de sa nation, il ne le sera ni de la pénurie, ni de l’exploitation, ni de la mort violente.

Nous concluons, conformément à la vérité naturelle, que tout ce qu’il est, tout ce qu’il a, tout ce qu’il aime est conditionné par l’existence de la nation : pour peu qu’il veuille se garder, il faut qu’il défende coûte que coûte sa nation.

Nous ne faisons pas de la nation un dieu, un absolu métaphysique, mais tout au plus, en quelque sorte, ce que les Anciens eussent nommé une déesse.

Nous observons que la nation occupe le sommet de la hiérarchie des idées politiques. De ces fortes réalités, c’est la plus forte, voilà tout.

Subsumant tous les autres grands intérêts communs et les tenant dans sa dépendance, il est parfaitement clair que, en cas de conflit, tous ces intérêts doivent lui céder, par définition : lui cédant, ils cèdent encore à ce qu’ils ont de plus général. [64]

Dans ce passage Maurras semble donc atténuer la portée de la signification qu’il faut attribuer au mot « déesse » : il ne fait pas de la nation un dieu — ce n’est ni le Dieu des métaphysiciens, ni un Dieu révélé — mais seulement une déesse à la manière antique. Cependant rappelons que Maurras est agnostique, il ne croit pas en Dieu, donc en réalité seule demeure « la déesse de la Patrie » [65], la déesse France avec son culte.
Laissons au pape Pie XI (en fait au futur Pie XII qui a rédigé l’Encyclique), le soin de juger de tout ceci :

Quiconque prend la race, ou le peuple, ou l’État, ou la forme de l’État, ou les dépositaires du pouvoir, ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine — toutes choses qui tiennent dans l’ordre terrestre une place nécessaire et honorable,- quiconque prend ces notions pour les retirer de cette échelle de valeurs, même religieuses, et les divinise par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l’ordre des choses créé et ordonné par Dieu : celui-là est loin de la vraie foi en Dieu et d’une conception de la vie répondant à cette foi.  [66]

Explication : l’erreur métaphysique d’une nation substance

Maurras ne distingue jamais race, nation et Cité, et il attribue à cet ensemble une volonté propre :

Mais une race, une nation, sont des substances sensiblement immortelles ! Elles disposent d’une réserve inépuisable de pensées, de cœurs et de corps. Une espérance collective ne peut donc pas être domptée. [67]

Il y a ici une erreur métaphysique : on assimile la nation à une substance alors qu’elle n’est qu’un accident. Expliquons : un accident est un être qui a besoin d’un autre être pour exister, un être qui n’existe pas par soi.

  • La couleur blanche est un accident, elle n’existe pas par soi, elle a besoin d’une substance pour exister (on n’a jamais vu la couleur blanche exister toute seule : c’est cet homme qui est blanc, c’est ma chemise qui est blanche).
  • De même, la nation est un accident, car elle a besoin d’une substance — au moins d’un homme — pour exister : la nation Mohican existait tant que son dernier représentant vivait, puis disparût à sa mort.

Dans l’ordre de l’Être la nation est inférieure à l’homme car l’homme est une substance et la nation un accident. Remarquons cependant pour ne point tomber dans l’individualisme libéral, que dans l’ordre de l’Agir, dans l’ordre moral, la cité est supérieure à l’homme comme le tout est supérieur à la partie. La nation de Maurras, ainsi affublée d’une existence par soi, d’une volonté, d’une intelligence, d’une âme qui « espère », devient plus grande que l’homme dans l’ordre de l’Être. Nous comprenons maintenant pourquoi, dans cette conception, la nation peut légitimement jouer le rôle du « Grand-Être » et faire l’objet d’une religion et d’un culte.

Le Génie national ou l’âme de la nation

La naissance de la « substance » nation française

En 1902, l’article Deux témoins de la France paru dans Minerva décrit ainsi la naissance de nation française :

De l’union violente de la Gaule avec Rome date, au sens organique du mot, notre conception. Avant ce grand évènement, les traits du génie national ne sont ni assemblés, ni même tous présents : aussitôt après, la figure se dessine, embryonnaire mais complète, il ne lui manque que son nom, quand l’invasion franque se fait.

Religion, langue, civilisation, administration, unité, tout jaillit comme un sang généreux du cœur romain de la France. [68]

Ces phrases très fortes montrent combien Maurras personnifie la France :

  • Elle est conçue par une union organique, charnelle : celle de la Gaule et de Rome.
  • À sa conception, elle reçoit une âme, le génie national, et forme dès lors un être complet.
  • Elle est baptisée à l’occasion de l’invasion franque.

Or, cette nation unique et primitive porteuse d’une identité homogène n’a jamais existé. Au temps de Clovis coexistaient plusieurs peuples très hétérogènes : Gallo-Romains, Burgondes, Alamans et Francs. La royauté est le seul ciment d’une unité qu’aucune communauté identitaire ne déterminait a priori. Et le même processus vaut pour l’ensemble des peuples européens. Dans Les origines Franques [69], l’historien allemand Karl-Ferdinand Werner montre que les ethnogenèses qui s’opèrent lentement entre le VIIe et le XIe siècles sont la résultante, non voulue pour elle-même, de l’organisation mérovingienne et carolingienne du territoire en regna. Clovis est le fondateur de l’identité franque, tandis que Charlemagne suscite une identité catalane à partir de la Marche d’Espagne et réalise par la conquête une unité saxonne inédite. Même la Bretagne est une fondation de Louis le Pieux réalisée par le haut par le biais du missaticum confié à Nominoë à partir d’un substrat hétérogène encore actuel (Haute et Basse Bretagnes).

La contre-épreuve est fournie par les nombreux cas de peuples dont l’intégration politique ne s’est pas réalisée, sinon par intermittence, et qui peinent à se définir aujourd’hui comme une nation en dépit d’une réelle cohérence culturelle :

  • les Wallons/Picards ;
  • les Souabes d’Alémanie : Alsace, Suisse alémanique, Souabe d’Allemagne ;
  • les Occitans : Catalogne, Languedoc ;
  • les Lombards : Tessin et Grison Suisses, Italie du Nord.

