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Vive le Roy
Unir les peuples de France dans l’amour du Roi

Le modèle du discours révolutionnaire, par Joseph de MAISTRE (1799)

discours du citoyen CHERCHEMOT
lundi 2 février 2009 par MabBlavet Enregistrer au format PDF

Maistre nous livre ici l’archétype du discours révolutionnaire. On y trouve : L’utilisation de mots clefs propres à susciter la passion et une pensée réflexe. Le mythe du progrès de l’homme : la philosophie des Lumières (ou art social) crée l’opinion et élève l’humanité à un stade supérieur par le culte et l’exercice d’une “liberté” entendue comme l’affranchissement de toute autorité. La paranoïa homicide : nécessité de défendre les acquis menacés par des ennemis de l’intérieur si incompréhensibles qu’ils en deviennent monstrueux, perdent leur humanité et méritent la mort. Le messianisme : il faut “libérer” les autres peuples en exportant la “philosophie” par la guerre pour enfin accéder au bonheur universel. Les hommes seront alors comme des dieux.

Introduction de VLR

Discours du citoyen Cherchemot,
commissaire ou pouvoir exécutif près l’administration centrale du M..., le jour de la fête de la souveraineté du peuple.

Texte tiré de Lettres et opuscules inédits du comte Joseph de Maistre. Paris. A. VATON, libraire-éditeur, Rue du bac, 50. 1861.
pp. 219-230.

AVERTISSEMENT : Les titres ont été ajoutés par la rédaction de VLR pour faciliter la lecture en ligne.


Introduction de Joseph de MAISTRE

Venise, 1799.

Ayant fait un grand amas de phrases révolutionnaires, sans aucun but arrêté, j’imaginai depuis de les fondre dans un discours imaginaire prononcé par quelque personnage civique. Cette idée produisit le discours du citoyen Cherchemot, qui ferait extrêmement rire s’il était imprimé très exactement, ce qui serait essentiel à cause des nombreuses et fidèles citations.

Chut ! Le discours du citoyen CHERCHEMOT commence

Citoyens,

Et moi aussi je viens mêler ma voix aux concerts d’acclamations qui retentissent aujourd’hui de toutes parts ; et moi aussi je viens célébrer la souveraineté du peuple. J’essayerai d’activer le civisme de mes concitoyens, en laissant échapper devant eux ces flammes qu’un républicanisme pur allume dans mon cœur. Le peuple a reconquis ses droits imprescriptibles, il a ressaisi le sceptre usurpé par les tyrans. Ô révolution immortelle ! les trônes sont tombés ; les peuples sont rois ; il n’y a plus de sujets !

Comment pourrai-je célébrer dignement cette époque mémorable ? C’est en vous montrant d’abord tout ce que vous lui devez ; je ne puis mieux louer la liberté qu’en précisant ses bienfaits. Et c’est encore en vous montrant de suite ce que vous avez à craindre pour elle, et comment vous pouvez la sauver si vous savez vous prononcer.

Les bienfaits de la révolution

Qu’étions-nous avant la révolution ? Moins que des brutes. Que sommes-nous depuis la conquête des droits du peuple ? Plus que des hommes. Depuis quatorze siècles, nous traînions dans le désespoir ces chaînes ignominieuses formées par le hideux despotisme, et rivées par le machiavélisme sacerdotal. L’incivilisation des Barbares valait mieux que cet état. Nos chaînes sont brisées, nous vivons ; nous bravons les vains rugissements des despotes.

La révolution nous a affranchis de l’autorité sacerdotale

L’œil du républicain n’est plus affligé par le spectacle impopulaire d’un sacerdoce oppressif. Un clergé rapace et scandaleux avait l’impudeur de se donner pour le représentant de l’Être suprême ; il a vécu : exproprié par nos premiers législateurs, mis hors de la loi par les seconds, ses forfaits n’appartiennent qu’à l’histoire. On ne verra plus l’homme descendre des hauteurs de la raison pour s’incliner devant un bipède mitré ; on ne verra plus ces histrions privilégiés latrociner les dupes pour garrotter les sages : au bruit de la fermeture des temples de la superstition, celui de la raison s’est ouvert, et la grande nation est entrée !

