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Vive le Roy
Unir les peuples de France dans l’amour du Roi

Le roi sous l’Ancien régime, par Frantz FUNCK-BRENTANO (1926)

Du modèle familial de la monarchie française
dimanche 23 novembre 2014 par MabBlavet Enregistrer au format PDF

Dans sa Grande Étude Confucius dit : « Ceux qui désiraient bien gouverner leurs royaumes, s’attachaient auparavant à mettre le bon ordre dans leurs familles [...] la famille étant bien dirigée, le royaume est ensuite bien gouverné ; le royaume étant bien gouverné, le monde ensuite jouit de la paix et de la bonne harmonie. » C’est précisément sur le modèle familial que s’est construite et développée notre monarchie française ainsi que le montre Funck-Brentano de l’Institut.

Introduction de Vive le Roy

Titre original de l’ouvrage : L’Ancien Régime, Flammarion, Paris, 1926.

Titre original du chapitre : Le roi, p.78-90.

AVERTISSEMENT : Les titres secondaires ont été ajoutés par la rédaction de VLR pour faciliter la lecture en ligne.


Origines du pouvoir royal

L’organisation originelle de la monarchie

Nous avons dit la reconstitution de la France aux IXe et Xe siècles dans l’anarchie produite par les invasions, autour de la cellule familiale : c’est le fait essentiel qui domine toute notre histoire jusqu’à la Révolution.

  • « Vous aurez en lui un père ; nul, jusqu’à présent, n’a invoqué en vain son patronage. »
  • « Le clan patronal, dit Jacques Flach, est une famille étendue, issue de l’organisation familiale et du patronage ; sur cette double base aussi s’est constituée la royauté. »

Aussi, la reine devait-elle avoir, comme dans toute maison bien tenue, sa part dans l’administration. « Elle tient le ménage de la royauté », dit M. Flach, en ses Origines de l’ancienne France. Le trésor de l’État est sous sa surveillance et son contrôle directs. Le chambrier, qui s’appellerait de nos jours le ministre des Finances, est de ce fait son subordonné.

Et le pouvoir exécutif se trouve naturellement dans les mains des domestiques qui servent la famille régnante. Ceux-ci se groupent en six métiers (ministeria), en six ministères : la paneterie, l’échansonnerie, la cuisine, la fruiterie, l’écurie et la chambre ; le tout dirigé par les grands officiers : le panetier, le bouteiller, le sénéchal, le connétable et le chambrier, serviteurs personnels du monarque.

Le sénéchal est l’écuyer tranchant. C’est lui qui découpe la viande mise sur la table du roi. Après le repas, il reçoit du cuisinier un morceau de viande, auquel le panetier et le bouteiller ajoutent deux pains et trois chopines de vin.
Quand on est en guerre, le sénéchal veille à l’arrangement de la tente royale ; il suit son maître dans les expéditions ; en son absence, il commande les armées.

Auprès du sénéchal, voici le connétable, cornes stabuli, le comte de l’étable. Il a la surveillance de l’écurie du roi, veille aux fourrages, achète les chevaux. Il tient la main à ce que les palefreniers nettoient les stalles. Il est autorisé à faire manger quatre de ses destriers aux râteliers de son maître ; le cuisinier royal lui remet en outre de la viande crue ou de la viande cuite, à son choix.

Le bouteiller commandait aux échansons. Il avait l’administration des vignobles royaux. On lui confia l’intendance du trésor royal : il eut la présidence de la Chambre des comptes.
Semblables furent les carrières du chambrier et du grand panetier.

Vient enfin le grand chancelier, dont le caractère est un peu différent, parce que, tout en étant domestique, son origine est en même temps religieuse. Les rois mérovingiens conservaient parmi leurs reliques la petite chape (capa) de saint Martin. C’était le vêtement de dessous que le patron des Gaules portait sur lui le jour où il avait abandonné sa tunique à un pauvre. De là, le nom de « chapelle » donné au lieu où l’on gardait les reliques des rois et celui de chapelain réservé aux clercs qui y étaient attachés. Lesdits chapelains devaient tenir registre des serments qui étaient portés sur la chape. Ils vinrent ainsi à être chargés de la rédaction des actes, des diplômes munis de sceaux. Leur chef fut le chancelier. Celui-ci devait constamment porter le grand sceau suspendu à son cou, de crainte qu’il ne fût enlevé.

Tels furent les six grands officiers de la couronne. Ils assistaient le roi dans l’exercice de son autorité. Leur caractère, si étroitement domestique, s’affaiblit avec le temps ; moins rapidement qu’on serait tenté de le croire.

Ces grands ministres qui perpétuent les vieilles traditions

Les grands ministres du XVIIe siècle, les Sully, les Richelieu, les Colbert, les Louvois, continuent à s’occuper, auprès du prince, d’affaires de famille, conformément au caractère primitif de leur charge. Ils continuent d’être des « domestiques » à une époque où, selon la remarque de Montlosier, ceux-ci font encore partie de la famille.

