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Vive le Roy
Unir les peuples de France dans l’amour du Roi

Des principes de la société parmi les hommes, par BOSSUET

Politique tirée de l’Écriture sainte (Introduction et Livre I)
samedi 29 avril 2017 par MabBlavet Enregistrer au format PDF

Chargé par le roi Louis XIV de la formation philosophique, politique et religieuse du dauphin, Bossuet (1627-1704) écrit une œuvre majeure : Politique tirée de l’Écriture sainte. Ne nous y trompons pas : s’il est illustré par des épisodes des Ancien et Nouveau testament, l’ouvrage constitue surtout un formidable traité de cette loi naturelle dont la modernité désire l’éradication jusqu’au souvenir. Ce premier livre traite des principes généraux qui fondent les sociétés humaines, de la place de l’homme dans le monde, de ses devoirs envers Dieu, ses semblables, son pays et même envers les animaux. Sont aussi exposées les origines des gouvernements, des nations, des lois et de la propriété...

Note de Vive le Roy

Source : Œuvres de Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l’Écriture sainte, Éditions Firmin Didot Frères, Fils et Cie, tome 1, Paris, 1860.

À Monseigneur le Dauphin

Dieu est le roi des rois : c’est à lui qu’il appartient de les instruire et de les régler comme ses ministres. Écoutez donc, Monseigneur, les leçons qu’il leur donne dans son Écriture, et apprenez de lui les règles et les exemples sur lesquels ils doivent former leur conduite.

Outre les autres avantages de l’Écriture, elle a encore celui-ci, qu’elle reprend l’histoire du monde dès sa première origine, et nous fait voir par ce moyen, mieux que toutes les autres histoires, les principes primitifs qui ont formé les empires.
Nulle histoire ne découvre mieux ce qu’il y a de bon et de mauvais dans le cœur humain, ce qui soutient et ce qui renverse les royaumes ; ce que peut la religion pour les établir, et l’impiété pour les détruire.

Les autres vertus et les autres vices trouvent aussi dans l’Écriture leur caractère naturel, et on n’en voit nulle part dans une plus grande évidence les véritables effets.
On y voit le gouvernement d’un peuple dont Dieu même a été le législateur ; les abus qu’il a réprimés et les lois qu’il a établies, qui comprennent la plus belle et la plus juste politique qui fut jamais.

Tout ce que Lacédémone, tout ce qu’Athènes, tout ce que Rome ; pour remonter à la source, tout ce que l’Égypte et les États les mieux policés ont eu de plus sage n’est rien en comparaison de la sagesse qui est renfermée dans la loi de Dieu, d’où les autres lois ont puisé ce qu’elle sont de meilleur.

Aussi n’y eut-il jamais une plus belle constitution d’État que celle où vous verrez le peuple de Dieu.

Moïse, qui le forma, était instruit de toute la sagesse divine et humaine dont un grand et noble génie peut être orné ; et l’inspiration ne fit que porter à la dernière certitude et perfection ce qu’avaient ébauché l’usage et les connaissances du plus sage de tous les empires et de ses plus grands ministres, tel qu’était le patriarche Joseph, comme lui inspiré de Dieu.

Deux grands rois de ce peuple, David et Salomon, l’un guerrier, l’autre pacifique, tous deux excellents dans l’art de régner, vous en donneront non-seulement les exemples dans leur vie, mais encore les préceptes : l’un, dans ses divines poésies ; l’autre, dans ses instructions que la sagesse éternelle lui a dictées.

Jésus-Christ vous apprendra, par lui-même et par ses apôtres, tout ce qui fait les États heureux : son Évangile rend les hommes d’autant plus propres à être bons citoyens sur la terre, qu’il leur apprend par là à se rendre dignes de devenir citoyens du ciel.

Dieu, enfin, par qui les rois règnent, n’oublie rien pour leur apprendre à bien régner. Les ministres des princes, et ceux qui ont une part sous leur autorité au gouvernement des États, et à l’administration de la justice, trouveront dans sa parole des leçons que Dieu seul pouvait leur donner. C’est une partie de la morale chrétienne que de former la magistrature par ses lois : Dieu a voulu tout décider, c’est-à-dire, donner des décisions à tous les états ; à plus forte raison à celui d’où dépendent tous les autres.

