- Un thomisme peu et mal connu [titre de (…), p1
- L’ORIGINALITE DE SAINT THOMAS EN SON TEMPS, p2
- Le XXIIe siècle : entre augustinisme et (…), p2
- Une théologie humaniste, p3
- Une philosophie réaliste, p4
- Une politique naturelle, p5
- L’ACTUALITÉ DE SAINT THOMAS EN NOTRE TEMPS, p6
- De saint Thomas aux thomistes, p6
- L’apport permanent de saint Thomas, p7
- Au-delà de saint Thomas, p8
Un thomisme peu et mal connu [titre de VLR]
Il y a exactement sept cents ans [1], Thomas d’Aquin mourait au couvent bénédictin de Fossanova, âgé de 49 ans. Il laissait une œuvre prodigieusement importante, où la mystique la plus pure s’alliait aux spéculations philosophiques les plus audacieuses de la Chrétienté contemporaine.
Mais on se tromperait lourdement en imaginant que son ascension fut triomphante et irrésistible dès le XIIIe siècle ; il connut en réalité tour à tour le succès, les critiques, les condamnations… Même après sa canonisation par le pape d’Avignon Jean XXII (en 1323), ses positions doctrinales restèrent très controversées.
Précisément parce que cet auteur a suscité de grands enthousiasmes et d’irréductibles allergies, une “question saint Thomas” se pose : symbole du cléricalisme dogmatique et de l’obscurantisme médiéval aux yeux des uns, il est, pour d’autres, l’intellectuel par excellence, le philosophe achevé.
C’est surtout à partir de l’encyclique Aeterni Patris de 1879 que l’Église catholique a privilégié sa philosophie. Mais d’être ainsi promu au rang de « Docteur commun de l’Église » fut, au dire du P. Chenu, « la plus grande catastrophe qui pouvait lui arriver ». Le fait est que, pour certains esprits prévenus, une telle étiquette équivaut a priori au discrédit d’un philosophe.
Par ailleurs, convenons-en, les thomistes ont souvent causé du tort à saint Thomas ; beaucoup d’ecclésiastiques et de moralistes, qui n’échappaient pas, au fond, à l’attraction des philosophies modernes idéalistes et rationalistes, ont qualifié de “thomisme” un peu n’importe quoi ; d’autres, comme le P. Chenu lui-même, sous prétexte que saint Thomas, au XIIIe siècle, avait “baptisé” Aristote, ont cru possible et souhaitable, mutatis mutandis, d’opérer un baptême analogue avec la grande pensée subversive de notre temps, celle de Marx. Il importe d’être prévenu de ces errements, souvent présents chez les mieux intentionnés, pour essayer d’apprécier l’Aquinate comme il le mérite et se demander en quoi réside son actualité.
Nous tenterons de dégager sommairement l’originalité de saint Thomas en son temps, puis d’examiner ce qu’il continue d’apporter au nôtre.
Vive le Roy