Sur les états de logement, ils prennent place à côté du contrôleur de la bouche et des garçons du château ; ils ont droit à l’ordinaire qui comprend deux pains et un quart de vin ; de plus, les jours gras, une pièce de gibier et une livre de lard ; les jours maigres, six carpes et trois livres de beurre.

Colbert et Louvois, auprès de Louis XIV, sont gens de confiance. Le grand roi les charge des objets qui lui tiennent à cœur : de pourvoir au logement de Mlle de La Vallière et de Mme de Montespan. Louise de La Vallière se sauve-t-elle de la Cour, Colbert en personne, ce grave personnage, toujours sombre, silencieux, la tête encombrée des multiples intérêts du royaume, et que les dames les mieux chaussées et les plus haut huppées n’abordaient qu’en tremblant, Colbert doit courir sur les traces de la fugitive, la rejoindre au couvent de Chaillot, lui faire entendre raison, s’il est permis de parler ainsi, la ramener auprès du roi. Mme de Montespan donne le jour à MlIe de Blois. Louis XIV écrira à Colbert : « Ma fille de Blois m’a demandé la permission de quitter la bavette : j’y consens. »

Le roi justicier

Le roi est le juge suprême, l’apaiseur

Le vieux Bodin écrit en ses fameux Livres de la République : « Le roi traite ses sujets et leur distribue la justice, comme le père fait à ses enfants. »

Les premiers rois, Hugues Capet, Robert le Pieux, déclarent en termes précis que le roi n’a de raison d’être que s’il rend la justice. Le roi était dans le royaume la source de la justice, toute justice émanant de lui. Il ne pouvait en être autrement.

Parmi les mille et mille groupes locaux, familles, seigneuries, villes, qui se partageaient le royaume, et dont chacun avait une vie et une existence indépendantes, le roi était le seul lien, l’unique autorité supérieure ; la seule autorité capable d’intervenir dans les différends qui surgissaient entre eux.

Par le fait même que le roi est le juge suprême, il est le pacificateur, l’apaiseur, dit saint Louis.

De la justice à cheval aux cours de justice (les Parlements)

À vrai dire, dans les premiers temps, ce rôle de justicier ne fut pas celui d’une magistrature assise, on dirait plutôt d’une magistrature à cheval. La robe fourrée de vair est remplacée par la broigne de cuir ou par le baubergeon à mailles de fer. On voit le magistrat suprême sur les routes, heaume lacé en tête, avec cuissart, gorgerette et haubert.

Par un effort constant, les rois parviennent, au XIIIe siècle, à introduire dans le royaume un ordre relatif. Saint Louis peut alors faire le justicier, non plus sur les grands chemins, l’épée au poing, mais dans sa chambre assis au pied de son lit, ou bien à l’ombre des chênes de Vincennes, entouré de ses conseillers.

Une miniature du XVe siècle, conservée à la Bibliothèque de l’Arsenal, représente Charles V assis dans le péristyle de son palais, en face de la porte grande ouverte, tel que les chroniqueurs du XIIIe siècle représentent saint Louis. Il est entouré de trois ou quatre conseillers. Devant lui deux plaideurs discutent avec si grande véhémence que l’un d’eux en perd son chapeau. Cependant que s’éloignent par la porte, et sur la route qu’on voit se dérouler au loin, une théorie de plaideurs satisfaits, deux par deux, les adversaires réconciliés, bras dessus, bras dessous, et devisant amicalement de la manière dont le roi vient d’accommoder leur affaire.

Ces traditions, comme les précédentes, se maintinrent beaucoup plus longtemps et avec plus de force qu’on ne serait tenté de le croire au premier abord. Les transformations qui s’opérèrent avec le temps, la multiplication et la facilité plus grande des moyens de transport, le prodigieux développement d’une ville comme Paris, voisine de la résidence royale, firent qu’un souverain comme Louis XIV n’aurait plus, comme saint Louis, pu donner audience à ceux de ses sujets qui seraient venus débattre devant lui leurs différends.

Cependant Louis XIV encore recevait chaque semaine ceux qui se présentaient et les plus pauvres, les plus mal vêtus. Dans ce moment les princes du sang, de séjour à la Cour, se groupaient auprès du roi ; les bonnes gens passaient devant le prince, à la queue le leu, à la queue du loup, et lui remettaient en propres mains un placet où leur affaire était exposée. Ces placets étaient déposés par le roi sur une table, qui se trouvait près de lui, et ensuite examinés par lui en séance du conseil, comme en témoigne la mention « lu au roi » qui se trouve sur nombre d’entre eux.
Nous avons ici l’origine et, comme on le verra par la suite, la raison d’être des lettres de cachet, dont la forme nous surprend, nous indigne même aujourd’hui. Elles étaient en harmonie avec les mœurs, avec les plus fortes traditions de l’ancien temps.

D’autre part, le nombre croissant et la complication de plus en plus grande des affaires obligèrent le roi de s’en remettre à ses conseillers. Ainsi furent créés les Parlements, qui exercèrent la justice par délégation immédiate du pouvoir royal et en représentants du roi.