Ne laissons pas croire non plus que l’idée de « nation unique » qui émerge au XVIIIe siècle serait l’aboutissement historique d’un processus unitaire de nationalismes régionaux : il s’agit d’un concept politique forgé par les parlementaires qui réclament un partage du pouvoir et auquel Louis XIV a répondu par avance :

La nation ne fait pas corps en France ; elle réside tout entière dans la personne du roi. [70]

Autrement dit : la nation n’est pas un corps politique, ni un corps naturel, pas même un corps intermédiaire, elle n’a pas d’existence propre, ce n’est pas une substance, mais seulement un accident. Une identité collective, réelle ou rêvée, ne saurait constituer le fondement d’une quelconque légitimité politique. Louis XV le rappelle lui aussi aux parlements frondeurs :

les droits et les intérêts de la nation, dont on ose faire un corps séparé du monarque, sont nécessairement unis avec les miens, et ne reposent qu’en « mes mains. » [71]

La nation maurrassienne plaquée artificiellement sur l’histoire est donc un anachronisme, un mythe — le même que celui de l’historien républicain Ernest Lavisse, son contemporain — mais c’est un mythe nécessaire pour remplacer la transcendance d’un Dieu créateur. Maurras a d’ailleurs du mal à définir cette nation qu’il identifie tantôt au peuple, à la race, au territoire, à la Cité (en tant que communauté politique), voire même à l’armée — institution à laquelle les maurrassiens vouent un véritable culte, observe Jean de Viguerie dans Les deux patries (p150).

Les institutions sont l’expression du génie national

Le développement précédent montre que l’institution est première chronologiquement ; elle permet à des monarques fidèles et soumis à ses lois, de construire peu à peu un pays en agrégeant plusieurs peuples et en les faisant coexister. Au fil du temps une certaine homogénéité peut apparaître et ainsi donner naissance à une nouvelle culture commune. Pour Maurras, au contraire, « la » nation, « la » race est première : l’institution n’est que le fruit de son « génie propre », de son « Intelligence », ce qui le conduit logiquement à accorder une légitimité aux assemblées révolutionnaires ; en effet ne sont-elles pas, elles-aussi, l’expression du « génie national » ?

Puissent les gouvernements républicains d’aujourd’hui s’inspirer du grand modèle de réalisme donné par les conventionnels dans la conduite de la guerre et les affaires extérieures. [72]
Nous saluons les Carnot, les Cambon et tous les membres de la Convention qui réussirent le sauvetage de la Patrie. [73]

La nation, substance immortelle, subsiste donc quel que soit le régime politique.

Immanence du Génie national

Pour Maurras la civilisation française est la plus achevée et le fruit du génie national, de la « volonté collective de nos ancêtres » dont le pouvoir est toujours latent :

L’histoire universelle ne cite pas de trésor intellectuel et moral qui puisse être égalé à l’ensemble des faits acquis et des forces tendues représenté par la civilisation de la France.

La masse énorme des souvenirs, le nombre des leçons de raison et de goût, l’essence de la politesse incorporée au langage, le sentiment diffus des perfections les plus délicates, cela nous est presque insensible, à peu près comme l’air dans lequel respire et va notre corps. Nous ne saurions nous en rendre compte.
Cependant nul être vivant, nulle réalité précise ne vaut l’activité et le pouvoir latent de la volonté collective de nos ancêtres. [74]

Le génie national se communique aux nationaux et peut leur permettre de se hisser vers le divin :

Le génie national correspond aux façons qui nous sont le plus naturelles et faciles de nous élever à un type supérieur d’humanité. [75]

Notons l’aspiration toute gnostique de cette dernière phrase : celle d’un homme insatisfait de sa nature actuelle et qui entend s’élever dans l’échelle des êtres. Dans l’approche nationaliste, le génie national est latent dans le cœur de chacun comme une partie de son être propre ; il est à la fois :

  • immuable, c’est-à dire trans-historique : présent dès la conception il est transmis intégralement de générations en générations.
  • inaliénable : si des influences extérieures, toujours artificielles, peuvent le mettre en sommeil ou l’empêcher de se révéler, elles sont en revanche dans l’incapacité de l’éliminer.
  • irréfragable : il ne saurait être renié ou récusé par ses porteurs.

Le nationalisme constitue de ce fait une expression particulière de la doctrine proprement gnostique de l’immanence de la divinité dans l’homme. Pour réveiller l’Intelligence, pour manifester le Génie national, la mission des nationalistes consiste à révéler à leurs compatriotes la parcelle divine qui sommeille en eux, la parcelle de la « déesse France ». Remarquons par ailleurs que ce caractère déterministe et immanent du concept de nation chez les nationalistes s’oppose à celui, tout aussi moderne et artificiel, mais volontariste, de la nation-contrat de Rousseau.

Le nationalisme ou l’excellence native

L’immanence développe forcément chez le nationaliste un certain pharisaïsme :

  • l’excellence native de sa nation propre ne fait aucun doute. On est bon par soi, on naît bon du fait de naître Français.
  • La nation s’identifie à l’universel, à l’Humanité elle-même :
Il nous faut propager la culture française non seulement comme française, mais encore comme supérieure en soi à toutes les autres cultures de l’Univers.

La France a hérité de Rome et d’Athènes les caractères de la présidence et de la royauté, par rapport au reste des peuples civilisés. Il convient donc à des nationalistes complets de lui donner des titres que l’antique Rutillius décernait à la patrie : « Roma pulcherrima rerum » (Rome est la plus belle des choses NDLR).