C’est, Monseigneur, le plus grand de tous les objets qu’on puisse proposer aux hommes ; et ils ne peuvent être trop attentifs aux règles sur lesquelles ils seront jugés par une sentence éternelle et irrévocable. Ceux qui croient que la piété est un affaiblissement de la politique, seront confondus ; et celle que vous verrez est vraiment divine.

L’homme est fait pour vivre en société

Les hommes n’ont qu’une même fin, et un même objet, qui est Dieu

Écoute, Israël ; le Seigneur notre Dieu est le seul Dieu. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta force [1].

L’amour de Dieu oblige les hommes à s’aimer les uns les autres

Un docteur de la loi demanda à Jésus :

Maître, quel est le premier de tous les commandements ; Jésus lui répondit : Le premier de tous les commandements est celui-ci : Écoute, Israël ; le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu, et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force : voilà le premier commandement. Et le second, qui lui est semblable, est celui-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même [2].
En ces deux préceptes consiste toute la loi et les prophètes [3].

Nous nous devons donc aimer les uns les autres, parce que nous devons aimer tous ensemble le même Dieu, qui est notre Père commun ; et son unité est notre lien.

Il n’y a qu’un seul Dieu, dit saint Paul [4] ; si les autres comptent plusieurs dieux, il n’y en a pour nous qu’un seul, qui est le père d’où nous sortons tous, et nous sommes faits pour lui.

S’il y a des peuples qui ne connaissent pas Dieu, il n’en est pas moins pour cela le créateur, et il ne les a pas moins faits à son image et ressemblance. Car il a dit en créant l’homme :

Faisons l’homme à notre image et ressemblance [5] ;

et un peu après :

Et Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu.

Il le répète souvent, afin que nous entendions sur quel modèle nous sommes formés, et que nous aimions les uns dans les autres l’image de Dieu. C’est ce qui fait dire à Notre-Seigneur, que le précepte d’aimer le prochain est semblable à celui d’aimer Dieu : parce qu’il est naturel que qui aime Dieu, aime aussi pour l’amour de lui tout ce qui est fait à son image ; et ces deux obligations sont semblables.

Nous voyons aussi que quand Dieu défend d’attenter à la vie de l’homme, il en rend cette raison :

Je rechercherai la vie de l’homme de la main de toutes les bêtes et de la main de l’homme. Quiconque répandra le sang humain, son sang sera répandu : parce que l’homme est fait à l’image de Dieu [6].

Les bêtes sont en quelque sorte appelées, dans ce passage, au jugement de Dieu, pour y rendre compte du sang humain qu’elles auront répandu.

Dieu parle ainsi pour faire trembler les hommes sanguinaires ; et il est vrai, en un sens, que Dieu redemandera même aux animaux les hommes qu’ils auront dévorés, lorsqu’il les ressuscitera, malgré leur cruauté, dans le dernier jour.

Tous les hommes sont frères

Premièrement, ils sont tous enfants du même Dieu.

Vous êtes tous frères, dit le fils de Dieu [7], et vous ne devez donner le nom de père à personne sur la terre, car vous n’avez qu’un seul père qui est dans les cieux.

Ceux que nous appelons pères, et d’où nous sortons selon la chair, ne savent pas qui nous sommes ; Dieu seul nous connaît de toute éternité, et c’est pourquoi Isaïe disait [8] :

Vous êtes notre vrai père ; Abraham ne nous a pas connus, et Israël nous a ignorés : mais vous, Seigneur, vous êtes notre père et notre protecteur ; votre nom est devant tous les siècles.

Secondement, Dieu a établi la fraternité des hommes en les faisant tous naître d’un seul, qui pour cela est leur père commun, et porte en lui-même l’image de la paternité de Dieu. Nous ne lisons pas que Dieu ait voulu faire sortir les autres animaux d’une même tige.

Dieu fit les bêtes selon leurs espèces ; et il vit que cet ouvrage était bon, et il dit : Faisons l’homme à notre image et ressemblance [9].

Dieu parle de l’homme en nombre singulier, et marque distinctement qu’il n’en veut faire qu’un seul, d’où naissent tous les autres, selon ce qui est écrit dans les Actes [10], que « Dieu a fait sortir d’un seul tous les hommes qui devaient remplir la surface de la terre. »

Le grec porte que Dieu les a faits (d’un même sang). Il a même voulu que la femme qu’il donnait au premier homme fût tirée de lui, afin que tout fût un dans le genre humain.