Le roi est une personne ecclésiastique

Du caractère sacerdotal de la royauté

Tel a donc été essentiellement le roi de France : un justicier et qui, non seulement rend la justice, mais est la source de toute justice dans son royaume comme un père dans sa famille.

Et les fonctions judiciaires avaient entre ses mains d’autant plus d’autorité, qu’elles y paraissaient surnaturelles et presque divines.

  • « La monarchie de Hugues Capet, écrit Achille Luchaire, est la royauté de caractère sacerdotal : le roi est un ministre de Dieu.  »
  • « La fonction royale, dit-il encore, est une mission divine. »
  • Suger représente Louis VI comme « le vicaire de Dieu dont il porte la vivante image en lui-même ».

Au XVe siècle encore, on regardait le roi comme la première personne ecclésiastique. Le peuple se précipitait sur le passage du roi pour toucher le bas de sa robe comme une relique.

Le roi thaumaturge

Louis XIV et Louis XV opérèrent des guérisons de scrofules et d’écrouelles dont nous avons de nombreux procès-verbaux.

Le Bolonais Locatelli, d’une part, et de l’autre un Allemand, le docteur Nemeitz, donnent la description de la cérémonie à Paris, à laquelle ils ont assisté. Elle se déroule dans les longues salles voûtées, au rez-de-chaussée du Louvre, où se trouve aujourd’hui le musée des Antiques. Les malades, atteints de scrofules ou d’écrouelles, sont rangés sur deux files. Louis XIV pose la main sur la tête de chacun et dit :

Dieu le guérisse.

Puis il l’embrasse. Il y avait là des centaines de malheureux, on en compta jusqu’à huit cents un même jour, atteints de ces maladies de peau. On les avait assurément lavés au préalable ; pour arriver au bout, il n’en fallait pas moins au roi un bon estomac.

Après la cérémonie dans la cathédrale de Reims où il venait d’être sacré roi de France (octobre 1723), Louis XV, âgé de treize ans, conformément à l’usage traditionnel se rendit à l’église abbatiale de Saint-Rémi pour y entendre la messe.

Au long du parcours, où l’on avait tendu les tapisseries de la Couronne, les gardes suisses et françaises faisaient la haie. Les grenadiers à cheval, les mousquetaires blancs et les mousquetaires noirs, ainsi nommés de la robe de leurs montures, ouvraient la marche, suivis des chevau-légers ; puis la prévôté de l’hôtel marchant à pied. Les seigneurs de la Cour, couverts de soie et de dentelles, sur leurs chevaux richement harnachés précédaient les trois destriers du roi qui allaient sans cavalier, conduits par la bride, sous des caparaçons de velours bleu, brodés d’or et d’argent, puis douze pages à cheval, et les trompettes de la Chambre, les cent Suisses avec leurs fraises de toile à plusieurs rangs, hallebarde sur l’épaule. Immédiatement devant le roi, chevauchait le prince Charles de Lorraine, premier écuyer ; enfin, le jeune roi Louis XV, en habit de velours rubis, brodé d’or : il était charmant, avec sa jolie figure encadrée de boucles claires et ses grands yeux bleus. Les rênes de son cheval étaient tenues par deux écuyers ; six gardes écossais marchaient sur les côtés. Le cortège se fermait par les gendarmes de la Garde.

On avait hésité à imposer au jeune prince la cérémonie des écrouelles à cause de la fatigue extrême qu’elle lui devait occasionner ; après quoi l’on avait reconnu qu’il était impossible de la supprimer, la tradition l’imposait. Aussi bien les malades s’étaient fait transporter à Reims de tous les points de la France.

Le 29 octobre, après avoir entendu la messe en l’abbaye de Saint-Rémi, le jeune roi passa dans le grand parc qui l’avoisinait. Sur les deux côtés des longues avenues, au pied des ormes séculaires dont les feuilles jaunies couvraient déjà le sol d’un tapis troué, les malades, scrofuleux et paralytiques, étaient rangés en files, au nombre de deux mille environ.

Louis XV parut, sous un manteau de drap d’or où se détachait le cordon bleu clair de l’ordre du Saint-Esprit, et l’insigne, une colombe aux ailes éployées, étincelant de diamants. Les deux huissiers de la Chambre, en pourpoint de satin blanc, en mantelet de velours blanc noué de rubans d’argent, en toque de satin blanc empanachée de plumes blanches, leurs masses d’or sur l’épaule, marchaient devant lui. Les huiles du sacre venaient de le sanctifier.

Il s’arrêta devant chacun des malades et lui touchant doucement la joue du revers de la main, il dit :

Le roi te touche, Dieu te guérisse.

Le grand aumônier, qui suivait, mettait à chacun une piécette d’argent dans la main, cependant que les tambours des Suisses roulaient comme le tonnerre.

Peu après, les intendants des diverses provinces faisaient parvenir à la Cour des certificats attestant un certain nombre de guérisons.