Donc, en recommençant l’énumération par la fin :

  • préséance de la culture française et de la tradition française ;
  • identité de l’humanité et de la France, de la civilisation et de la France, de la cité du monde et de la France ;
  • définition de l’héritage français, théorie de la France conçue comme dépositaire et continuatrice de la raison classique, de l’art classique, de la politique classique et de la morale classique, trésors athéniens et romains qui font le cœur, le centre de la civilisation ;
  • opposition profonde des théories protestantes et révolutionnaires avec ce legs sacré ;
  • caractère hébraïque, anglo-saxon, helvétique de ces théories de liberté, d’égalité et de justice métaphysiques ;
  • leur caractère de désordre, d’incohérence et, si l’on va un peu profondément, d’absurdité. [76]

Le texte précédent pourrait fort bien constituer le credo des nationalistes français. Le maurrassien Jean Madiran, ne déclare-t-il pas dans un numéro de la revue de l’Institut Civitas

S’il y a un nationalisme qui est consubstantiel à l’universalité naturelle et surnaturelle, c’est bien le nationalisme à la française. Encore faut-il se souvenir que, selon l’observation de Jules Monnerot, il n’est de nationalisme que d’une nation. [77]

Analysons le sophisme :

  • Quand Jean Madiran dit que le nationalisme français « est consubstantiel à l’universalité naturelle et surnaturelle », il réduit l’universel au particulier et érige le particulier en universel avec un terme métaphysique et religieux très fort : « consubstantiel » est un mot construit au Concile de Nicée pour signifier l’identité de substance divine entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
  • Par ailleurs, en précisant qu’« il n’est de nationalisme que d’une nation », il reconnaît que chaque nationalisme est différent dans son essence et a son évolution propre.
  • Donc seul le nationalisme français, seule la nation française, seul le Français peut prétendre à l’archétype de l’humanité — rôle dévolu dans le christianisme au Christ seul.

En filigrane, on reconnaît toujours cette même erreur métaphysique d’une nation substance, quasi rédemptrice car possédant les attributs divins.

Le concept de génie national emprunté au philosophe allemand Herder

En réalité, et sans l’avouer, Maurras emprunte, via Ernest Renan (dans La réforme intellectuelle et morale), le concept de « génie national » ou « Volksgeist » du philosophe allemand Herder dans sa maîtresse œuvre Pour une autre philosophie de l’Histoire (1774). L’historienne Ariane Chebel d’Appolonia résume ainsi la pensée de Herder :

Sur la base de la défense des traditions nationales, Herder élabore une philosophie de l’histoire selon laquelle la communauté a une essence qui lui est propre et qui constitue la base de sa culture. Cette association historiciste du devenir national — l’idée que l’évolution historique de la nation obéit à des lois fondées sur la nature des choses — et de l’antirationalisme, constitue le point nodal de toute la réflexion de Herder. Dans cette optique, la finalité de chaque nationalité n’est pas de tendre vers l’universalité, mais au contraire de poursuivre, à l’abri des influences qui pourraient altérer la pureté de l’esprit national, un processus continu de différenciation. Xénophobe dans ses fondements, l’analyse de Herder développe la notion d’un noyau identitaire, source de la cohérence interne de la nation, et dont les référents sont essentiellement psycho-culturels. Le système culturel d’un peuple est pour lui une structure de perception-interprétation du monde, d’où l’intérêt qu’il porte au langage en tant qu’expression de la puissance et de la beauté du génie national. Cette approche irrationnelle de l’identité collective porte en germe la dérive nationaliste. [78]

Avec sa conception d’une nation/personne, substance douée dès l’origine d’une identité complète, d’une intelligence et d’une volonté propres, Maurras se pose donc en disciple inattendu de Herder, ce qui ne manque pas de piquant pour un germanophobe. Cet éclairage permet aussi de mieux comprendre la critique ethno/littéraire à laquelle Maurras se livre sur les œuvres de femmes écrivains de la fin du XIXe siècle. Tout en leur reconnaissant un certain talent, après une démonstration laborieuse, il leur reproche, moins l’immoralité de leurs œuvres que leur individualisme, leur manque d’esprit national. La faute au romantisme :

[…] le romantisme, dans son rapport avec nos âges littéraires, se définit par un arrêt des traditions dû à l’origine étrangère des auteurs et des idées qu’ils mettent en œuvre […] [79]

Pour expliquer le caractère « romantique » des œuvres Maurras s’ingénie donc à trouver des influences étrangères dans les écrits et dans la vie de ces femmes.

RENÉE VIVIEN

Dans sa Sapho, libre interprétation des vers de Sapho la poétesse grecque du VIIe siècle av. J.C. :

Renée Vivien soutient qu’elle réincarne la grande lesbienne : ses chants ne sauraient donc être sans concordance avec les vrais chants de Sapho.

[…] le style de cette transposition française ne manque pas de finesse, ni même de pureté.

Que manque-t-il donc ? La patrie.
On aura défini ce défaut, en disant que ce sont des bords de la Méditerranée vus et rendus par une fille de l’Océan. [80]

En effet :

Renée Vivien est une étrangère, pétrie de races différentes, née de climats aussi divers que le Sud et le Nord. [81]

LUCIE DELARUE

Quant à Lucie Delarue, elle a malencontreusement épousé le Dr Mardrus, certes lettré, mais oriental d’origine égyptienne :

En devenant Mme Mardrus, Mlle Lucie Delarue est un peu sortie de nos races. [82]

CONCLUSION SUR CES ÉCRIVAINS

Maurras approuve alors un critique nationaliste qui reproche à ces « métèques indisciplinées » de « bénéficier des avantages français, mais de ne point accepter la discipline nationale » [83], pour conclure par cette généralisation :

depuis que l’influence française diminue et qu’elle procède d’un génie moins pur, la barbarie universelle n’a pu que s’accroitre.  [84]

Ailleurs il dit encore :

Depuis un siècle environ, tandis que décroissait l’intelligence nationale, il est certain que la sensibilité fit chez nous d’inquiétant progrès. [85]

Maurras constate bien une décadence de la société mais il l’attribue à la corruption du génie national par une Révolution réduite au seul individualisme libéral, ou « romantisme », forcément d’origine étrangère. Il ignore que nationalisme et libéralisme ont en commun la négation de la transcendance d’un Dieu créateur, autrement dit la négation du droit divin. Il ne voit pas que la civilisation traditionnelle et son ordre naturel harmonieux sont les fruits de cette transcendance et que la décadence résulte précisément de son abandon.