Dieu forma en femme la côte qu’il avait tirée d’Adam, et il l’amena à Adam, et Adam dit : Celle-ci est un os tiré de mes os, et une chair tirée de ma chair : son nom même marquera qu’elle est tirée de l’homme ; c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils seront deux dans une chair [11].

Ainsi le caractère d’amitié est parfait dans le genre humain ; et les hommes, qui n’ont tous qu’un même père, doivent s’aimer comme frères. À Dieu ne plaise qu’on croie que les rois soient exempts de cette loi, ou qu’on craigne qu’elle ne diminue le respect qui leur est dû. Dieu marque distinctement que les rois qu’il donnera à son peuple, « seront tirés du milieu de leurs frères [12] ; » un peu après : Ils ne s’élèveront point au-dessus de leurs frères par un sentiment d’orgueil ; » et c’est à cette condition qu’il leur promet un long règne.

Les hommes ayant oublié leur fraternité, et les meurtres s’étant multipliés sur la terre, Dieu résolut de détruire tous les hommes [13], à la réserve de Noé et de sa famille, par laquelle il répara tout le genre humain, et voulut que dans ce renouvellement du monde nous eussions encore tous un même père.

Aussitôt après, il défend les meurtres, en avertissant les hommes qu’ils sont tous frères, descendus premièrement du même Adam, et ensuite du même Noé :

Je rechercherai, dit-il [14], la vie de l’homme de la main de l’homme et de la main de son frère.

Nul homme n’est étranger à un autre homme

Notre-Seigneur, après avoir établi le précepte d’aimer son prochain, interrogé par un docteur de la loi, qui était celui que nous devons tenir pour notre prochain, condamne l’erreur des Juifs, qui ne regardaient comme tels que ceux de leur nation. Il leur montre, par la parabole du Samaritain qui assiste le voyageur méprisé par un prêtre et par un lévite, que ce n’est pas sur la nation, mais sur l’humanité en général, que l’union des hommes doit être fondée.

Un prêtre vit le voyageur blessé, et passa ; et un lévite passa près de lui et continua son chemin. Mais un Samaritain, le voyant, fut touché de compassion [15].

Il raconte avec quel soin il le secourut, et puis il dit au docteur [16] :

Lequel de ces trois vous paraît être son prochain ? Et le docteur répondit : Celui qui a eu pitié de lui ; et Jésus lui dit : Allez, et faites de même.

Cette parabole nous apprend que nul homme n’est étranger à un autre homme, fût-il d’une nation autant haïe dans la nôtre, que les Samaritains l’étaient des Juifs.

Chaque homme doit avoir soin des autres hommes

Si nous sommes tous frères, tous faits à l’image de Dieu et également ses enfants, tous une même race et un même sang, nous devons prendre soin les uns des autres ; et ce n’est pas sans raison qu’il est écrit :

Dieu a chargé chaque homme d’avoir soin de son prochain [17].

S’ils ne le font pas de bonne foi, Dieu en sera le vengeur ; car, ajoute l’Ecclésiastique [18], « nos voies sont toujours devant lui et ne peuvent être cachées à ses yeux. » Il faut donc secourir notre prochain, comme en devant rendre compte à Dieu, qui nous voit. Il n’y a que les parricides et les ennemis du genre humain qui disent comme Caïn [19] :

Je ne sais où est mon frère ; suis-je fait pour le garder ?
N’avons-nous pas tous un même père ? N’est-ce pas un même Dieu qui nous a créés ? Pourquoi donc chacun de nous méprise-t-il son frère, violant le pacte de nos pères [20] ?

L’intérêt même nous unit

Le frère, aidé de son frère, est comme une ville forte [21].

Voyez comme les forces se multiplient par la société et le secours mutuel.

Il vaut mieux être deux ensemble, que d’être seul ; car on trouve une grande utilité dans cette union. Si l’un tombe, l’autre le soutient. Malheur à celui qui est seul : s’il tombe, il n’a personne pour le relever. Deux hommes reposés dans un même lit, se réchauffent mutuellement. Qu’y a-t-il de plus froid qu’un homme seul ? Si quelqu’un est trop fort contre un seul, deux pourront lui résister : une corde à trois cordons est difficile à rompre [22].