La révolution nous a donnés le divorce et affranchis de l’autorité paternelle

L’ancien régime avait organisé l’adultère en condamnant deux époux, aliénés l’un de l’autre par des torts conséquents, à gémir indivisément sous le poids insupportable d’un joug inopportun : honneur à nos courageux représentants, qui ont fait présent du divorce à la France !

Il viendra sans doute le temps où il sera permis de s’élever à la hauteur des premiers principes ! Déjà un de nos représentants a fait observer, dans un livre immortel, que le préjugé funeste et liberticide de l’aristocratie héréditaire tenait essentiellement à l’institution du mariage [1]. En effet, comment prouvera-t-on qu’on est noble lorsque l’on ne pourra plus prouver de qui l’on est fils ?

Déjà un autre représentant avait dit au corps législatif : C’est un préjugé général répandu en France, que les enfants appartiennent à leurs parents : cette erreur est très funeste en politique... Les progrès de la philosophie la déracineront [2].

Qu’il sera grand le représentant courageux qui osera aborder cette grande question, et repousser les difficultés soulevées par le fanatisme et par l’ignorance ! En attendant, couvrons d’applaudissements nos législateurs, qui ont détruit dans leur sagesse un des fruits les plus venimeux du mariage, la puissance paternelle : la voix impérieuse de la raison s’est fait entendre ; elle a dit : « Il n’y a plus de puissance paternelle ; c’est tromper la nature que d’établir ses droits par la contrainte [3]. »

La révolution nous a affranchis de l’autorité de magistrats non élus

Des magistrats enivrés de leur folle prérogative osaient, sous leur pourpre insolente, se croire les juges héréditaires des Français ; aujourd’hui, la classe des juges ne saurait plus être influencée par les mêmes passions : comment pourraient-ils être orgueilleux, puisque c’est vous qui les faites ? Lorsque le glaive de la loi avait frappé une tête coupable par une mesure ultra-répressive, elle arrachait quelquefois les biens du coupable. L’origine de la confiscation attestait son impureté, puisqu’elle remonte aux premières époques du régime féodal [4], et que Sylla en fut le digne inventeur [5]. Cette tache ne souille plus le code républicain ; ou, si la confiscation se montre encore çà et là, ce n’est que pour quelques milliards, et toujours comme simple indemnité.

La révolution réalise l’égalité qu’il faut cependant consolider

Enfin, Citoyens, les bienfaits de la révolution sont immenses, et cet événement est unique dans les fastes de l’univers.
Quelle magnifique entreprise que celle d’une démocratie de trente millions d’hommes tous parfaitement égaux dans leurs droits naturels, dans leurs droits civils, dans leurs droits politiques ! Jamais rien de si beau n’a été tenté sur la terre ; jamais les vœux mêmes et les pensées des hommes de génie ne sont allés jusque-là. Platon, Montesquieu, Rousseau, étaient presque effrayés de cette conception. Cependant, nous avons eu le courage de former et d’exécuter ce plan sublime ; mais il ne peut être consolidé que par la réunion de toutes les lumières, et ces lumières où existent-elles ? Nulle part encore [6].

Pour que les citoyens désirent l’égalité, il faut les éclairer, alors ils formeront un peuple de dieux

Est-ce un empêchement ? Non, Citoyens ; il faut les faire naître [7]. Nous y parviendrons par la rémoralisation de l’opinion publique, par l’homogénéité de l’enseignement, par la démonétisation de ces vieux préjugés que nos pères admirent dans la circulation comme des vérités pures ; surtout, par la répression des jongleries sacerdotales.

Il faut nous entourer des lumières de tous les siècles, et reprendre sous œuvre l’édifice social ; tous les livres de Politique civile et criminelle sont à refaire ; tous les livres de morale, mêlés jusqu’ici de mysticité, sont à refaire ; tous les livres d’histoire sont à refaire [8].

Peut-être même serait-il opportun de refaire l’histoire même, dont chaque ligne n’offre que le spectacle contagieux des peuples souverains foulés aux pieds par d’insolents mandataires. C’est ainsi que le Français s’élèvera à la hauteur de ses destinées ; c’est ainsi que nous terminerons la plus belle comme la plus glorieuse des révolutions [9] ; c’est ainsi qu’en dirigeant tous les membres de la société vers le désir du bonheur commun, nous parviendrons à faire un peuple de dieux  [10].