Le nationalisme et sa dérive raciste

Comme une démonstration cocasse de l’absurdité du nationalisme, Maurras le retourne contre l’Allemagne, patrie de Herder l’inventeur du concept de « génie national », et dans des termes résolument racistes :

La distinction que l’on cherche à introduire entre les peuples allemands et les castes ou les dynasties qui les dirigent est plus que faible. L’État teuton est l’expression de la nature, de la situation, de l’intelligence et de la volonté teutonnes, ni plus, ni moins. [86]

Que peut-on attendre des institutions politiques de ce pays forcément limitées par le génie national obtus et barbare de l’Allemagne ?

C’est la barbarie allemande qui déferle une fois de plus sur l’Occident… il est bien évident que la race allemande prise en corps était incapable de promotion. Son essence profonde, sa destinée originelle était de s’enivrer comme d’un vin grossier des fumées de la force pure. [87]

Plus tard il dit encore :

Exception faite pour quelques grands Germains, candidats à l’humanité, qui ne laissèrent qu’une rare descendance, l’apogée naturel de ces romantiques-nés se reconnut toujours au même goût de la domination. L’orgueil butor, tiré d’un cas d’infériorité obtuse, exprime à merveille l’épaisseur et la présomption d’une race. [88]

Nationalisme et institution monarchique

Le problème de la transcendance

Comme Comte, et pour maintenir un ordre garant du progrès de l’Humanité, Maurras ambitionne de constituer une autorité, une monarchie mais sans la transcendance d’un Dieu créateur. Or l’historien du droit Guy Augé donne de la monarchie la définition suivante :

Qu’est-ce que la monarchie, en première approximation ? C’est, substantiellement, ce régime qui légitime son autorité sur une transcendance, sur la primauté du spirituel. La monarchie, pour peu qu’elle ait un sens profond, repose sur une mystique d’origine surhumaine. [89]

Ce que confirme la philosophe Hannah Arendt :

La source de l’autorité dans un gouvernement autoritaire [un gouvernement traditionnel (note de VLR)] est toujours une force extérieure et supérieure au pouvoir qui est le sien ; c’est toujours de cette source, de cette force extérieure qui transcende le domaine politique, que les autorités tirent leur « autorité », c’est-à-dire leur légitimité, et celle-ci peut borner leur pouvoir. [90]

En effet, un régime monarchique traditionnel fonde sa légitimité sur la transcendance :

  • sur la transcendance du droit naturel, autrement dit la reconnaissance d’un ordre, d’une nature humaine indépendants de la volonté humaine, auquels le monarque doit lui-même se soumettre pour être obéi.
  • sur la transcendance du droit divin, qui reprend le droit naturel avec en plus la reconnaissance publique du Dieu créateur de cet ordre, de cette nature humaine.

Nationalisme et droit divin

Si le droit divin n’existe pas, autrement dit, si la souveraineté ne peut venir d’un Dieu qui n’existe pas, la seule solution est qu’elle vienne de la nation elle-même, et Maurras ne peut que le concéder :

Le principal bienfait d’une propagande monarchiste établie sur le Salut public est d’identifier, au-dessus des partis concurrents, des confessions rivales, au-dessus de tout ce qui divise, l’identité du principe royal et du principe national. Plus nous y réfléchissons, moins nous pensons qu’il y ait lieu de regretter cette œuvre de fusion entreprise et menée par les hommes de l’Action française

Cela fait, il faut aussi garder la France, mais par des moyens appropriés, dont nul autre que les Français ne sont juges, nulle souveraineté n’étant constituée, contre la souveraineté populaire, dont il faut bien atténuer ou limiter les dégâts. [91]

Dans un autre texte, Maurras est encore plus explicite :

Le citoyen français abandonnera par un « fidéicommis » solennel et irrévocable à la branche survivante de la famille Capétienne l’exercice de la souveraineté. Par là, l’autorité se reconstituera au sommet de l’État. Le pouvoir central sera délivré des compétitions des partis, des assemblées, des caprices électoraux : l’État aura son libre jeu. [92]

Maurras réaffirme ici que la nation est bien le dépositaire ultime de la souveraineté mais en confie l’exercice à une dynastie.
Si le citoyen abandonne sa souveraineté à un roi, c’est uniquement en raison de l’impossibilité pratique d’exercer son propre pouvoir :

En résumé, l’État, représenté par le pouvoir royal dans toutes les hautes et lointaines questions de politique générale qui échappent à la compétence et à la réflexion des particuliers, sera rétabli dans ses droits naturels et rationnels, qui sont l’Indépendance et l’Autorité.

Le citoyen les lui abandonnera d’autant plus volontiers que, étant lui-même dans l’impossibilité d’exercer ces pouvoirs nécessaires, il est aujourd’hui le premier à souffrir, dans sa fortune aussi bien que dans sa fierté, de l’absence de protection et de direction nationale. [93]

Dans ce système, le roi est le représentant du peuple, de la nation :

Voilà pourquoi nous demandons le pouvoir souverain non pour un homme, non pour un peuple, mais pour une famille représentante de ce peuple et elle-même représentée par un homme. [94]

On retrouve ici la théorie de la représentation du révolutionnaire Sieyès dans Qu’est-ce que le Tiers-État publié en 1788, avec cette différence que la représentation nationale n’est plus assurée par une assemblée de députés issus des élections, mais confiée de manière permanente à une dynastie … nationale.

