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Qu’est ce que le légitimisme ? par Jean-Louis MARAL

Le légitimisme ou l’écologie politique (1980)
mercredi 3 avril 2013 par La Légitimité Enregistrer au format PDF

Hétérogène aux idéologies, il [le légitimisme] ne peut, sans se renier, s’en adultérer. Les « fusions » de type orléaniste prétendant réconcilier le principe légitimiste avec celui, qui lui est diamétralement contraire, de la souveraineté populaire, et accessoirement marier l’idéal et le lucre, sont l’exemple le plus absurde, et le plus choquant, de ces mésalliances conjoncturelles. Le « compromis nationaliste » n’a pas plus de consistance ou de logique, non plus que l’intégration à une « droite » d’intérêt, invétérée dans ses sécheresses et dans ses refus.

Jean-Louis Maral, article Encore quelques réflexions sur le légitimisme, La Légitimité, Numéro spécial, Décembre 1980, p.9-11.
Les titres ont été rajoutés par la rédaction de VLR pour faciliter la lecture en ligne.


Le légitimisme : un concept pérenne

Modes éphémères bonapartiste et orléaniste, pérennité légitimiste

Les impérialistes, au jugement de Chateaubriand, n’avaient point l’apparence de jeunesse qu’ils souhaitaient se donner :

ils ne sont pas antiques comme les légitimistes, ils ne sont que vieillis comme une mode passée ; ils ont l’air de divinités de l’Opéra descendues de leur char de carton doré [1].

Le bonapartisme, né d’une péripétie de l’histoire, l’orléanisme, fruit d’un compromis circonstanciel, ne sauraient en effet prétendre à quelque pérennité si ce n’est comme dénominateurs de tendances politiques les définissant à quelque degré : démocratie consulaire, conservatisme libéral et hybride des « habiles ». Nul ne s’en réclamerait sérieusement, fût-ce de manière symbolique [2]. Le terme « légitimiste » jouit d’une meilleure fortune, et même d’un regain de faveur, pour ne rien dire de la référence si fréquente à la notion de légitimité politique. Ainsi parle-t-on couramment de légitimisme, à l’heure actuelle, pour désigner l’attitude des gaullistes purs — de prétention du moins.

Ce que recouvre le concept de légitimisme

Le concept de légitimisme s’identifie en effet, lors même qu’on ne le creuse guère et qu’on n’en envisage aucunement les exigences signifiantes, à l’idée plus ou moins consciente d’une fidélité, d’une rectitude, d’une permanence nécessaires. Perçu comme un archétype antique, en effet, voire mythologique, il atteste par sa persistance l’importance du jalon historique qui malgré tout le concrétise et l’incarne, et prend plus de valeur par ce qu’il attire à lui d’implicite que de délibéré.

Le légitimisme ou la politique naturelle

Genèse naturelle du légitimisme dynastique

Le légitimisme spécifié, dynastique, ne ressortit pas au reste d’un codex politico-doctrinal, d’une somme dogmatique, en quoi il diffère de nature avec les partis politiques classiques, positivistes d’esprit et totalitaires de finalité. Le légitimisme, reposant sur un principe extrêmement simple, savoir un ordre successoral indépendant des chocs et des pressions des intérêts personnels et des débats d’idées, est au contraire antipolitique, en quelque sorte, comme il est anti-doctrinaire.

Le légitimisme s’oppose aux idéologies, nécessairement artificielles

L’idéologie, ciment artificiel des mouvements politiques contemporains, lui est foncièrement étrangère. À cet égard, les réactions de rejet que l’on observe actuellement envers la logomachie politicienne, l’aspiration, exprimée de façon floue et le plus souvent incohérente, à ce qu’on pourrait appeler, usant des vagues termes en vogue, une sorte d’« écologie », ou de « dépollution », ou de retour aux sources en tous domaines, y compris le domaine politique, converge, quelque paradoxales qu’en soient les émergences et les manifestations, avec les préoccupations du légitimisme le mieux informé. Refuser « la politique », l’intoxication et la sclérose intellectuelles créées par le déversement des propagandes, c’est, qu’on le veuille ou non, refuser les mœurs démocratiques, c’est souhaiter de renouer avec un exercice plus naturel du pouvoir.

Un gouvernement royal générateur d’harmonie sociale

Or quoi de plus naturel, en fait de pouvoir, que le gouvernement royal générateur :

  • d’harmonie juridique : lui seul est garant d’une loi supérieure à lui — et non pas producteur et produit d’un simple légalisme, d’un positivisme juridique.
  • d’harmonie sociale : lui seul, n’étant pas l’expression d’un groupe ou d’une classe, peut assurer l’ordre — visé ici au sens platonicien et le plus harmonique —, en une société d’ordres, justement, et non en une société de classes ; lui seul, d’essence spirituelle et sacrale, peut épargner les déchéances dénaturantes dans lesquelles sombrent les sociétés bâties à hauteur d’homme : sociétés individualistes ou sociétés collectivistes, la différence n’étant que de degré entre celles-ci et celles-là, de toutes façons désordonnées et massifiées ; d’ailleurs honnies de presque tous, et néanmoins subies par tous. Non socialiste, dans la mesure où ce terme imprécis, « fourre-tout », implique cependant, au bout du compte, la prééminence d’un État distributeur et souverain en tous domaines, le légitimisme, traditionnellement, est social comme il est religieux et désintéressé ; il exige non l’esclavage nouveau dont s’alimente la statolâtrie contemporaine — socialiste, « fasciste » ou simplement libérale — mais l’équité, la justice distributive.