Le front populaire de la monarchie

Un roi accessible à tous ses sujets

Le plus brillant théoricien de l’ancienne monarchie du XIXe siècle, Bonald, s’exprime ainsi :

Quelle haute idée nos pères ne devaient-ils pas avoir de la royauté, puisqu’ils respectaient des rois qui marchaient pour ainsi dire au milieu d’eux, dépouillés de tout l’éclat qui les environne aujourd’hui.

Dès la fin du XIe siècle, Guibert de Nogent oppose la bonhomie paternelle des rois de France à la hauteur des souverains étrangers. « Dans les rois de France, dit-il, brille une modestie toute naturelle. » Il cite à leur sujet la parole de l’Écriture qu’ils font revivre : « Prince, ne t’exhausse pas, mais sois parmi tes sujets comme un des leurs. »

Le palais de nos rois, ouvert à tout venant, avait la simplicité des demeures bourgeoises. L’Anglais Walter Map y entre, comme les autres, il aborde le roi. C’était Louis VII. La conversation s’engage.

À votre prince, disait Louis VII en parlant de la Cour d’Angleterre, il ne manque rien : chevaux de prix, or et argent, étoffes de soie, pierres précieuses, il a tout en abondance ; à la Cour de France, nous n’avons que du pain, du vin et de la gaieté.

L’Anglais voit dans ces paroles un grand éloge des monarques de son pays et admire la courtoisie dont fait preuve le roi de France.

Au XIIIe siècle, le roi se promenait à pied dans les rues de Paris où chacun l’abordait sans plus de façon. L’histoire a conservé un dialogue qui se serait établi entre un jongleur et Philippe-Auguste. L’histrion demande un secours au roi, parce qu’il est, assure-t-il, de sa famille.

— Comment es-tu mon parent ? dit le roi.

— Je suis votre frère, seigneur, par Adam le premier homme ; seulement son héritage a été mal partagé et je n’en ai pas eu ma part.

— Viens demain et je te donnerai ta part.

Le lendemain, dans son palais, Philippe-Auguste aperçoit le jongleur parmi la foule qui y était entrée. Il le fait avancer et, lui remettant un denier :

— Voilà la portion que je te dois. Quand j’en aurai donné autant à chacun de nos frères descendus d’Adam, c’est à peine si, de tout mon royaume, il me restera un denier.

L’anecdote manquerait-elle d’authenticité, la transmission par un contemporain n’en serait pas moins caractéristique.

Louis XIV écrit :

S’il est un caractère singulier dans cette monarchie, c’est l’accès libre et facile des sujets au prince.

On entrait dans le palais du roi comme dans un moulin. Les étrangers ne cessent pas d’en exprimer leur surprise. J’allai au Louvre, écrit Locatelli en 1665,

je m’y promenai en toute liberté, et, traversant les divers corps de garde, je parvins enfin à cette porte qui est ouverte dès qu’on y touche, et le plus souvent par le roi lui-même. Il vous suffit d’y gratter et l’on vous introduit aussitôt. Ce roi veut que tous ses sujets entrent librement.

Le roi et la reine ne disposent que de peu d’intimité

Le prestolet Bolonais assiste à la toilette de la reine qui se faisait en public :

Pendant qu’on la coiffait, écrit Locatelli, elle portait un léger corset de toile blanche, bien garni de baleines, serré à la taille, et une jupe si étroite qu’elle semblait enveloppée d’un sac de soie. La reine coiffée, les pages apportaient ses vêtements de dessus, d’une jolie étoffe, extrêmement riche, à fleurs alternativement bleues et or sur fond d’argent, et les ornements qui lui furent ajustés à la taille par des cavaliers. Ils la lacèrent même et achevèrent de l’habiller, mais les femmes placèrent les bijoux de la tête et du corsage. La toilette terminée, elle se tourna vers les étrangers, fit une belle révérence et vola pour ainsi dire à l’appartement de la reine-mère (Anne d’Autriche).

Il y avait tant de monde dans la pièce que Locatelli ne put bien voir la reine qu’à ce moment « et seulement dans le grand miroir placé devant elle où se reflétait toute la chambre ».

Il en sera encore ainsi sous Louis XVI. En 1770 la dauphine Marie-Antoinette prend séjour au château de la Muette. Sa toilette se fait en public. Afin qu’un plus grand nombre de personnes puissent y assister, on dispose des banquettes sur des gradins en amphithéâtre. La Dauphine en écrit à sa mère :

Je mets mon rouge et me lave les mains devant tout le monde ; ensuite les hommes sortent, les dames restent et je m’habille devant elles.

La maison du roi est celle de tous

La maison du roi devenait une place publique. Le premier venu s’y comportait librement. Un chacun y était chez lui. On imagine la difficulté d’y maintenir l’ordre et la propreté. C’était, du matin au soir, une cohue turbulente et bruyante de gens de toutes sortes de conditions. Les dessous et les encoignures des escaliers, les couloirs, les balcons, les tambours des portes servaient à satisfaire toutes sortes de besoins. Par endroits, les châteaux du Louvre, de Vincennes ou de Fontainebleau devenaient des sentines. Pour entrer chez la reine, les dames relevaient leurs jupes. Jusqu’au troisième quart du XVIIe siècle, le Louvre est signalé pour ses ordures et ses puanteurs.