Sur le fond, la monarchie maurrassienne est totalement compatible avec l’article III de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 :

Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. [95]

À l’encontre de la doctrine traditionnelle qui affirme que la souveraineté procède de Dieu dont le Roi est le lieutenant, Maurras imagine donc une restauration de la monarchie par la volonté populaire.

Certes Maurras est opposé à l’exercice direct de la souveraineté par le peuple et à la théorie de la volonté générale établie par Rousseau, ceci en raison d’une incompétence aggravée par une instabilité qui conduisent à l’anarchie.

En revanche, l’origine de la souveraineté du roi réside bien dans un acte primitif et fondateur de la volonté populaire (ou nationale) en faveur du roi, fût-elle inspirée par la raison et l’intérêt public dont seul le peuple est juge. Ce contrat originel ne semble qu’une application de celui imaginé par Thomas Hobbes dans le Léviathan en 1651.

On est loin des enseignements que le cardinal de Richelieu prodiguait au roi dans son Testament politique :

Dieu étant le Principe de toutes choses, le souverain Maître des Rois, et celui seul qui les fait régner heureusement, [si Votre Majesté] ne suit les volontés de son Créateur, et ne se soumet à ses lois, elle ne doit point espérer de faire observer les siennes, et de voir ses sujets obéissants à ses ordres.

[…] Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des États. [sc]

Relevons encore un paradoxe : en attribuant l’origine de la souveraineté au peuple, Maurras se fait l’héritier des théories de ce protestantisme qu’il exècre tant par ailleurs. En effet Louis de Bonald remarque quelques dizaines d’années auparavant :

Deux opinions sur la première et la plus fondamentale des questions sociales, la souveraineté, partagent les politiques modernes.
  • Les catholiques la placent en Dieu, c’est-à-dire dans les lois naturelles conformes à la volonté et constitutive de l’ordre social, lois dont l’hérédité du pouvoir, sa masculinité, sa légitimité et son indépendance sont les premières et les plus naturelles.
  • Les protestants et ceux qui suivent leurs doctrines, la placent dans le peuple et dans les lois qui sont l’expression de ses volontés, et qui constituent un ordre ou plutôt une apparence de société tout à fait arbitraire, sans hérédité de pouvoir, sans légitimité, sans indépendance.

[…] la souveraineté du peuple est la négation de la souveraineté de Dieu, l’athéisme politique et social […] [96]

Nationalisme et droit naturel

Dans la monarchie traditionnelle, les lois de l’institution — ou Lois Fondamentales du Royaume de France sont considérées comme une expression de la loi naturelle. En effet, ce sont elles qui assurent la pérennité du bien commun par delà les vicissitudes de la vie humaine, les limites, les faiblesses, les erreurs mêmes du monarque. En particulier, à la mort du Roi, elles garantissent l’unité de la paix en désignant sans ambiguïté la nouvelle autorité qui ne dépend donc plus d’un choix humain. Bien des convoitises, des coteries et des luttes pour la conquête du pouvoir sont ainsi épargnées au Pays et la transmission de la souveraineté peut s’effectuer en douceur.
À leur propos, Torcy, ministre de Louis XIV, résume bien la conviction générale de l’Ancienne France :

La loi de succession est regardée comme l’ouvrage de celui qui a établi toutes les monarchies et nous sommes persuadés, en France, que Dieu seul la peut abolir. [97]

Maurras, pour qui la souveraineté vient de la nation, ne considère pas la loi de succession comme intangible et le citoyen peut l’abroger en désignant telle ou telle famille pour régner.

Le citoyen français abandonnera par un « fidéicommis » solennel et irrévocable à la branche survivante de la famille Capétienne l’exercice de la souveraineté. [98]

Ce n’est plus la Loi qui désigne le roi qui exerce l’autorité au nom de Dieu, mais le citoyen qui désigne la famille qui doit exercer le pouvoir en son nom. D’ailleurs, de même que Machiavel prétendait que la vertu d’un prince pouvait s’opposer à son intérêt et à celui de l’Etat, pareillement, Maurras prétend que les Lois Fondamentales du Royaume peuvent s’opposer au bien de la nation :

Le droit dynastique était incontestablement avec le Duc de Bordeaux, les forces légitimistes lui appartenaient à coup sûr. Cela veut-il dire que Louis-Philippe ait été un usurpateur ? C’est ce que j’ai déclaré plus que douteux à mon sens. Car, nommé Lieutenant-général du royaume par le vieux roi Charles X, Louis-Philippe conçut tout aussitôt sa tâche comme celle d’un Régent…. Le règne fut illégitime. Mais il ne fut pas usurpé, puisque le souverain légitime était en fuite et que la révolution, maîtresse de Paris, devait être matée, matée à tout prix, comme la France sauvée, sauvée à tout prix. [99]

Le droit dynastique n’est donc plus la condition nécessaire de la pérennité du bien commun, la nation a sa vie propre dont la préservation est l’unique impératif politique. Mais laissons à Louis XV le soin de répondre à Charles Maurras — en réalité, le Roi s’adressait aux Parlements qui prétendaient, eux-aussi, représenter une nation personnifiée, douée d’une volonté propre distincte de celle du monarque :

Entreprendre d’ériger en principes des nouveautés si pernicieuses, c’est […] méconnaître les véritables lois fondamentales de l’État, comme s’il était permis d’oublier
  • que c’est en ma personne seule que réside la puissance souveraine, dont le caractère propre est l’esprit de conseil, de justice et de raison ; […]
  • que l’ordre public tout entier émane de moi : que j’en suis le gardien suprême ;
  • que mon peuple n’est qu’un avec moi,
  • et que les droits et les intérêts de la nation, dont on ose faire un corps séparé du monarque, sont nécessairement unis avec les miens, et ne reposent qu’en « mes mains ».