Comment conserver les bienfaits de la révolution ?

Union contre les ennemis de la liberté et de la France, d’abord celui de l’intérieur

Mais comment conserver ce bonheur dont nous jouissons ? C’est par l’union de tous les cœurs républicains. Fort de la pureté de mes intentions, je ne balancerai point de révéler à mes concitoyens une importante vérité ; on ne vous a point fait observer que, tant qu’une partie de la nation sera divisée de l’autre, l’union ne pourra régner [11].

Serrons donc les rangs des soldats de la liberté ! songeant que le roi de Mittau, debout devant ces redoutables phalanges, attend qu’elles s’ouvrent pour se jeter avec ses sicaires dans ces interstices funestes créés par l’esprit anarchique et par l’esprit sectionnaire, qui tendent sans relâche à briser l’unité politique du grand peuple. Les véritables ennemis de la France sont dans son sein ; si elle échappe à ses ennemis intérieurs, elle se rira des complots de l’étranger.

Union aussi contre l’ennemi extérieur

L’infâme Pitt a su nationaliser une guerre sacrilège ; il vomit sur le continent l’or du Bengale pour organiser la ligue insensée des rois ; mais Pitt n’est qu’un imbécile, quoi qu’en dise une réputation qui a été beaucoup trop enflée [12]. En vain l’Arabe de Moscou, le sultan de Vienne, le mameluk de Constantinople et le monstre des Orcades ont conjuré la perte de la république ; ils viendront se briser sur ce rocher inébranlable : mais tandis que nos frères d’armes iront châtier ces insolents jusque chez eux, c’est à nous, Citoyens, à en faire une justice non moins sévère.

Il faut les traduire devant le jury des sages, il faut verser l’ignominie sur ces rois atroces, il faut les condamner aux galères de l’opinion  [13] ; en même temps, tenons leurs complices sous une surveillance infatigable ; et si nous voulons échapper à leurs complots, fermons nos cœurs à une pitié cruelle qui nous perdrait infailliblement.

Mobilisation générale et aucune pitié contre les ennemis de la liberté

Pour tromper, pour avilir, pour enchaîner de nouveau le premier peuple de l’univers, on s’arme de ses propres vertus, on ose lui parler de compassion au moment où la compassion serait un crime de lèse-nation. Ah ! croyez, citoyens, que la liberté n’est pas ennemie de la nature et de l’humanité ; mais il lui faut encore des hécatombes : il suffit que le mot de justice soit toujours écrit sur leur frontispice  [14].

Il est temps de dire la vérité tout entière : les bruyants célébrateurs du 9 thermidor ne sont, dans leur presque totalité, que les ennemis sourds du 18 fructidor. C’est sous le masque fallacieux du modérantisme que l’hypocrite royaliste cache ses desseins perfides : il a bien ses raisons pour tâcher de modérantiser la révolution !

Mais lorsque le despotisme régit de Corcyre à Thulé, et du Bétis au Borys-thène ; lorsque ses satellites forcenés menacent, dans leur fureur gigantesque, d’envahir le sol de la liberté ; lorsque la France entière est en état de siège, est-il opportun de venir parler de pitié et de clémence ? Chaque citoyen doit-il attendre isolément dans l’attitude de la terreur que le poignard royal vienne chercher son cœur ? et la liberté terrifiée souffrira-t-elle qu’on la mette en état d’arrestation ? Non, Citoyens ; de grandes mesures de sûreté sont nécessaires : il faut que le tocsin de la vengeance rassemble les enfants de la patrie, et la dernière heure des tyrans aura sonné.

Prenons exemple des hommes fameux qui ont illustré dans tous les temps les annales de la liberté.
- Brutus se laissa-t-il corrompre par une prétendue tendresse paternelle lorsque, sous ses yeux impassibles, il fit tomber la tête de son fils ?
- Gaston ménagea-t-il ses préjugés absurdes lorsqu’il s’écria devant les législateurs : C’est moi qui le premier ai provoqué la loi contre les émigrés. J’ai un frère qui a eu la lâcheté d’abandonner son pays, c’est un monstre [15].
- Lorsque Caton le Censeur opina sur la restitution des biens des Tarquins [16], se laissa-t-il amollir par de vaines considérations de condescendance et d’humanité ? Fit-il entendre au sénat les sanglots des femmes et des enfants ?
- Et toutes les fois que la chose publique était en danger, ces fiers républicains balançaient-ils de neutraliser le pouvoir ?