Nicolas de la Mare, intendant de la maison du comte de Vermandois, écrit à ce sujet :

En plusieurs endroits de la cour, dans les allées (couloirs) d’en haut, derrière les portes et presque partout, on y voit mille ordures, on y sent mille puanteurs insupportables, causées par les nécessités naturelles que chacun y va faire tous les jours, tant ceux qui sont logés dans le Louvre, que ceux qui y fréquentent ordinairement et qui le traversent. On y voit en plusieurs endroits des balcons et des avances chargés de ces mêmes ordures et des immondices, balayures et bassins des chambres que les valets et servantes y vont jeter tous les jours.

Certaines parties du château de Versailles, et jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, dégageront pareillement toutes sortes de parfums. Viollet-le-Duc raconte qu’ayant visité, sous la Restauration, le palais de Versailles, en compagnie d’une vieille dame qui avait fréquenté l’ancienne Cour, on passa par un corridor où il sentait fort mauvais. Et la marquise de se boucher le nez avec cette réflexion :
— Voilà qui me rappelle un bien beau temps.

Louis XIV avait essayé de réagir. Bussy-Rabutin l’admire d’être parvenu à mettre un peu d’ordre dans sa demeure et à lui donner «  la propreté du particulier.  »

On comprend que ces traditions anciennes, et que l’on ne pouvait pas modifier, aient inspiré au roi le désir de transférer à Versailles la demeure de la monarchie. À Paris, avec l’accroissement de la ville et la multiplication des rapports entre le roi et ses sujets, on en était venu à ne plus pouvoir respirer.
Il en fut d’ailleurs au palais de Versailles comme à Paris. La demeure royale reste ouverte à tout venant.

Nous passâmes, écrit Arthur Young qui en est tout surpris, à travers une foule de peuple et il y en avait plusieurs qui n’étaient pas trop bien habillés.

Young vient une seconde fois à Versailles : le roi venait de quitter ses appartements où chacun entrait librement ; il y note « ces petites marques de désordre » laissées par la vie quotidienne dans les pièces qui n’ont pas encore été rangées.

Les repas en public

Le public était plus particulièrement admis au « grand couvert » qui avait lieu régulièrement tous les dimanches et — ce qui est à noter — les jours de fête dans la famille royale. Celle-ci se trouvait alors réunie tout entière, y compris les princes du sang. Louis XIV s’astreignit à dîner en public jusqu’aux derniers jours de sa vie, jusqu’au 24 août 1715 — il devait mourir le Ier septembre. Son état de fatigue ne lui avait pas permis de quitter sa robe de chambre.

J’observai, note Saint-Simon, qu’il ne put avaler que du liquide et qu’il avait peine à être regardé.

Sous Louis XV, les Parisiens, les provinciaux viendront assister au repas du roi pour admirer sa prestance, son élégance, mais plus encore son adresse à faire sauter le haut de la coque d’un œuf, prestement, du revers de sa fourchette.
«  Attention ! le roi va manger son œuf !  »
À ce moment, les dames assises auprès du souverain s’écartaient de lui pour que la foule le pût mieux voir. Louis XV savait le plaisir que ses sujets trouvaient à ce détail : aussi s’astreignait-il à manger régulièrement des œufs à son grand couvert. Louis XV est sans doute l’homme du monde qui a mangé le plus grand nombre d’œufs à la coque.

Les badauds, note Mme Campan, qui venaient le dimanche à Versailles, retournaient chez eux, moins enchantés de la belle figure du roi, que de l’adresse avec laquelle il ouvrait ses œufs.

Au dessert, le roi offrait à toutes les dames présentes des fruits et des glaces. En 1772, une jeune Genevoise, Rosalie de Constant, vient assister au grand couvert.

On offrit, écrit-elle, les glaces du dessert aux dames qui étaient là pour voir. Je les trouvai bien bonnes.

Des voyages organisés pour Versailles

Pour transporter à Versailles les Parisiens qui désiraient aller voir le monarque, on avait organisé des manières d’omnibus, appelés, les uns, des « carabas » et les autres « des pots de chambre ». En voici la description :

Vingt voyageurs, moyennant dix sols chacun, s’entassaient dans l’énorme cage aux essieux grinçants, aux ferrailles rebondissant sur le pavé, au milieu d’un nuage de blanche poussière. Les autres s’asseyaient aux côtés de l’automédon, se perchaient sur la bâche, ou se pressaient dans les paniers suspendus aux côtés. Huit forts chevaux tiraient le coche, et quand, à la montée de Sèvres, sablonneuse et malaisée, l’attelage suait, soufflait, était rendu, toute la compagnie descendait pour le soulager un peu, et gravissait la côte en devisant.