[…] Enfin, ce spectacle scandaleux d’une contradiction rivale de ma puissance souveraine me réduirait à la triste nécessité d’employer tout le pouvoir que j’ai reçu de Dieu, pour préserver mes peuples des suites funestes de telles entreprises. [100]


CONCLUSION

La monarchie maurrassienne est d’une autre nature que la monarchie traditionnelle et ces deux monarchies sont inconciliables. La monarchie de la Constitution de 1791 — qui fut une tentative de conciliation des deux principes — échoua lamentablement au bout de quelques mois seulement. En effet, comment Louis XVI qui avait reconnu institutionnellement la souveraineté de Dieu lors de son sacre, pouvait-il par ailleurs assumer son serment de fidélité à la Constitution qui proclamait la souveraineté de la nation ? Si Léon XIII, par le Ralliement de 1892, convertit énormément de catholiques au régime républicain moderne bien que celui-ci niât expressément dans sa constitution le droit divin, une frange importante résistait aux injonctions pontificales et restait royaliste. Maurras réussit le tour de force d’un ralliement de cette frange à la Modernité en dénaturant la monarchie par une doctrine prétendument scientifique qui visait d’abord, nous l’avons vu, à remplacer le droit divin. Malgré cette approche soi-disant rationnelle de la monarchie, il ne put se passer du droit divin qu’au prix de trois actes de foi, générant trois cultes, trois religions selon les propres termes de Maurras :

  • l’acte de foi positiviste en une « déesse Humanité » en devenir,
  • l’acte de foi de l’Empirisme organisateur en la « déesse Raison »,
  • l’acte de foi nationaliste en la « déesse France ».

Le grand historien anglais Arnold Toynbee résume ainsi semblable démarche :

Étant donné que l’homme ne peut vivre sans religion, quelle qu’en soit la forme, le recul du christianisme en Occident a été suivi par la montée de religions de remplacement sous la forme des idéologies post-chrétiennes — le nationalisme, l’individualisme et le communisme. [101]

À l’instar du libéralisme (l’individualisme) et du socialisme, le nationalisme maurrassien se présente aussi comme une idéologie fille de la Révolution ; il en a en effet toutes les apparences et les prétentions que relève un François Furet :

[L’idéologie est] un système d’explication du monde à travers lequel l’action politique des hommes a un caractère providentiel, à l’exclusion de toute divinité. [102]

L’amour légitime de tout être humain pour son pays ne saurait se confondre avec le nationalisme. Un pays n’est pas une personne, il y a véritablement escroquerie à lui attribuer une volonté et une âme — qui plus est immortelle. Ce qui anime l’ancienne France, son principe organisateur, sa forme pour parler comme les métaphysiciens, est… son prince, ou plutôt son institution. En ce temps, l’amour du pays se confond avec l’amour du roi :

  • l’amour de cette figure de Dieu sur Terre, son lieu-tenant et son auxiliaire, qui tire et conserve son autorité de sa fidélité au projet divin,
  • l’amour de cette incarnation de l’institution qui garantit le bien commun.

C’est la raison pour laquelle depuis Henri V, chaque successeur désigné par les Lois Fondamentales du Royaume ne cesse de réaffirmer : « Ma personne n’est rien, mon principe est tout ». Ce n’est qu’à la Révolution que naissent politiquement les idéologies et leur culte de l’homme. L’idéologie nationaliste est le culte que le citoyen se rend à lui même en prétendant être bon par soi, du seul fait d’appartenir à sa nation. La nation devient alors rédemptrice, Dieu n’est plus nécessaire et elle le remplace. Malgré les haines que les idéologies se vouent les unes aux autres, il y a donc, par nature, moins de différence

  • entre un nationaliste — fût-il monarchiste — et un libéral ou un socialiste,
  • qu’entre un nationaliste et un tenant de la monarchie traditionnelle, la monarchie de droit divin.

Aussi est-il difficile de comprendre ces catholiques qui s’engagent dans des partis politiques tous inféodés à une idéologie. En particulier, les partis nationalistes qui — en rassemblant actuellement dans un œcuménisme dévoyé néopaïens, nationalistes révolutionnaires, identitaires disciples d’Evola ou de Guénon —, n’ont jamais cessé d’instrumentaliser les catholiques de tradition ; Maurras nous en a donné la raison : ces derniers fournissent des troupes qui « POSSÈDENT UNE DISCIPLINE DU PLUS GRAND PRIX ». La méthode est bien rodée avec toujours les mêmes slogans mobilisateurs :

  • « la patrie est en danger » selon le mot de Danton qui en appelle à l’union nationale pour sauver la Révolution et légitimer la Terreur (les massacres de septembre).
  • « laissons pour le moment le droit divin, il est urgent de faire l’unité de tous les défenseurs de la nation. »

Or parmi les nationaux-catholiques, ceux qui du bout des lèvres évoquent encore la doctrine du Christ-Roi, n’y croient plus vraiment. En effet, s’est-elle jamais concrétisée hors de la monarchie traditionnelle ? À la manière moderniste ils finissent par la considérer comme une thèse à reléguer au rang des abstractions. En revanche l’hypothèse, le compromis nationaliste, les amène en pratique à l’apostasie du droit divin et à hurler avec Maurras et les autres modernes : « NOUS NE VOULONS PAS QU’IL RÈGNE ! »

[1Charles Maurras, Romantisme et Révolution, Éd. Nouvelle librairie nationale, Paris, 1922, p. 32, Préface de l’Avenir de l’Intelligence.

[2Charles Maurras, Op. cit., p. 91-92, Auguste Comte.

[3Charles Maurras, Op. cit., p. 242, Trois idées politiques, Note à l’édition de 1912.

[4Charles Maurras, Op. cit., p. 99, Auguste Comte, L’ordre positif d’après Comte.

[5Charles Maurras, Op. cit., p. 99, Auguste Comte, L’ordre positif d’après Comte, Note.

[6Louis de Bonald. Réflexions sur la Révolution de Juillet 1830 et autres inédits. Éd. DUC/Albatros, 1988, p. 79-83.