Imitons ces grands modèles.

Un État tout puissant pour défendre la liberté contre royalistes et anarchistes

Tous les jours la malveillance demande où l’on prendra les fonds nécessaires pour soutenir les coups formidables du despotisme écumant ? La réponse est aisée : On les prendra où ils sont. Lorsque les pauvres ont consenti qu’il y eût des riches [17], ce fut toujours à la charge d’en venir aux partages au premier appel nominal. D’ailleurs, puisqu’il est permis de dépouiller ses ennemis, la position géographique de ces ennemis ne change rien à cet axiome éternel de morale et de droit public.

Eh ! qu’importe que les ennemis de la France soient en France ou en Angleterre ? Pour découvrir ces ennemis, la vigilance nationale doit être activée par tous les moyens possibles. Dès que ces traîtres seront connus, mettons leurs dépouilles entre les mains du Directoire, et laissons-le agir de confiance.

Quelle force pourra comprimer les complots populicides du réactionnaire et de l’anarchiste, si le gouvernement ne peut employer avec sagesse les moyens impressionnants d’une salutaire terreur ? Comment pourra-t-il évoluer le vaisseau de l’État au milieu des vagues contre-révolutionnaires, s’il n’est investi, par une loi organique de la constitution, d’une force de circonstances capable de neutraliser les factions, et de forcer tous les partis à marcher dans le sens de la révolution ? Les calomniateurs de notre constitution oseront nous reprocher ces moyens ; mais comment peuvent-ils ignorer, ces sycophantes impurs, que ces mesures de sûreté et ces formes acerbes [18] sont passagères comme les feux follets, mais que la liberté est éternelle comme les astres ?

Citoyens, nous marchons au milieu de deux écueils également terribles :
- le fougueux anarchiste n’oublie rien pour faire croire que tous les maux viennent de l’unité du pouvoir ; il cherche à le diviser pour l’anéantir ; et
- l’hypocrite royaliste répand de tout côté que le gouvernement est nécessairement un ; il tâche de faire glisser le peuple de l’unité politique à l’unité personnelle.

Nous avons fait serment de haine à ces deux partis, nous saurons les étouffer l’un et l’autre.

Un peuple n’a pas le droit de choisir la royauté

Quel homme oserait entreprendre de royaliser la France ? Sur quel principe effronté entreprendrait-il de baser ses complots frénétiques ? Serait-ce sur la volonté du peuple ? Mais cette volonté n’existera jamais ; on a vu sans doute des peuples, après avoir fait justice de leurs tyrans, s’humilier de l’humiliation de ces traîtres, et mettre : autant d’ardeur à rétablir l’ancien ordre de choses qu’ils en avaient mis à le renverser. De lâches Anglais ont pu donner ce spectacle au milieu de l’autre siècle ; mais les Français sont incapables de ce retour à la compassion, PARCE QUE DE NOS JOURS L’ART SOCIAL EST PLUS AVANCÉ  [19].

D’ailleurs, le peuple ne peut vouloir la monarchie. Le Français qui veut un roi est un tigre : il est faux qu’un peuple ait le droit de choisir la royauté, parce qu’il aliénerait un droit inaliénable [20].

Ajoutons qu’il ne faut pas être la dupe des sophismes grossiers qu’on appuie sur la volonté du peuple. Un grand homme a fait sur les assemblées nationales une réflexion profonde : Lorsque dans une assemblée nationale, dit-il, le parti de l’opposition reste en minorité, il est utile à la chose publique... mais si ce parti acquiert la majorité, ce n’est plus un simple surveillant, ce n’est plus un censeur du gouvernement : c’est un ennemi ; il l’arrête dans sa marche, il paralyse ses mouvements, il refuse, il prescrit, et l’impuissance du gouvernement amène la guerre civile et l’anarchie [21].

L’application de ce principe lumineux aux nations se présente d’elle-même. Il y a de l’impudeur à confondre la majorité numérique avec la majorité légale, qui n’a rien de commun avec le nombre.

