Les textes de ce site légitimiste n'engagent aucunement la personne de Louis XX
Vive le Roy

Unir les peuples de France dans l’amour du Roi

Plan du site |
Accueil du site > FRANCAIS > Bibliothèque > Études > Principe du moteur de la Révolution

Principe du moteur de la Révolution

Le piège fatal du suffrage universel

lundi 4 mai 2009, par Faoudel Enregistrer au format PDF

Nombreux sont les catholiques et/ou les monarchistes qui, par le biais du suffrage universel, espèrent restaurer la cité traditionnelle ― ou au moins freiner la révolution. Il suffirait pour cela d’une campagne électorale, ou d’un “lobbying” bien mené. Difficile en effet de résister à la tentation de prendre l’adversaire à son propre piège, en utilisant l’arme qu’il met à notre disposition : le vote. Et pourtant, ce serait se méprendre tragiquement sur la nature de cette arme.

 Les deux cités

Une distinction traditionnelle

Il faut reconnaitre dans le Berbère saint Augustin l’un des principaux artisans de l’Occident chrétien, et son chef d’œuvre La Cité de Dieu, reste une référence essentielle aux sciences politiques. Dans cet ouvrage, l’évêque d’Hippone distingue deux cités :

Deux amours ont bâti deux cités ; l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la cité de Dieu.  [1]

Le médiéviste Lemarignier commente :

La cité de Dieu, c’est la cité des justes qui cherchent le royaume de Dieu avant de faire partie, dans le ciel, du nombre des élus. À cette cité de Dieu, civitas Dei, saint Augustin oppose la cité terrestre, civitas terrena, qui groupe ceux qui ne cherchent pas le Royaume de Dieu. Aux uns et aux autres, il a donné le nom mystique de “cité”… [2

Avec l’avènement de la Modernité, l’amour de soi prend sa revanche, les Lumières le dotent d’un corpus doctrinal et politique qui produit un type de société inédit dans l’histoire de l’humanité : Dieu y est absent des institutions et relégué dans la sphère privée.

Comme un écho à la vieille distinction augustinienne, et pour rendre compte de l’apparition cette nouveauté, les sociologues, historiens et philosophes ont introduit les concepts d’hétéronomie et d’autonomie :

  • La société hétéronome trouve sa justification, sa légitimité hors d’elle-même, dans la divinité ; Jean-Luc Chabot, juriste et professeur à l’Institut d’Études Politiques de Paris, précise :
    Les sociétés dites hétéronomes fonctionnent […] sur la base d’un système de valeurs découlant d’un principe qui leur est à la fois extérieur et supérieur […], elles sont marquées par la transcendance de la divinité au regard de la vie humaine et de son organisation sociale. [3]
    Tel est le cas de France monarchique où Jésus-Christ est reconnu institutionnellement vrai Roi par son lieutenant lors de la cérémonie du sacre. Cette société chrétienne mérite donc pleinement la qualification de cité de Dieu.
  • La société autonome trouve sa justification, sa légitimité, en elle-même et en fin de compte, dans l’homme.
    Au sein [des] sociétés d’Europe occidentale s’est développé à partir du XVIe siècle un dessein d’autonomie, non pas seulement du pouvoir civil par rapport au pouvoir ecclésiastique, mais bien plus fondamentalement de la société humaine prétendant se constituer en principe d’elle-même. Un tel propos visait implicitement à opérer un transfert de l’absolu de la transcendance religieuse au profit de l’immanence politique et sociale, à substituer une normativité fondée sur l’altérité religieuse par une normativité purement humaine, ayant une prétention à s’autolégitimer soit par la raison individuelle, soit par l’ordre social. [4]
    C’est le cas des sociétés issues des trois idéologies révolutionnaires de 1789 : le libéralisme, le nationalisme et le socialisme. Nous appellerons cette société inédite la cité de l’homme-dieu.

Deux conceptions de l’homme

Essentiellement, l’objet du combat entre ces deux cités, est une conception radicalement opposée de ce qu’est l’être humain et de sa place.

Pour le chrétien :

  • Il existe une seule nature humaine à travers les âges. De la lecture des textes bibliques en passant par ceux de l’antiquité jusqu’à l’époque contemporaine, on constate que l’homme ne change pas : il se pose toujours les mêmes questions, éprouve les mêmes sentiments, il est toujours le siège des mêmes passions, des mêmes détresses et des mêmes espoirs.
  • La morale naturelle est une science fondée sur l’observation du comportement humain. Son principe part du constat ― énoncé entre autres par Aristote ― que « l’homme est par nature un animal politique. » [5] Cette science étudie la hiérarchie dans les actes humains pour parvenir au bonheur maximum.
  • L’intelligence de l’homme a été obscurcie par le péché originel, et à cause de ses passions, il est souvent tenté de justifier ses actes mauvais contre la morale naturelle. Pour l’aider à se repérer et grâce à la Révélation, Dieu ― son créateur ― lui a fait cadeau des dix commandements résumés dans le commandement d’amour de Dieu et du prochain.
  • En tant que créateur, Dieu est la source du pouvoir : Jésus dit à Pilate « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut. » [6] Saint Paul confirme : « Tout pouvoir vient de Dieu.  » [7]
  • Dieu est le principe et la fin de toute chose : « Au commencement était le Verbe. » [8]
  • Si le sacrifice de Jésus Christ a permis la Rédemption du genre humain, le salut est individuel et réclame de nous une acceptation de notre nature. Dieu nous a voulus “animaux politiques” : or la vie en société n’est possible que parce que nous avons besoin les uns des autres, parce que nous sommes différents et donc inégaux.