[7Mgr de Ségur, Vive le roi ! in Œuvres, Paris : Tolra, 1877, 2e série, tome VI, chap. III.

[8Procès-verbal du lit de justice du 3 mars 1766. — Mercure historique de mars, p. 174-181, cité par J.C.L. Simonde de Sismondi, Histoire des Français, tome XXIX, Treuttel et Würtz libraires, Paris, 1842, p. 360-364.

[9Charles Maurras, Action française, 17 août 1942.

[10Charles Maurras, Op. cit., p. 101. Auguste Comte, L’ordre positif d’après Comte.

[11Charles Maurras, Op. cit., p. 101, Auguste Comte, L’ordre positif d’après Comte.

[12Préface de Maurras du livre de Jean-Louis Lagor (alias Jean Madiran) La philosophie politique de saint Thomas d’Aquin, Les Nouvelles Éditions, Paris, p. 24.

[13Éric Vœgelin, La nouvelle science du politique, Éd. seuil, Coll. L’ordre philosophique, Paris, 2000, p. 59.

[14Éric Vœgelin, Op. cit., p. 57.

[15Éric Vœgelin, Op. cit., p. 38.

[16Éric Vœgelin, Op. cit., p. 40.

[17Charles Maurras, Op. cit., p. 106-107, Auguste Comte, L’ordre positif d’après Comte.

[18Charles Maurras, Op. cit., p. 107, Auguste Comte, L’ordre positif d’après Comte.

[19Charles Maurras, Op. cit., p. 127, Auguste Comte, Le fondateur du positivisme.

[20Charles Maurras, Op. cit., p. 115-116, Auguste Comte.

[21Charles Maurras, Op. cit., p. 110-111, Auguste Comte, L’ordre positif d’après Comte.

[22Charles Maurras, Op. cit., p. 110-111, Auguste Comte, L’ordre positif d’après Comte.

[23Charles Maurras, Op. cit., p. 110-111, Auguste Comte, L’ordre positif d’après Comte.

[24Maurice Barrès, Charles Maurras. La République ou le Roi, correspondance inédite 1888-1923, Plon 1970, p. 452.

[25Charles Maurras, Op. cit., p. 288. Trois idées politiques, Note X.

[26Lettre Charles Maurras à l’abbé Penon du 23 janvier 1906, Centre Charles Maurras (CCM).

[27Préface de Maurras du livre de Jean-Louis Lagor (alias Jean Madiran) La philosophie politique de saint Thomas d’Aquin, Les Nouvelles Éditions, Paris, p. 33.

[28Maurras adhère à la théorie des trois états d’Auguste Comte, mais il réfute leur enchainement successif dans l’histoire de l’humanité au profit d’une action simultanée.

[29Charles Maurras, Op. cit., p. 261-262, Trois idées politiques, Sainte-Beuve ou l’empirisme organisateur.

[30Charles Maurras, Op. cit., p. 263, Trois idées politiques, Sainte-Beuve ou l’empirisme organisateur.

[31Charles Maurras, Op. cit., p. 4, Préface de l’édition définitive.

[32Charles Maurras, Op. cit., p. 228, Invocation à Minerve.

[33Charles Maurras, Op. cit., p. 228. Invocation à Minerve.

[34Charles Maurras, Op. cit., p. 232, Invocation à Minerve.

[35Charles Maurras, Le Mont de Saturne, conte moral, magique et policier, Les Quatre Jeudis, 1950 ; « son seul ouvrage autobiographique » selon Victor Nguyen.

[36Lettre d’Henri Rambaud au cardinal Gerlier, 13 octobre 1944, Archives diocésaines de Lyon.

[37Jacques Prévotat, Les catholiques et l’Action française, Fayard, Paris, 2001, p. 524-525.

[38Préface de Maurras du livre de Jean-Louis Lagor (alias Jean Madiran) La philosophie politique de saint Thomas d’Aquin, Les Nouvelles Éditions, Paris, 1944, p. 24.

[39Charles Maurras, Op. cit., p. 262, Trois idées politiques, Sainte-Beuve ou l’empirisme organisateur.

[40Charles Maurras, Op. cit., p. 20, Préface de l’édition définitive.

[41Aristote ; Éthique à Nicomaque, livre I, 1102a, Agora les classiques, Presses pocket, 1992, p. 51-52.

[42Emmanuel Beau de Loménie, Les responsabilités des dynasties bourgeoises, du cartel à Hitler 1924 — 1933, Éditions du trident, Paris, 1999, p. 268.

[43Charles Maurras, Op. cit., p. 273. Trois idées politiques, 1898, note III Les déistes.

[44Charles Maurras, Op. cit., p. 274, Trois idées politiques, 1898, note III Les déistes.

[45Pie XI, Mit Brennender Sorge, 14 mars 1937.

[46Cicéron, De officiis, III, 30.

[47Charles Maurras, Op. cit., p. 274, Trois idées politiques, 1898, note III Les déistes.

[48Charles Maurras, Op. cit., p. 275, Trois idées politiques, 1898, note III Les déistes.

[49Emmanuel Beau de Loménie, Les responsabilités des dynasties bourgeoises, du cartel à Hitler 1924 — 1933, Éditions du trident, Paris, 1999, p. 266.

[50Charles Maurras, Op. cit., p. 275, Trois idées politiques. Note III, Les déistes.

[51Charles Maurras, Op. cit., p. 6, Préface de l’édition définitive.

[52Charles Maurras, Op. cit., p. 7, Préface de l’édition définitive.

[53Charles Maurras, Op. cit., p. 4, Préface de l’édition définitive.

[54Charles Maurras, Op. cit., p. 269, De l’esprit classique.

[55Charles Maurras, Op. cit., p. 261, Trois idées politiques, Sainte-Beuve.

[56Charles Maurras, Op. cit., p. 281, Trois idées politiques, Note VI, Misère logique.

[57Charles Maurras, Op. cit., p. 281, Trois idées politiques, Note VI, Misère logique.