Un légitimisme insoluble aux idéologies

Hétérogène aux idéologies, il ne peut, sans se renier, s’en adultérer :

  • les « fusions » de type orléaniste prétendant réconcilier le principe légitimiste avec celui, qui lui est diamétralement contraire, de la souveraineté populaire, et accessoirement marier l’idéal et le lucre, sont l’exemple le plus absurde, et le plus choquant, de ces mésalliances conjoncturelles.
  • Le « compromis nationaliste » n’a pas plus de consistance ou de logique, non plus que l’intégration à une « droite » d’intérêt, invétérée dans ses sécheresses et dans ses refus.

Être légitimiste aujourd’hui

Ni compromission ni providentialisme

Être légitimiste consiste :

  • à se démarquer résolument, absolument, de toutes les constellations politiques, comme de tous les partis,
  • à ne participer en aucune manière aux instances démocratiques, tactique dont le seul effet serait de servir des idéaux exactement opposés aux nôtres,
  • à nous garder enfin, de la tentation du quiétisme, du dérapage mystique, de l’hypocrite alibi du désespoir, de l’impuissance ou de la lâcheté.

La mission actuelle du légitimiste

Nous ne sommes conservateurs que comme dépositaires d’un héritage historique. Nous ne sommes pas des passéistes, fanatiques naïfs d’une époque assurément révolue, et certainement imparfaite : Mgr le Duc d’Anjou rappelle opportunément cette évidence. Une royauté contemporaine traditionnelle pourrait revêtir bien des visages différents — du moins ne peut-on préjuger d’aucun — assumer des structures sociales variées, fût-ce à ne pas se trahir en son principe. Il ne nous appartient pas de construire, dans l’abstrait, des cités imaginaires, comme le firent les utopistes révolutionnaires et socialistes, romantiques ancêtres des totalitarismes modernes, mais d’essayer de sauvegarder l’essentiel à la mesure de nos moyens. Nous savons bien notre entreprise « déconnectée » par rapport au cours présent des événements, sans prise directe sur ceux-ci. Nous œuvrons dans l’intemporel, mais c’est au fond notre force : de préserver l’avenir, en étant les gardiens, de raison et de foi, de ce qui ne meurt point.

Note sur un patrimoine artistique témoin d’une grande civilisation

L’art est le reflet d’une société

Le seul aspect d’un ensemble architectural antérieur à la Révolution témoigne éloquemment, par sa diversité et par son harmonie, de la diversité et de l’harmonie propres à la société qui l’a produit. L’art est le reflet même de la société, et l’on pourrait risquer à ce propos un essai sur le thème « esthétisme et légitimisme »...

Depuis 1789, la société républicaine et bourgeoise atomise l’art et projette sur la création artistique son attrait pour « la camelote », pour reprendre, à peu près, l’expression de Liszt. Le légitimisme recherche si l’on veut une « éthique » hors de la mode et des connivences aux caprices des foules, et il en résulte que l’« esthétique » corrélative à cette éthique, à l’inverse de « l’esthétique de camelote », demande à l’artiste d’être mieux qu’un plagiaire du passé ou un serviteur de la mode dont la puissance, disait Wagner, est celle de l’habitude, « communisme de l’égoïsme ». Notre société est éprise de distractions, d’artifice, guère d’unité artistique. Il en résulte une impuissance, une infécondité de l’art, imputable au public et aux artistes eux-mêmes, réduits, dans les cas-limites, à un art d’imitation simien ou à une fausse création due à l’incurie comme aux dérobades d’un art de pointe, au vrai minusculaire et mesquin.

Retrouver un art vivant

Aujourd’hui, la création ne peut se révéler qu’en rupture avec les conformismes dominants. La production artistique est coupée de la vie quotidienne quand leur osmose est nécessaire à l’une et à l’autre. Pour que l’attente d’un art véritable l’emporte sur les besoins d’un public artificiel et de l’intelligentsia, il faut plus que des tentatives isolées, car l’œuvre ne naît pas accidentellement mais en accord et en écho avec la vie sociale elle-même, avec l’organisation de la société. Cette vitalité de l’art, cette dimension sociale, humaine qu’il recèle transparaît dans l’unité qui existait à l’époque royale entre ses divers aspects, coopérant de conserve à rendre intelligibles au peuple les fins les plus élevées. Auprès de quoi l’art républicain n’est que passe-temps d’amateurs réservé à la bourgeoisie.

À l’école de l’Ancien-Régime

L’Ancien Régime nous offre l’exemple d’un art accordé à une société elle-même ordonnée et harmonieuse, que symbolisent assez bien ces ballets auxquels participaient à Versailles Louis XIV et sa cour, les seuls « professionnels » étant les maîtres de ballet : mais les danseurs professionnels de maintenant envieraient la finesse de style des danseurs amateurs d’alors, et le public du XVIIe ou du XVIIIe siècle, par la sûreté de son goût et le raffinement de sa sensibilité, participe de manière déterminante au développement des arts ; la noblesse les protège et favorise les innovations les plus heureuses et les plus audacieuses, d’artistes s’assimilant les traditions sans y chercher refuge, acceptant et dépassant les legs hérités du passé. Ainsi ne peut-on faire de la poésie ou de la musique sans faire de politique, au sens noble du terme, car la politique qui submerge notre temps de politiciens y noie l’art avec toutes les pulsations naturelles et tous les rythmes, tandis que le cadre monarchique en était l’élément comme ces forêts dont parle Pope :

Tes forêts, Windsor ! et tes verdoyantes retraites sont à la fois le siège du monarque et des muses.

Il faut être légitimiste, sans doute, pour oser semblable citation dans une note. Entre autres hardiesses esthétiques.

[1Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, éd. de La Pléiade, t. II, p. 604.

[2Et si l’on veut bien considérer comme une exception géographique et d’ailleurs très spécieux dans sa signification le « bonapartisme » corse.


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