Quant à l’anarchie, elle est moins à craindre que le royalisme. Celui qu’on appelle anarchiste n’est le plus souvent qu’un ardent ami de la liberté. D’ailleurs, qui, dans notre république, oserait tenter de briser le pouvoir ? Celui-là méconnaîtrait l’unité du gouvernement, et pourrait ignorer qu’étant un comme la pensée, ses instruments ne sont pas des portions, mais seulement des agents [22].

La république est immortelle

Nous voulons un gouvernement ou les distinctions ne naissent que de l’égalité même, où le citoyen soit soumis au magistrat, le magistrat au peuple, et le peuple à la justice [23].
Ne craignons pas de le dire, Citoyens, la république est immortelle.

Quelques nouvelles sinistres, enflées par la malveillance, ont pu vous alarmer sur la situation militaire de la république à l’extérieur ; mais ces craintes sont vaines ; elles deviendraient criminelles si vous ne vous hâtiez de les abjurer. Jusques à quand prêterez-vous l’oreille à l’alarmiste astucieux ? Que vous faut-il donc pour vous convaincre, si les prodiges que vous avez vus vous laissent encore balancer ?
- Est-il pour des hommes libres quelques obstacles infranchissables ?
- Est-il une puissance qui ait pu nous résister ?
- Est-il une ville dont les remparts ne se soient abaissés devant l’étendard tricolore ?
- N’avons-nous pas pris, en passant, Malte, qui est éloignée de onze cents lieues de Toulon [24] ?
- N’avons-nous pas organisé un Institut national au Grand-Caire, qui est éloigné de la France de mille lieues [25] ?
- Depuis la prise de la Bastille, victoire la plus étonnante et la plus heureuse qui ait été remportée depuis l’origine du monde [26], jusqu’à la bataille d’Arcole, une destinée invincible n’a-t-elle pas veillé sur la liberté ?

La république est protégée par les généraux

Si la victoire paraît s’égarer un moment, bientôt vous la verrez revenir au pas de charge ; bientôt elle sera remise à l’ordre du jour et déclarée en permanence par les baïonnettes républicaines. En vain voudrait-on vous effrayer en vous nommant des généraux dont les circonstances ont privé la république : n’avons-nous pas encore Masséna, l’enfant chéri de la Victoire, et le rapide Pigeon, et Lecourbe l’helvétique, et Championnet le brise-trône, et Lannes, semblable aux immortels ?

Et pourriez-vous croire que le héros des Pyramides soit perdu pour la patrie ? Un jour, n’en doutez pas, vous le verrez tomber, comme l’étincelle céleste, au milieu des tyrans consternés. En vain les valets de George le Négrier bloqueraient les bouches du Nil avec leurs cinq cents vaisseaux, empêcheront-ils le grand homme de se rendre en Syrie par la haute Égypte [27] ? l’empêcheront-ils d’entrer, en remontant l’Euphrate dans les ports de l’ancienne ville de Tyr [28], d’où nous le verrons arriver, couvert de lauriers immortels ?

Mais, me direz-vous peut-être, qui nous répondra que dans ce second voyage il ne sera point cerné par les Anglais et fait prisonnier, avant de pouvoir atteindre la terre sacrée de la liberté ? Et moi, je vous le demande à mon tour, lorsqu’il se livra l’année dernière à son immortelle entreprise, au milieu de toutes les circonstances conjurées contre lui, fut-il pris, fut-il même rencontré par les Anglais ? Pressant la mer sous le poids de plus de quatre cents voiles et de trente mille hommes de débarquement, n’aborda-t-il pas en Égypte, en profitant de toutes les fautes, et utilisant l’ineptie d’un prétendu baron du Nil [29] ?

Conclusion

Citoyens, gardez-vous d’en douter : la liberté a vaincu. Si les tyrans peuvent un instant la refouler vers le centre, c’est pour en être repoussés eux-mêmes avec plus de violence au delà de leurs frontières. Couverts de la poussière des trônes, jamais nous ne plierons devant les rois, jamais nous ne traiterons avec eux.
Que les royalistes ne forment donc point de projets insensés. Les scélérats ! ce n’est pas au nom de la liberté, c’est au nom de l’honneur qu’ils marchent. Ignorent-ils que l’honneur a été déclaré féodal par l’assemblée constituante, et que toutes les lois de l’honneur ont été rapportées ? Mais le patriote est à son poste ; la loi est là pour les surveiller, les foudres républicaines ne sont qu’endormies ; Malheur aux traîtres, s’il s’en trouve ! Dieu même ferait de vains efforts pour les soustraire à la colère du peuple.

