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Vive le Roy
Unir les peuples de France dans l’amour du Roi

Un chouan du XXe siècle : Jacques PERRET (1901-1992)

écrivain porte-étendard de la tradition catholique et royaliste
dimanche 3 avril 2016 par Faoudel Enregistrer au format PDF

Évadé multirécidiviste des camps de prisonniers allemands, Jacques PERRET n’est ni pétainiste, ni gaulliste. Une fois libre, l’écrivain aventurier continue la guerre en chouannant au sein l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA).

Il y a du Cyrano dans Perret

En 1939, alors qu’il est père de famille et frise la quarantaine, ce magicien des mots, déjà célèbre par ses romans, s’engage pour défendre son pays. Fait prisonnier, il tente plusieurs évasions dont on trouve le récit — mélange d’alacrité, de pathétisme et d’autodérision — dans Le caporal épinglé (1947).
Enfin libre et peu emballé par la Révolution nationale, il rejoint le maquis dans l’Organisation de Résistance de l’Armée, séjour qu’il raconte dans son livre Bande à part (Prix interallié 1951).

S’il n’est pas pétainiste, il est encore moins gaulliste et ses diatribes contre le monarque républicain lors de l’indépendance de l’Algérie, lui valent plusieurs procès. Mais Perret ne se dégonfle pas et à la stupeur du tribunal, il justifie dans le détail les expressions dont il a affublé le Général : « fourberie, parjure, renégat, trahison !!! »

Au début des années quatre-vingts, j’ai eu l’heur de côtoyer ce grand bonhomme sur les bancs de Saint Nicolas du Chardonnet. À dix sept ans, on n’ose pas parler à un mythe vivant, mais son regard pétillant de malice et bienveillant, suffisait à vous conforter, à vous pousser par une force irrésistible qui vient du fond des âges, à continuer la tradition.

Merci Monsieur Perret, merci pour Le caporal épinglé, Bande à part, et Le vent dans voiles, ces romans qui fleurent bon le vieil esprit français.

Cris de détresse d’un chouan abandonné

Le Caporal prisonnier se pose des questions de politique nationale et internationale mais doit renoncer à y répondre : l’absence de chef légitime rend les hommes orphelins, hagards, livrés à leur déraison. Le Caporal n’est pas un démocrate ...

Non et non, ça n’est pas notre rayon, à nous autres, enfin voyons, fretin de biffaille, de décider par quel chenal nous sortirons de la merde ! ça n’est pas sérieux. Bien sûr, si Pétain s’appelait Philippe VII et qu’il fût dûment oint à Reims, il pourrait nous dire : sus à l’Anglois ! Je penserais : Ah ? Elle est bien bonne, mais il doit avoir raison, vu qu’il est né pour ça. Mais voilà, je me demande en vertu de quoi Pétain incarne la France. Depuis le temps que des assemblées ou des gangsters assurent l’intérim on a complètement perdu le fil. Ça finira mal. [1]

Notre caporal, après une énième tentative d’évasion se retrouve une fois de plus sous les verrous, le moral n’est pas fort, pourtant …

J’avais déniché dans un coin un exemplaire du Louis XI d’Auguste Bailly qui trompa ma faim pendant deux jours et me remplit d’une de ces exaltations françaises dont je suis friand, à l’occasion. Toujours le recours au passé, d’ailleurs ; un peu dommage, mais c’est son rôle après tout.

Tant que les petits-neveux dévergondés aimeront à se trouver un air de famille avec les tableaux d’ancêtres, il n’y a rien de perdu. Quand ils commencent à les bazarder, ça va déjà plus mal. La France les a envoyés au grenier sous l’œil ahuri ou ricaneur de l’étranger. De temps en temps elle en descend un, petit coup de plumeau, tiens, tiens ! de la gueule tout de même ! Un gars comme Louis XI surtout, vu qu’il aimait le peuple et qu’il s’affichait avec, on pourrait le remettre en circulation s’il n’y avait pas ces histoires de pendus et on sait bien qu’un roi ne pend jamais que de braves gens [humour de Jacques Perret].

Tout cela est bien compliqué. N’empêche que Louis XI était démagogue, et de sa part je n’en suis nullement gêné ; je lui permettrais aussi bien de chambouler les alliances. Il peut me dire, trônant en méchante robe de chambre à l’Hôtel du Parc : « Or ça, messire caporal, collaborons ! avec l’aide de Notre-Dame nous les mettrons dedans ! » D’accord, Sire.

L’époque est à sa mesure. Au fond de leur misère les Français gémissent : alors quoi ? Rien ne surnage ? Vraiment rien ?

Pouvoir poser les yeux, poser les doigts sur la France incarnée ! mais dûment incarnée au nom du père, du fils, des arrière-grands-pères et des arrière-petits-fils. On demande quelqu’un de la famille. Pétain ne peut pas toucher les écrouelles. Ni pendre qui il veut. Charles VII n’était pas reluisant, mais dans les ténèbres il était encore la petite flamme où brûlait l’amour, la foi, l’espoir d’un peuple qui croyait à son père.

Pour bien se porter, il faut croire, croire rudement, croire aux fées, aux miracles, aux serments, aux voix, à Reims. Et tout le monde aujourd’hui (félons compris) postillonne au nom de la France.