Ceux qui prenaient place sur le devant de la voiture étaient appelés « les singes » et ceux dont le siège se trouvait à l’arrière étaient appelés « les lapins ». L’expression voyager en singe et en lapin existe de nos jours encore en Bretagne. On y entend dire : « Je me suis placé « en singe »  », ce qui veut dire en avant, ou « en lapin », ce qui signifie à l’arrière de la voiture.

Le singe et le lapin, écrit Mercier, descendent à la grille dorée du château, ôtent la poudre de leurs souliers, mettent l’épée au côté, entrent dans la galerie et les voilà qui contemplent à leur aise la famille royale et qui jugent de la physionomie et de la bonne grâce des princesses. Ils font ensuite les courtisans tant qu’ils veulent. Ils se placent entre deux ducs, ils coudoient un prince trop empressé, qui retient son geste quand il l’a outrepassé, et rien n’empêche le lapin et le singe de figurer dans les appartements et au grand couvert de la Cour.

Le roi fait partie de la famille

Aussi, comme le note encore Mercier,

dans toute la France on s’entretient de la Cour de Versailles, et il est rare que, dans la ville la plus écartée, il n’y ait quelqu’un qui ne puisse dire de visu, pour y être venu en caraba ou en pot de chambre, comment le roi est fait, combien la reine aime les « pommes d’orange », si la Dauphine est jolie et si les princesses marchent d’un bon air.
Chacun, dit Rétif de la Bretonne,— ceux mêmes qui ne l’avaient jamais vu — considérait le roi comme une connaissance personnelle.

Les événements qui concernent le roi et la reine sont pour la France entière des événements de famille. La maison du roi est au propre la « maison de France ».

Au voyage d’Alsace à Paris, que fit Marie Leszczynska, fiancée à Louis XV, les populations accourent pour la saluer. Des paroisses entières arrivent, bannières en tête, chantant des cantiques, s’agenouillant devant leur nouvelle reine. Les routes sont semées d’herbes et de fleurs.

Le même esprit se retrouve dans le discours que les dames de la Halle viennent faire à leur jeune reine Marie Leszczynska le 14 novembre 1725, dès son arrivée à Fontainebleau. La femme Gellé porte la parole au nom de ses camarades :

Madame, j’apportons nos plus belles truffes à Votre Majesté. Je souhaiterions en avoir davantage. Mangez-en beaucoup et faites-en manger au roi, car cela est fort bon pour la génération. Nous vous la souhaitons bonne et heureuse et j’espérons que vous nous rendrez tous contents.

Invitation générale aux noces du Dauphin

Au bal donné pour le mariage de Marie-Josèphe de Saxe avec le Dauphin, fils de Louis XV, tout le monde est invité, je veux dire tous les Français : c’est une fête de famille. Quelques-uns de ces cousins du roi sont même assez mal élevés : ils sont montés sur les banquettes de soie pour mieux voir les danseuses et répondent par un mot aussi énergique que laconique aux huissiers qui veulent les faire descendre.

Au mariage de Marie-Antoinette avec le Dauphin qui, sur le trône, se nommera Louis XVI, l’esprit qui préside est le même. Tout le monde, indistinctement, entre dans la grande Galerie des Glaces où la famille royale est assemblée. Des tables de jeu ont été disposées. Les dames qui ne jouent pas ont pris place sur des gradins disposés tout au long de la galerie, contre le mur. En face, du côté des fenêtres qui donnent sur le « tapis vert », a été disposée une balustrade qui règne d’une extrémité à l’autre de la galerie. Par là passe le peuple. Tout le monde est admis sans autre formalité, pourvu qu’on ne soit pas malpropre, ni loqueteux et qu’on suive l’itinéraire fixé. Mme la Dauphine, future reine de France, est assise à côté du roi son beau-père, et, avec eux, la famille royale a pris place autour d’une grande table où le roi, la reine, les princes et princesses causent familièrement et jouent bourgeoisement aux cartes, tandis que le peuple défile en dévisageant la jeune mariée, la future reine, et tous les membres de la maison de France.

En parlant de la mise au lit de la future reine de France, le soir des noces, le maréchal de Saxe écrit de son côté :

Certes, il y a des moments où il faut toute l’assurance d’une personne formée pour soutenir avec dignité ce rôle. Il y en a un, entre autres, qui est celui du lit, où l’on ouvre les rideaux lorsque l’époux et l’épouse ont été mis au lit nuptial, qui est terrible, car toute la Cour est dans la chambre.

La Reine accouche en public

La reine, la Dauphine vont donner un héritier à la couronne. L’accouchement doit se faire en public, devant tout le monde, sous les yeux du peuple à qui l’enfant appartient.
« C’est la grandeur de vous et de votre enfant », disait Henri IV à Marie de Médicis.
La sage-femme a reconnu les douleurs. Aussitôt Henri IV prévient la reine des usages de la Cour. Marie lui répond qu’elle a toujours été résolue de faire tout ce qu’il jugerait bon :

— Je sais bien, ma mie, que vous voulez tout ce que je veux ; mais je connais votre naturel, qui est timide et honteux, et je crains que, si vous ne prenez une grande résolution, les voyant, cela vous empêche d’accoucher.

