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René GUÉNON, le penseur dit "traditionaliste" (1886-1951)

ou l’imposture d’une "bonne" tradition initiatique
lundi 22 septembre 2008 par Vignerte Enregistrer au format PDF

Cela se passe après une messe, sur un forum ou dans une manifestation, on vient vous parler des ravages du modernisme et des trésors de la liturgie traditionnelle : vous voilà en confiance. Puis, de façon anodine, on vous suggère la lecture du grand penseur "traditionaliste" René GUÉNON, sans qui la tradition est incompréhensible. Vous voilà ferré ...

Un danger toujours présent

De manière arrogante ou diffuse, la gnose essaie de s’emparer des esprits, peu à peu, elle étend souterrainement ses ramifications. Débordant les milieux ésotériques, elle tend à pénétrer le courant traditionaliste sous couvert d’une orthodoxie de bon aloi dont ses défenseurs la parent afin de mieux corrompre les derniers bastions d’une Église en péril.

Malgré les mises en garde répétées d’hommes avertis, quelques poignées de traîtres et d’inconscients, propagent et laissent se diffuser au sein même de la Tradition des doctrines sulfureuses.

Parmi ces dernières, l’enseignement de GUÉNON tient une place toute particulière. La pensée du maître des gnostiques contemporains se caractérise en effet par une puissance incontestable de séduction et de corruption. Aussi, nous a-t-il paru essentiel de nous attacher aujourd’hui à connaître un peu mieux le maître, afin de comprendre davantage encore l’action des disciples.

Trajectoire initiatique

René GUÉNON, né à Blois en 1886, est issu d’une famille catholique. Très tôt, une suite d’échecs personnels le conduit à s’orienter vers les milieux ésotéro-occultistes. Il fréquente tout d’abord l’École Hermétique de Papus, puis l’Ordre martiniste, avant d’être sacré évêque de l’Église gnostique de France en 1909. À la tête de La Gnose, organe de cette Église, GUÉNON ébauche les principales thèses de ses ouvrages futurs. Confirmé maçon à la loge Thébah en 1912, il est, la même année, secrètement initié au soufisme sous le nom de cheikh Wâhed Yahia. Initié et musulman, GUÉNON se marie à l’Église sans le moindre scrupule et entreprend, en 1913, une collaboration régulière au journal d’Abel CLARIN DE LA RIVE : La France antimaçonnique.

René GUÉNON maître de l’entrisme

“Le Sphinx”, pseudonyme sous lequel il signe ses articles, développe dans ce périodique une pensée nébuleuse dans un but déterminé que Marie France James, spécialiste de GUÉNON, décrit fort bien :

Son projet non avoué peut se définir comme une mutation de la pensée antimaçonnique, avec pour objectif d’inspirer et de développer un courant catholique favorable à la maçonnerie dite traditionnelle. [1]

Dans la France antimaçonnique, le maître de la gnose commence son œuvre destructrice. Il est déjà le loup déguisé en brebis. Néanmoins, ne lui retirons pas le seul aspect sincère de son entreprise : GUÉNON est un spiritualiste, attaché à ce qu’il appelle “le sacré”, à ce que son disciple Frithjof SCHUON appellera plus tard “l’unité transcendante des religions”. Aussi méprise-t-il l’athéisme affiché de la franc-maçonnerie de ce début du XXe siècle et la guerre ouverte que cette dernière a déclarée à l’Église.

Élitiste, GUÉNON estime également que la maçonnerie a trahi sa vocation première en se démocratisant, qu’elle a perdu son efficacité et n’est plus apte à délivrer les préceptes nécessaires au cheminement spirituel de ses adeptes.

Particulièrement pernicieuse, l’action de Guénon consistera désormais à développer les éléments a priori réactionnaires de sa pensée, tout en distillant par ailleurs son enseignement ésotérique. Nullement opposé aux principes maçonniques, mais seulement à l’évolution de ses obédiences sectaires, il sait jouer de cette ambiguïté auprès des milieux qu’il fréquente à partir de 1915.

Volontiers anti-démocrate, s’affichant contre-révolutionnaire et taisant son affiliation au soufisme, il pénètre les cercles d’étudiants thomistes au sein desquels il se crée de solides amitiés. Si l’activité principale de GUÉNON reste à cette époque (1915-1930) l’enseignement de la philosophie, il écrit aussi beaucoup, s’intéressant plus particulièrement aux religions orientales. En 1919, introduit par le maurassien Gonzague Truc, il livre plusieurs articles à la Revue Philosophique et collaborera également quelques années plus tard à l’organe néo-thomiste, la Revue de philosophie.