Citoyens, renouvelons dans ce moment le vœu solennel de vivre libres, ou de mourir ! Forts de notre union, forts de la pureté de nos principes, nous saurons déjouer les trames populicides. Vive la liberté ! vive la république ! Que le bruit de nos acclamations dissipe ces nuages qui semblent s’amonceler sur nos têtes et nous menacer d’un orage ! Pour moi, j’ai rempli ma tâche ;
- j’ai célébré la liberté,
- j’ai signalé ses ennemis,
- j’ai appelé sur leurs têtes la foudre nationale.

Si, dans mon dire impétueux, j’ai quelquefois employé les pensées et même les expressions des grands hommes de la révolution, c’est pour rendre hommage à leur génie, c’est pour déverser sur la province les lumières de la capitale, c’est pour allumer ma faible lampe au volcan de leur éloquence.

J’ai dit.

[1L’orateur veut parler du représentant Lequinio, qui a fait celle observation intéressante dans un livre in-8°, publié il y a quatre ou cinq ans, mais dont l’intitulé exact ne me revient pas.

[2Béranger, séance du 10 octobre 1797.

[3Cambacérès, au nom du comité de législation, séance du 23 août 1793. Mon., n° 235.

[4Louvet, séance du 2 mai 1795. Mon., n°227, p, 922.

[5Villetard, ibid., p. 923.

[6Fréron, à la Conv. nat., séance du 26 août. Mon., n° 342,p. 1402.

[7lbid.

[8Décade philosophique, 1798, n° 493 (Variétés).

[9Bourdon de l’Oise, Mon. du 3 novembre 1794, n° 47, p. 203.

[10Boissel, Mon. du 24 novembre 1794, n° 39, p. 171.

[11Pellet, séance du 4 octobre 1794 ; Mon., n° 16, p. 74. Ce député ne parlait que de l’assemblée législative, mais le principe est général.

[12Robespierre, séance du 1er février 1794. Mon., n° 134.

[13Expression de Barrère, je ne sais plus où.

[14Merlin, directeur, au nom des trois comités. Mon., 1795, n° 104.

[15V. le Mon., 1795, n° 8, p. 459.

[16Bonnesœur. V. tous les papiers du 6 mai 1796.

[17Rousseau, Émile.

[18Barrère, en parlant des massacres d’Arras.

[19Décade philosophique, 1798, n° 26, p. 465.

[20Mailhe, séance du 28 décembre 1794. Mon., n° 102, p. 422.

[21Rion, séance du 15 septembre. Mon. du 22, n° I.

[22Dufresne, séance du 27 février 1794. Mon., n° 159.

[23Robespierre. V. le Mon. du 7 février 1794.

[24Lettre du citoyen Guillot, capitaine de la 25e demi-brigade, à sa mère, an quartier général du Caire, 27 juillet 1798, dans le recueil des lettres interceptées et publiées par les Anglais, deuxième partie, n° 15.

[25Ibid.

[26Fauchet, deuxième discours sur la liberté, 1789.

[27Lettre du citoyen Le Turcq, aide de camp du général Bertbier ; au quartier général du Caire, le 28 juillet 1798. Partie 2e, n° 20 du recueil cité.

[28Si vous présumez que la flotte républicaine (de Bonaparte) a mouillé aux ports de l’ancienne ville deTyr, qu’elle descend l’Euphrate et qu’elle est aujourd’hui près de s’unir à Tippo-Saïb, vous ne serez peut-être pas très éloigné de la vérité. (Observations d’un géographe républicain, dans le Publiciste du 22 août 1798, article signé G****.)

[29Lettre du cit. Boyer, adjudant général dans l’armée d’Égypte, à son père et à sa mère ; au Grand-Caire, le 27 juillet. Recueil cité, part. 3e, n° 22.


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