Le roi, écrit la sage-femme, alla ouvrir la porte de la chambre et fit entrer toutes les personnes qu’il trouva dans l’antichambre et grand cabinet. Je crois qu’il y avait deux cents personnes. De sorte qu’on ne pouvait se remuer pour porter la reine dans son lit. J’étais infiniment fâchée de la voir ainsi.

Mme Boursier proteste contre la présence de tant de gens :

Le roi m’entendit, qui vint me frapper sur l’épaule et me dit :

— Tais-toi, tais-toi, sage-femme ; ne te fâche point ; cet enfant est à tout le monde, il faut que chacun s’en réjouisse.

L’enfant paraît : c’est un Dauphin.

Par tout le bourg (Fontainebleau), écrit Mme Boursier, toute la nuit, ce ne furent que feux de joie, tambours et trompettes ; tonneaux de vin défoncés pour boire à la santé du roi, de la reine et de M. le Dauphin ; ce ne furent que personnes qui prirent la poste pour aller en divers pays en porter la nouvelle et par toutes les provinces et bonnes villes de France.

Voici l’accouchement de la dernière reine avant la Révolution. Le garde des Sceaux, les ministres et secrétaires d’État attendaient dans le grand cabinet avec la « maison du roi », la « maison de la reine » et les grandes entrées. Le reste de la Cour emplissait le salon de jeu et la galerie. Tout à coup une voix domine : « La reine va accoucher !  »

La Cour se précipite pêle-mêle avec la foule. L’usage veut que tous entrent en ce moment, que nul ne soit refusé. Le spectacle est public. On envahit la salle en une telle bousculade que les paravents autour du lit de la reine en sont renversés. La chambre se transforme en une place publique. Des Savoyards montent sur un meuble pour mieux voir. Une masse compacte emplit la pièce :

— De l’air ! crie l’accoucheur.

Le roi se précipite sur les fenêtres et les ouvre avec la violence d’un furieux. Les huissiers, les valets de chambre sont obligés de repousser les badauds qui se bousculent. L’eau chaude, que les praticiens ont demandée, n’arrivant pas, le premier chirurgien pique à sec le pied de la reine. Le sang jaillit. Les deux Savoyards, montés sur une commode, se sont pris de querelle et se disent des injures. Les voisins interviennent. C’est un vacarme. Enfin Marie-Antoinette ouvre les yeux : elle est sauvée.

Le roi meurt en public

Comme le roi est venu au monde, ainsi doit-il mourir, entouré des siens, c’est-à-dire de tout le monde. Louis XIII est à Saint-Germain, dans le château neuf, aujourd’hui presque entièrement détruit. Anne d’Autriche était demeurée au vieux château, celui qui se dresse, de nos jours encore, sur la jolie terrasse dominant la Seine. Dans les moments où le roi allait bien, il pouvait jouir de quelque repos, demeurer un peu tranquille, dans une retraite relative ; mais du moment où son état empirait, l’étiquette reprenait ses droits. Cette étiquette, nous la connaissons. Le flot des courtisans qui demeurent avec la reine dans le vieux château, augmenté d’un flot de Parisiens accourus de la capitale, envahissent la chambre où le roi agonise et se pressent en une masse remuante et compacte.

La nostalgie de la simplicité des vieux usages

Avec son profond sentiment social, Napoléon comprit bien la raison de ces coutumes héréditairement enracinées dans la maison de France. Il avait songé à rétablir le « grand couvert », c’est-à-dire le repas en public, de la famille régnante, puis il y avait renoncé : il y eût été gêné. Ni Louis XIII, ni Louis XIV, ni Louis XV, ni Louis XVI ne l’étaient. Et il ajoute ces paroles qui marquent bien le caractère de ces vieux usages :

Peut-être aurait-on dû borner cette cérémonie au Prince impérial et seulement au temps de sa jeunesse, car c’était l’enfant de la nation ; il devait dès lors appartenir à tous les sentiments, à tous les yeux.

Le roi, chef des familles

Un père de famille doit consentir aux mariages

Le maréchal de Tavannes disait :

Commander à son royaume ou à sa maison, il n’y a de différence que les limites.

Louis XIV commande à son royaume comme à sa maison. En celle-ci nul mariage ne peut se faire sans son agrément. Le duc et la duchesse d’Orléans ont cru qu’ils pourraient marier leurs enfants à leur désir ; une union est projetée. Le roi les fait venir, leur fait une sévère réprimande et le projet est rompu. De même pour le prince et la princesse de Conti, Louis XIV décide du mariage de leurs enfants comme de ceux du duc d’Orléans. Le prince et la princesse croient pouvoir résister :

Le roi, écrit Saint-Simon, prit toutes sortes de ménagements puis, voyant qu’il n’avançait pas, il parla en roi et en maître et déclara à Mme la princesse de Conti qu’il voulait le double mariage de ses enfants et qu’il l’avait décidé et qu’il les ferait tous deux malgré elle.