Pour le révolutionnaire :

  • Il n’existe pas de nature humaine, l’homme évolue continuellement à travers les âges vers quelque chose de supérieur. C’est la théorie de l’évolutionnisme, le mythe du progrès de l’humanité. Mais vers quoi l’homme peut-il progresser, si ce n’est vers une sorte d’état angélique puis divin ?
  • Il ne saurait y avoir de morale fixe. Mieux ! l’homme moderne estime superbement qu’il est parvenu à la “phase adulte” de son évolution, il doit donc s’affranchir de cette morale d’un autre âge, élaborée par l’esprit archaïque, frustre et masochiste de nos ancêtres.
  • L’évolution est inéluctable, c’est le fameux “sens de l’histoire”. La Révolution permet d’accélérer la prise de conscience par l’humanité de sa grande destinée. L’homme en marche vers la divinité peut enfin décider pour lui-même. Le philosophe hégélien allemand Feuerbach déclare : « L’être absolu, le Dieu de l’homme, c’est l’être même de l’homme. » [9]
  • L’homme de la modernité s’affirme désormais la source du pouvoir : on lit à l’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1791 « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation  », et à l’article 2 du titre III de la Constitution de 1791 : « La nation, de qui seule émanent tous les pouvoirs…  »
  • La Révolution se présente à elle-même comme un mouvement permanent et éternel : « Au commencement était l’action » [10] selon la parole célèbre de Faust dans la tragédie du franc-maçon Goethe.
  • L’État révolutionnaire se pose en rédempteur et prétend apporter un salut collectif par la réalisation de l’égalité. Le ministre franc-maçon Jules Ferry déclare :
    Qu’est-ce d’abord que l’égalité ? C’est la loi même du progrès humain ! c’est un fait social, c’est l’essence même et la légitimité de la société à laquelle nous appartenons. En effet, la société humaine n’a qu’une fin dernière : atténuer de plus en plus, à travers les âges, les inégalités primitives données par la nature. [11]

Mgr Gaume résume ainsi la doctrine révolutionnaire : « Je suis la haine de tout ordre que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et dieu tout ensemble.  » [12]

Jules Ferry ne dit pas autre chose : « Mon but, c’est d’organiser l’humanité sans Dieu et sans roi. » [13]

Plus récemment, le philosophe Marcel Gauchet confirme « La république c’est le régime de la liberté humaine contre l’hétéronomie religieuse. Telle est sa définition véritablement philosophique.  » [14]

Si la Révolution n’est pas naturelle, comment expliquer sa pérennité depuis deux siècles ? Comment se fait-il que le nombre de partisans de la cité de l’homme-dieu ne cesse d’augmenter ? Quelle est la source, le moteur de ce mouvement révolutionnaire de conversion des esprits ?

Notes

[1] St Augustin, La Cité de Dieu, Édition P.de Labriolle, 1957, l. IV, c. 4, p.332.

[2] Jean-François LEMARIGNIER, La France médiévale, Édition A. Colin, Paris, 2002, p.37.

[3] Jean-Luc CHABOT, Le nationalisme, col. Que Sais-Je, 1997, p.14.

[4] Jean-Luc CHABOT, Le nationalisme, col. Que Sais-Je, 1997, p.15.

[5] Aristote, La Politique.

[6] St Jean, XIX,10–11

[7] St Paul, Épître aux Romains, XIII, 2

[8] St Jean, I,1

[9] Ludwig FEUERBACH, Essence du Christianisme, Librairie Internationale, Paris, 1864, p.27.

[10] GOETHE, Faust, Partie I, scène 5

[11] Jules FERRY, Discours sur l’égalité d’éducation, Discours et opinions de Jules Ferry, Paris , Armand Colin, 1893.

[12] Mgr GAUME, La Révolution, Recherches historiques, t. I, p. 18, Lille. Secrétariat Société Saint-Paul, 1877.

[13] Jules FERRY cité par Jean JAURES, Préface aux Discours parlementaires, Le socialisme et le radicalisme en 1885, Présentation de Madeleine Rebérioux, « Ressources », réédition Slatkine, 1980, p. 28-29.

[14] Marcel GAUCHET, art. La république aujourd’hui, La revue de l’inspection générale, n°1, Janvier 2004

| | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0