Vive la France ! bien sûr, mais qu’il serait bon, et simple et reposant et roboratif de savoir, ici, au fond de mon trou, qu’elle vit sur deux jambes, avec un cœur de chair, des tics de famille et une paire de choses bourrées de promesses. [2]

Le combat continue

Une fois évadé et libre pour de bon, le Caporal rejoint la résistance, la vraie, la militaire, pas celle des terroristes qui tentent de faire oublier le pacte germano-soviétique et les sabotages de 1939. Le Sergent Perret se retrouve donc au sein de l’ORA dans un groupe hétéroclite où le catholique, l’anarchiste, le protestant et le musulman réalisent une union fraternelle mais non œcuménique pour reconquérir le bien commun !

Naturellement, à force de hanter les chemins creux avec un tromblon à l’épaule et de nicher dans les haies, mon petit délire personnel travaillait plutôt dans le genre : « Prends ton fusil, Grégoire », et nous étions même une demi-douzaine de copains, dont deux barbaresques, à montrer sur nos vareuses de toile un cœur chouan bien rouge brodé par une paysanne d’Auvic-le-Gail sur mes indications. Ce n’était pas pour faire de l’agitation, mais histoire de me mettre en règle avec mes préjugés et de mieux copiner avec les champions de ma foi.

Ramos, lui, n’avait pas voulu arborer ces bêtises parce que, disait-il : « Moi, je suis là pour mon compte et je porte les insignes de Ramos sur la doublure de ma peau. » Bravo, il y a place dans le royaume pour les gars de ce genre.

À dire vrai, j’avais un peu carotté sur les symboles, et pour faciliter mon recrutement la croix blanche était à double croisillon, mais si les pointilleux la croyaient de Lorraine, moi, je la savais d’Anjou et, sur la poitrine d’Augustin en particulier, l’emblème ne faisait aucun doute : Marche-à-Terre n’avait pas trahi.

Pour compléter mes illusions, Londres nous balançait de faux assignats à pleins tubes et les princes n’étaient pas là, comme d’habitude. Encore une occasion de perdue. L’aventure était sans doute mortelle, mais la fortune, fût-elle posthume, pouvait encore sourire à un prince bagarreur, anxieux de redorer un peu sa légende ; dans toute la confusion maquisarde, il y avait une jolie place à prendre pour un maquis du roi, sinon une chance à courir pour quelque Durandard de grand cœur et de petite extrace, fondateur d’une quatrième race.

Supposition, me disai-je, que la chance nous eût gratifiés d’un tel Durandard pour chef de section et, tout en mangeant les pêches de vignes au beau soleil d’août parmi les gars du 3e groupe, je nous voyais poussant dans l’histoire de France qui devient si monotone, si dénuée d’imagination, un petit chapitre à réveiller les cancres : mon Durandard est un adjudant marqué du signe royal, il est invincible, il a une plume blanche au bitos, la barraka entre les yeux, une lumière sur le front, il casse lui-même les vases de Soissons, boute les miteux et met les étoiles dans sa poche, il fait raser les donjons de la Sécurité sociale, il dénonce les dogmes de la production et de la sainteté du travail, il rend l’honneur aux oisifs, terrasse les trop malins, exorcise les démocraspèques, fait sonner la trêve de Dieu à tous les clochers et beffrois de France, de Navarre, de la Martinique et des Touamotous, il brûle les banques et plante des mais, de par le roi du Ciel il requiert à tous les Français maquisards, miliciens, ligueurs, marmousets, radicaux, dockers et zazous de faire une bonne paix, en route pour Reims, toutes les radios gueulent Montjoie, renouvellement des vœux du baptême en colonne par trois sur le Champ-de-Mars, carillons, lâchers de colombes, toucher des écrouelleux républicains, entrée en sa bonne ville par la voie triomphale Mouffetard-Saint-Antoine, fontaines de vin, etc.

Ce n’est quand même pas la prétendue fatalité d’une démocratie mondiale ou d’une technocratie matriculaire qui allait m’interdire l’invention d’un nouveau Robert le Fort, d’un Bébert assez fortiche pour faire démarrer une dynastie millénaire, juste le millénaire prévu pour offrir au Jugement dernier une France présentable. [3]

N’ayez crainte Maître Jacques, votre message est entendu : nous continuons le maquis sur vos traces, avec toutes les bonnes volontés, tous les peuples et les races de France, et avec le Roi cette fois. Nul besoin d’une quatrième dynastie, Louis XX c’est la France ; son sang c’est celui de saint Louis, de Louis XIV et nous le suivrons jusqu’au bout avec vous, avec Joinville, Monsieur de Turenne, le Maréchal de Saxe, et Cadoudal ...

Déjà nous crions ensemble : VIVE LE ROI ! À REIMS ! NOËL ! NOËL !

[1Jacques Perret, Le caporal épinglé, Éd. Le livre de poche, Paris-Coulommiers 1958, p172.

[2Jacques Perret, Le caporal épinglé, Éd. Le livre de poche, Paris-Coulommiers 1958, p328.

[3Jacques Perret, Bande à part, Le livre de poche, Paris 1962, pp. 209-211


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