[58Charles Maurras, Op. cit., p. 96, Auguste Comte.

[59Charles Maurras, Revue Le Soleil, article « Notre religion nationale », 29 juin 1895, cité par Paul Vandromme in Maurras. L’Église de l’ordre, Éditions du Centurion, Paris, 1965, p. 48.

[60Charles Maurras cité par Louis Dimier, Vingt ans d’Action française, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1926, p. 30.

[61Charles Maurras, Op. cit., p. 182, Le romantisme féminin, Leur principe commun.

[62Maurice Barrès, Charles Maurras. La République ou le Roi, correspondance inédite 1888-1923, Plon, 1970, p. 323.

[63Charles Maurras, Le Soleil, 2 mars 1900.

[64Charles Maurras, Revue d’Action française, 1901. Repris dans Nos raisons pour la Monarchie contre la République, 1925. Mes Idées politiques, 1937.

[65Charles Maurras, Op. cit., p. 217, Mademoiselle Monk.

[67Charles Maurras, Op. cit., p. 35, L’avenir de l’Intelligence.

[68Charles Maurras, art. « Deux témoins de la France », Minerva, 15 avril 1902, Tome.I. p. 538.

[69Karl-Ferdinand Werner, Les origines Franques, Histoire de France, sous la direction de Jean Favier, Tome 1, Fayard, Paris, 1992.

[70Manuscrit d’un cours de droit public de la France, composé pour l’instruction du duc de Bourgogne ; citation faite par Lemontey, Œuvres complètes, t. V, p. 15.

[71Procès-verbal du lit de justice du 3 mars 1766. — Mercure historique de mars, p. 174-181. cité par J.C.L. Simonde de Sismondi, Histoire des Français, tome XXIX, Treuttel et Würtz libraires, Paris, 1842, p. 360-364.

[72Charles Maurras, Action française, 3 septembre 1914.

[73Charles Maurras, Action française, 11 septembre 1914.

[74Charles Maurras, Op. cit., p. 152, Le Romantisme féminin. Madame de Régnier.

[75Charles Maurras cité par le Marquis de Roux. Charles Maurras et le nationalisme de l’Action française. Éd. Grasset, 1927.

[76Charles Maurras, Intelligence et Patriotisme, 1903, repris dans l’Almanach d’Action française, 1923.

[77Jean Madiran cité par la Revue Civitas. La France (1) Actualité du nationalisme no20, juin 2006, article De l’emploi légitime du mot nationalisme dans le vocabulaire catholique (extraits)

[78Ariane Chebel d’Appolonia, L’extrême droite en France de Maurras à Le Pen. Éditions Complexe, 1999.

[79Charles Maurras, Op. cit., p. 181, Le Romantisme féminin. Leur principe commun.

[80Charles Maurras, Op. cit., p. 137-138, Le Romantisme féminin, Renée Vivien.

[81Charles Maurras, Op. cit., p.132, Le Romantisme féminin, Renée Vivien.

[82Charles Maurras, Op. cit., p. 181, Le Romantisme féminin, Leur principe commun.

[83Charles Maurras, Op. cit., p. 181-182, Le Romantisme féminin, Leur principe commun.

[84Charles Maurras, Op. cit., p.181, Le Romantisme féminin, Leur principe commun.

[85Charles Maurras, Op. cit., p. 284. Trois idées politiques, Note III, Les déistes.

[86Charles Maurras, Action française, 4 août 1914.

[87Charles Maurras, Action française, 5 août 1914.

[88Charles Maurras, Dictionnaire politique et critique, 1932.

[89Guy Augé, Qu’est-ce que la monarchie ?, in La Science Historique, printemps-été 1992.

[90Hannah Arendt, La crise de la culture, Folio Essais, p. 130.

[91Charles Maurras, Journal L’action française, 3 décembre 1937 (source en ligne Gallica) cité également par Jacques Prévotat in L’Action française, Que sais-je ? PUF, Paris, 2004 p. 87.

[92Charles Maurras, Petit manuel de l’Enquête sur la monarchie. Bibliothèque des œuvres politiques, Versailles, 1928, in Appendices Le Régime royal, p. 212-213 (note p. 212)

[93Charles Maurras, Petit manuel de l’Enquête sur la monarchie. Bibliothèque des œuvres politiques, Versailles, 1928, in Appendices Le Régime royal, p. 214.

[94Charles Maurras, Petit manuel de l’Enquête sur la monarchie. Bibliothèque des œuvres politiques, Versailles, 1928, in Appendices Le Régime royal, p. 218.

[95Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, Art. III.

[scRichelieu cité par Stéphane Rials, Le testament politique du grand cardinal, revue Mémoire, NoIII, Paris, 1985, Institut des Sciences Historique, p. 74-75.

[96Louis de Bonald. Réflexions sur la Révolution de Juillet 1830 et autres inédits. Éd. DUC/Albatros, 1988, p. 79-80.

[97Jean-Baptiste Colbert de Torcy cité par Th. Derisseyl in Mémoire sur les droits de la maison d’Anjou à la couronne de France, Fribourg, 1885.

[98Charles Maurras, Petit manuel de l’Enquête sur la monarchie. Bibliothèque des œuvres politiques, Versailles, 1928, in Appendices Le Régime royal, p. 212-213 (note p. 212)

[99Charles Maurras, Action française, 4 juillet 1941.

[100Louis XV, Procès-verbal du lit de justice du 3 mars 1766. — Mercure historique de mars, p. 174-181, cité par J.C.L. Simonde de Sismondi, Histoire des Français, tome XXIX, Treuttel et Würtz libraires, Paris, 1842, p. 360-364.

[101Arnold Toynbee cité par Jean-Pierre Sironneau, Sécularisation et religions politiques, 1982, Paris, Mouton Publisher, p. 206.

[102François Furet, Le passé d’une illusion, Éd. Livres de poche 1995, p. 17.


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