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La Révolution française jugée par un contemporain musulman

Le droit naturel, trait d’union des peuples

dimanche 4 mai 2008, par MabBlavet Enregistrer au format PDF

Pour rallier les musulmans à la République Française, Bonaparte ― conquérant éphémère de l’Égypte ― avance que les Français sont de bons musulmans puisqu’ils ont chassé le pape de Rome et détruit l’Ordre de Malte. Ahmed Atif Efendi ― haut fonctionnaire de l’Empire Ottoman ― ne s’en laisse pas compter et répond avec un argumentaire appuyé sur le droit naturel que nous aurions très bien pu signer.

Les gens bien informés n’ignorent pas que la conflagration de sédition et de scélératesse qui éclata il y a quelques années en France, projetant des étincelles et des flammes de trouble et de tumulte dans toutes les directions, avait été préparée de longue date dans l’esprit de certains hérétiques maudits et était un mal sous-jacent qu’ils cherchaient à toutes les occasions de réveiller.

De la sorte, les célèbres athées Voltaire et Rousseau, et d’autres matérialistes de leur acabit avaient édité et publié divers ouvrages consistant, Dieu nous en préserve, en insultes et calomnies contre les purs prophètes et les grands rois, réclamant la suppression et l’abolition de toute religion, et pleins d’allusions à la douceur de l’égalité et du républicanisme, tout cela exprimé en des mots et des phrases aisément intelligibles, sous forme de moquerie, dans le langage du peuple.

Séduits par la nouveauté de ces écrits, la plupart des gens, jusqu’aux jeunes et aux femmes, ont eu de l’inclination pour eux et y ont accordé une grande attention, de sorte que l’hérésie et la scélératesse se sont répandues comme la syphilis dans les artères de leur cerveau et ont corrompu leurs croyances.

Lorsque la révolution s’intensifia, personne ne se formalisa de la fermeture des églises, de l’assassinat et de l’expulsion des moines, et de l’abolition de la religion et de la doctrine : ils avaient tourné leur cœur vers l’égalité et la liberté, par lesquelles ils espéraient atteindre la parfaite félicité en ce monde, selon les enseignements mensongers de plus en plus colportés dans le peuple par cette pernicieuse équipe qui a fomenté la sédition et le mal par égoïsme ou intérêt.

Nul n’ignore que l’ordre et la cohésion de tous les États reposent avant tout sur la solidité des racines et des branches de la sainte loi, de la religion et de la doctrine ; que seuls les moyens politiques ne suffisent pas à assurer la tranquillité du pays et l’obéissance des sujets ; que la nécessité de la crainte de Dieu et le respect du châtiment dans les cœurs des esclaves de Dieu sont un des décrets divins les plus indéracinables ; que jadis comme aujourd’hui chaque État et chaque peuple a sa propre religion, vraie ou fausse.

Pourtant, les chefs de la sédition et des maux surgis en France, avec une ampleur sans précédent, afin de faciliter l’accomplissement de leurs projets néfastes, et dans le plus complet mépris de leurs redoutables conséquences, ont ôté au peuple la peur de Dieu et du châtiment, ont autorisé toute sortes d’actions abominables et entièrement fait disparaître la vergogne et la pudeur, préparant ainsi la voie à la réduction du peuple de France à l’état de bétail.

Non contents de se satisfaire de cela, ils ont partout cherché leurs semblables, afin d’occuper les autres États à la protection de leurs propres régimes et ainsi prévenir une attaque contre eux, ils ont fait traduire dans toutes les langues et publier en tous lieux la déclaration rebelle qu’ils appellent “les droits de l’homme” et se sont efforcés d’inciter le peuple de toutes les nations et de toutes les religions à se rebeller contre les rois dont ils sont les sujets.

Ahmed Atif Efendi, reis ul Kuttab

Cette citation est tirée de l’ouvrage de Bernard Lewis, Islam et laïcité, Paris, Fayard, 1988, p.64-65.

Bernard Lewis est un orientaliste anglo-américain, spécialiste de l’Orient médiéval et de la Turquie ottomane. Auteur de nombreux ouvrages, dont plusieurs ont été traduits en Français, il a été, dit-on, l’inspirateur de la politique de Georges Bush au Moyen-Orient. En 1995, il a été condamné par le Tribunal de Grande Instance de Paris pour négationnisme du génocide arménien. Il apparaît, donc, comme fort éloigné de la pensée légitimiste.

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