Ce qui ne manqua pas.

Dans la noblesse, nulle union ne peut être contractée sans l’agrément du roi. Fréquemment, le prince signe au contrat, élève à cette occasion l’époux en dignité, érige une de ses terres en marquisat ou en duché ; parfois même il fait les frais de la noce et dote la fiancée.

De même pour les familles de robe. Olivier d’Ormesson écrit qu’il a dû solliciter l’agrément royal pour unir sa fille au futur président de Harlay.
Généralement Louis XIV se borne à donner des conseils. À la duchesse de La Ferté il dit :

— Madame, votre fille est bien jeune.

— Il est vrai, Sire, mais cela presse ; parce que je veux M. de Mirepoix et que, dans dix ans, quand Votre Majesté connaîtra son mérite, et qu’elle l’aura récompense, il ne voudra plus de nous.

Au duc d’Elbeuf, au contraire, qui veut se remarier à l’âge de soixante-quatre ans, le roi objecte qu’il est trop vieux :

— Sire, je suis amoureux.

C’était prendre Louis XIV par son faible ; nul, plus que lui, n’aima l’amour et les amoureux. Le duc d’Elbeuf eut permission de suivre la voix de son cœur et, le lendemain, il épousait Mlle de Navailles.
Sollicitude qui s’étend jusque dans les provinces. Incessamment, par des gentilshommes qu’il ne connaît pas, de qui il n’a peut-être jamais entendu le nom, le roi est prié de contribuer à l’établissement d’une fille : le contrôleur général des finances a des fonds destinés à cet objet.

On sait d’autre part la fécondité de ces familles de gentilshommes campagnards. Ici encore, en vertu du caractère de ses fonctions, le roi doit intervenir. Que d’exemples à citer ! Bornons-nous à celui de ce gentilhomme breton, nommé d’ailleurs très bourgeoisement M. Denis, et que les bureaux du Contrôle général désignent familièrement comme « le gentilhomme qui fait trois enfants à la fois et attend avec impatience les bontés du roi. »

Un père de famille veille à la bonne entente dans les ménages

Une fois nos gens en ménage, le roi, père de famille, qui s’est occupé de leur union, doit continuer de s’occuper de leurs affaires. La maréchale de la Meilleraye, secrètement remariée à Saint-Ruth, vient conter ses malheurs à Louis XIV : son mari lui donne des coups de bâton. Le roi mande Saint-Ruth et lui fait une réprimande. Saint-Ruth promet d’être plus doux ; mais bientôt, — c’était plus fort que lui — il se remet à battre sa femme. Celle-ci de se plaindre de nouveau au roi, qui mande à nouveau Saint-Ruth, qui fait de nouvelles promesses, auxquelles il manque de nouveau. Louis XIV résolut d’aviser. Saint-Ruth était bon soldat. Il fut envoyé avec un commandement à l’armée d’Irlande où l’affaire s’arrangea. Saint-Ruth eut la tête enlevée d’un boulet de canon, ce qui le mit dans l’impossibilité de continuer à bâtonner sa femme.

Le jeune duc de Richelieu fut envoyé à la Bastille parce qu’il n’aimait pas la duchesse, son épouse. Le sémillant gentilhomme fut gardé sous les verrous, plusieurs semaines durant, dans « une solitude ténébreuse ». Ce sont ses expressions ; quand la porte s’ouvrit et Mme de Richelieu entra gracieuse et charmante, parée de ses plus brillants atours.

Le bel ange, écrit le duc, qui vola de ciel en terre pour délivrer Pierre, n’était pas aussi radieux.

Un bon moyen pour ranimer l’amour conjugal quand, par un mauvais coup de vent il est venu à s’éteindre, et qui doit nous faire pardonner à la Bastille un ou deux de ses inconvénients.

Tâche essentielle du roi. Il ouvre la porte des demeures, prend part à l’honneur, à la tranquillité et au bonheur domestiques, veille à ce que les affaires du mari prospèrent, à ce que les enfants soient bien soignés et obéissants.

Au fait, les dossiers des intendances provinciales sont remplis de querelles burlesques : gendres et belles-mères, femmes jalouses, belles-sœurs acariâtres, voisins querelleurs. Ce sont des bonnets déchirés, des souliers furtivement introduits dans des soupières, de l’eau de vaisselle répandue du haut d’un premier sur un passant qui la reçoit tout à propos ; et puis aussi des bottes de mousquetaire trouvées très inopinément dans la chambre de Madame.

Tout cela est scrupuleusement noté, décrit, examiné, pesé et soupesé, puis transmis à l’intendant qui le transmet au ministre, qui le transmet au roi, qui prononce paternellement sa sentence. On voit de ces romans comiques qui, pendant deux ans, tiennent l’attention du ministre en éveil ; encore, après deux ans, l’affaire n’est-elle pas terminée et la dernière pièce du dossier est-elle une note du subdélégué informant le gouvernement royal « qu’il ne manquera pas de lui donner avis de ce qui se passera dans ce ménage.  »


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