Plusieurs de ses ouvrages paraissent dans les années 1920. Parmi ceux-ci, l’un d’eux retiendra particulièrement notre attention : Théosophisme. Histoire d’une pseudo religion. Attaque virulente contre la secte animée par Annie BESANT, ce livre, publié sur la recommandation de Jacques MARITAIN aux éditions officielles de l’Action Française (la Nouvelle Librairie Nationale), est alors encensé par la plupart des critiques de la presse nationaliste. Seul un ecclésiastique, le père Allo, esprit clair et averti, percera les véritables intentions de l’auteur du Théosophisme :

…je n’aime pas le mot de “théosophisme” que [Guénon] a créé, et je regrette de le voir employer par certains des nôtres. Le suffixe péjoratif “isme” est destiné à distinguer la doctrine de ces illuminés d’une “théosophie” qui serait légitime. Or, au point de vue de la vérité chrétienne […] la théosophie de GUÉNON et celle d’Annie Besant se valent à peu près, et toutes les autres théosophies. [2]

Quelle remarquable analyse ! GUÉNON livre une guerre sans merci au théosophisme d’une secte qu’il considère uniquement comme l’ersatz de la véritable et légitime théosophie. Dans le même esprit, il s’attachera à vilipender l’occultisme, le spiritisme et la psychanalyse, s’attirant ainsi à bon compte la sympathie de catholiques prêts à voir en lui un défenseur de la foi.

Pour être simple, le procédé n’en est pas moins terriblement efficace. Si efficace, qu’il le réutilisera par la suite en établissant une différence, sur le fond illusoire, entre gnose et gnosticisme.

Auréolé de ces faits d’armes, GUÉNON amorce en 1925 une double collaboration au journal ésotérique le Voile d’Isis et à la “Revue universelle du Sacré-Cœur”, Regnabit, dirigé par le père Anizan.

La mort de sa femme, le renvoi de l’école où il enseigne, ainsi que les attaques de plus en plus fréquentes dont il fait l’objet de la part des excellents rédacteurs de la Revue Internationale des Sociétés Secrètes (ils ont su dénoncer à temps ses manœuvres subversives), le poussent, en 1930, à quitter définitivement la France pour s’installer au Caire.

Enfin libre de pratiquer en toute quiétude sa religion, il poursuit son œuvre en Égypte, continuant par ses écrits à influencer les amis qu’il a laissés en Europe. Celui que d’aucuns voudraient nous faire passer aujourd’hui pour un grand penseur est mort le 7 janvier 1951… dans les bras ... d’Allah.

Des disciples fidèles à la méthode du maître

S’affichant plus ou moins ouvertement guénoniens en fonction du degré de connaissance que leur public peuvent avoir de la vie de leur maître, les tenants actuels de l’École moderne de l’ésotérisme chrétien remontent inlassablement à l’offensive des milieux catholiques. Ils distillent en leur sein le poison de la doctrine du “penseur traditionaliste” GUÉNON.

Sans aller jusqu’à épouser comme lui la religion islamique, nombre de ces hommes s’en tiennent à pratiquer la religion de leurs ancêtres, considérée, au même titre que d’autres religions blanchies par le temps, en partie dépositaire de l’antique Tradition primordiale. Mais loin de les satisfaire pleinement, leur pratique religieuse doit nécessairement s’accompagner d’une initiation ésotérique propre à les élever, au-delà du simple salut du profane, au plérôme gnostique.

Minorité élitiste, c’est au cœur de nos chapelles qu’ils opèreront de préférence dans la mesure où ils se satisfont mal de l’égalitarisme post-conciliaire et des innovations liturgiques de Vatican II suspectées d’être nuisibles à la transmission d’un “enseignement traditionnel”.

Vous les trouverez principalement dans les milieux de “droite”, parce qu’ils se font les contempteurs de notre monde décadent.

S’infiltrant dans nos groupes, comme leur maître l’avait fait, ils n’hésiteront pas à vitupérer les agissements des sectes, à dénoncer le gnosticisme.

À l’instar de Jean BORELLA qui dans les années 80 a réussi la prouesse de se faire publier dans certaines revues prestigieuses de la tradition catholique, les traditionalistes ésotéristes, sous couvert d’érudition, chercheront à vous égarer. Alors, ne vous laisser surtout pas impressionner par leurs protestations de bonne foi car ces hommes, et leur inspirateur, sont et n’ont jamais cessé d’être… des imposteurs.

[1Marie-France JAMES, Ésotérisme et christianisme autour de René GUÉNON, Nouvelles Éditions Latines, 1981, p. 132. Les éléments biographiques de cet article concernant GUÉNON ont également été puisés en grande partie dans l’ouvrage de James. Précisons, comme l’avait fait remarquer le Sel de la Terre : « que ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains, car l’auteur, à la manière universitaire, s’abstient trop de juger ».

[2Allo, E.-B. o.p., "Comptes rendus", Revue des sciences philosophiques et théologiques, juil. 1926, p. 397, n° 1. Cité dans, Marie-France James, opus cité, p. 214.


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