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Vive le Roy
Unir les peuples de France dans l’amour du Roi

Miroir de prince, par Ronsard (1524-1585)

Institution pour l’adolescence du roi très chrétien Charles IX de ce nom
dimanche 9 novembre 2014 par MabBlavet Enregistrer au format PDF

À part quelques bobos, le pseudo-modèle de l’artiste révolté — qu’on nous impose à grand renfort de coûteuses campagnes médiatiques —, n’abuse plus grand monde. En effet, pour exister, un Ronsard n’a pas besoin de « briser des tabous », il ne sent pas obligé de faire du laid et encore moins du scatologique. Dans ce poème, et suivant la longue tradition des « miroirs de prince »*, l’auteur de « Mignonne, allons voir si la rose... » dessine le portrait du bon prince. Horreur pour un moderne enivré d’autonomie ! le droit divin apparaît : pour être légitime, le roi doit reconnaître des lois supérieures aux siennes, les lois de Dieu, Roi de rois, qui sera son juge.

* On pense au Ta Hio de Confucius, à la lettre au Dauphin de Bossuet en passant par toutes les œuvres de genre historia mises récemment en lumière par l’illustre historien allemand Karl-Ferdinand Verner.

La vertu et la science sont nécessaires au roi

Sire [1], ce n’est pas tout que d’être roi de France ;
Il faut que la vertu honore votre enfance.
Un roi, sans la vertu, porte le sceptre en vain,
Qui ne lui sert, sinon, d’un fardeau dans la main.
 
On conte que Thétis, la femme de Pelée,
Après avoir la peau de son enfant brûlée,
Pour le rendre immortel, le prit en son giron,
Et de nuit de l’emporta dans l’antre de Chiron,
Chiron, noble Centaure, afin de lui apprendre
Les plus rares vertus, dès sa jeunesse tendre,
Et de science et d’art, son Achille honorer.
 
Un roi pour être grand, ne doit rien ignorer.
 
Il ne doit seulement savoir l’art de la guerre,
De garder les cités, où les ruer par terre ;
Car les princes mieux nés n’estiment leur vertu
Procéder ni de sang ni de glaive pointu,
Ni de harnais serrés qui les peuples étonnent,
Mais par les beaux métiers, que les Muses nous donnent.
 
Quand les muses qui sont filles de Jupiter,
(dont les rois sont issus) les Rois daignent chanter,
Elles les font marcher en toute révérence,
Loin de leur Majesté, bannissant l’ignorance ;
Et leur sage leçon leur apprend à savoir
Juger leurs sujets, seulement à les voir.
 
Telle science sût le jeune prince Achille ;
Puis savant et vaillant, fit trébucher Troie
Sur le champ Phrygien, et fit mourir encore
Devant le mur Troyen, le magnanime Hector :
Il tua Sarpedon, tua Pentafilée,
Et par lui la cité d’Illion fut brûlée.

De la vertu de discernement dépend la justice

Connaissez l’honnête homme humblement revêtu,
Et discerner le vice, imitant la vertu.
 
Puis sondez votre cœur, pour en vertus accroître ;
Il faut, dit Apollon, soi-même se connaître :
Celui qui se connaît, et seul maître de soi,
Et sans avoir Royaume, il est vraiment un roi.
 
Commencez donc ainsi : puis sitôt que par l’âge
Vous serez homme fait de corps et de courage,
Il faudra de vous-même apprendre à commander,
À ouïr vos Sujets, les voir, et demander,
Les connaître par nom, et leur faire justice,
Honorer la vertu, et corriger le vice.

Un roi ne saurait fuir ses responsabilités

Malheureux sont les rois qui font de leur appui
Sur l’aide d’un Commis ; qui, par les yeux d’autrui,
Voyant l’état du peuple, entendent par l’oreille
D’un flatteur mensonger qui leur conte merveille.
Aussi, pour être roi, vous devez penser
Vouloir, comme un Tyran, vos sujets offenser.
Ainsi que votre corps, votre corps est de boue.
Des petits et des grands la fortune se joue.
Tous les regrets mondains se font et se défont,
Et au gré de fortune, ils viennent et s’en vont ;
Et ne dure non plus qu’une flamme allumée,
Qui soudain est éprise, et soudain consumée.
Or, Sire, imitez Dieu, lequel vous a donné
Le sceptre, et vous a fait un grand Roi couronné.

Faire miséricorde et justice, fuir les menteurs

Faites miséricorde à celui qui supplie ;
Punissez l’orgueilleux qui s’arme en sa folie ;
Ne poussez, par faveur, un homme en dignité,
Mais choisissez celui qui l’aura mérité :
Ne baillez, pour argent, ni états ni offices ;
Ne donnez au hasard les vacants bénéfices ;
Ne souffrez près de vous ni flatteurs ni vanteurs.
Fuyez ces plaisants fous, qui ne sont que menteurs,
Et n’endurer jamais que les langues légères
Médisent des Seigneurs des terres étrangères.

Du devoir d’humilité du roi

Ne soyez point moqueur, ni trop haut à la main,
Vous souvenant toujours que vous êtes humains ;
Ayez, autour de vous, personnes vénérables,
Et les oyez parler volontiers à vos tables :
Soyez leur auditeur, comme fut votre aïeul,
Ce grand François qui vit encore au cercueil.

Des devoirs réciproques des grands et du peuple

Ne souffrez que les grands blessent le populaire ;
Ne souffrez que le peuple aux grands puisse déplaire ;
Gouverner votre argent par sagesse et raison :
Le prince qui ne peut gouverner sa maison,
Sa femme, ses enfants, et son bien domestique,
Ne saurait gouverner une grande République.

Des lois promulguées par le roi

Pensez longtemps, avant que faire aucuns Édits :
Mais sitôt qu’ils seront devant le peuple dits,
Qu’ils soient pour tout jamais d’invincible puissance,
Autrement vos Décrets sentiraient leur enfance.

De l’habillement du roi

Ne vous montrez jamais pompeusement vêtu ;
L’habillement des Rois, est la seule vertu :
Que votre corps reluise en vertus glorieuses,
Non par des habits chargés de pierres précieuses.

Dieu jugera le roi selon ses actes

Or, Sire, pour autant que nul n’a le pouvoir
De châtier les rois qui font mal leur devoir,
Punissez-vous vous-même, afin que la Justice
De Dieu, qui est plus grand, vos fautes ne punisse.
Je dis ce puissant Dieu, dont l’empire et sans bout,
Qui de son trône assis, en la terre voit tout,
Et fait à chacun ses justices égales,
Autant aux Laboureurs, qu’aux personnes royales.

[1Pierre Ronsard, Annales poétiques ou Almanach des Muses, depuis l’origine de la poésie française, t.V, Ed. Delalain, Paris, 1778, p.249-252.


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