On se console, on s’assiste, on se fortifie l’un l’autre. Dieu voulant établir la société, veut que chacun y trouve son bien, et y demeure attaché par cet intérêt.

C’est pourquoi il a donné aux hommes divers talents. L’un est propre à une chose, et l’autre à une autre, afin qu’ils puissent s’entre-secourir comme les membres du corps, et que l’union soit cimentée par ce besoin mutuel.

Comme nous avons plusieurs membres, qui tous ensemble ne font qu’un seul corps, et que les membres n’ont pas tous une même fonction ; ainsi nous ne sommes tous ensemble qu’un seul corps en Jésus-Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres [23].

Chacun de nous a son don et sa grâce différente.

Le corps n’est pas un seul membre, mais plusieurs membres. Si le pied dit : Je ne suis pas du corps, parce que je ne suis pas la main, est-il pour cela retranché du corps ? Si tout le corps était œil, où seraient l’ouïe et l’odorat ? Mais maintenant Dieu a formé les membres, et les a mis chacun où il lui a plu. Que si tous les membres n’étaient qu’un seul membre, que deviendrait le corps ? Mais dans l’ordre que Dieu a établi, s’il y a plusieurs membres, il n’y a qu’un corps. L’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai que faire de votre assistance ; ni la tête ne peut pas dire aux pieds : Vous ne m’êtes pas nécessaires. Mais au contraire, les membres qui paraissent les plus faibles sont ceux dont on a le plus de besoin. Et Dieu a ainsi accordé le corps, en suppléant par un membre ce qui manque à l’autre, afin qu’il n’y ait point de dissension dans le corps, et que les membres aient soin les uns des autres [24].

Ainsi, par les talents différents, le fort a besoin du faible, le grand du petit, chacun de ce qui parait le plus éloigné de lui ; parce que le besoin mutuel rapproche tout, et rend tout nécessaire. Jésus-Christ, formant son Église, en établit l’unité sur ce fondement, et nous montre quels sont les principes de la société humaine. Le monde même subsiste par cette loi.

Chaque partie a son usage et sa fonction ; et le tout s’entretient par le secours que s’entre-donnent toutes les parties [25].

Nous voyons donc la société humaine appuyée sur ces fondements inébranlables ; un même Dieu, un même objet, une même fin, une origine commune, un même sang, un même intérêt, un besoin mutuel, tant pour les affaires que pour la douceur de la vie.

De la société générale du genre humain naît la société civile, c’est-à-dire, celle des États, des peuples et des nations

La société humaine a été détruite et violée par les passions

Dieu était le lien de la société humaine. Le premier homme s’étant séparé de Dieu, par une juste punition la division se mit dans sa famille, et Caïn tua son frère Abel [26]. Tout le genre humain fut divisé. Les enfants de Seth s’appelèrent les enfants de Dieu, et les enfants de Caïn s’appelèrent les enfants des hommes [27].

Ces deux races ne s’allièrent que pour augmenter la corruption. Les géants naquirent de cette union, hommes connus dans l’Écriture [28], et dans toute la tradition du genre humain, par leur injustice et leur violence. « Toutes les pensées de l’homme se tournent au mal en tout temps, et Dieu se repent de l’avoir fait. Noé seul trouve grâce devant lui [29] ; » tant la corruption était générale.

Il est aisé de comprendre que cette perversité rend les hommes insociables. L’homme dominé par ses passions ne songe qu’à les contenter sans songer aux autres.

Je suis, dit l’orgueilleux dans Isaïe [30], et il n’y a que moi sur la terre.

Le langage de Caïn se répand partout.

Est-ce à moi de garder mon frère [31] ?

c’est-à-dire : Je n’en ai que faire, ni ne m’en soucie. Toutes les passions sont insatiables.

Le cruel ne se rassasie point de sang [32]. L’avare ne se remplit point d’argent [33].

Ainsi chacun veut tout pour soi.

Vous joignez, dit Isaïe [34], maison à maison, et champ à champ. Voulez-vous habiter seul sur la terre ?

La jalousie, si universelle parmi les hommes, fait voir combien est profonde la malignité de leur cœur. Notre frère ne nous nuit en rien, ne nous ôte rien ; et il nous devient cependant un objet de haine, parce que seulement nous le voyons plus heureux, ou plus industrieux, et plus vertueux que nous. Abel plaît à Dieu par des moyens innocents, et Caïn ne le peut souffrir.

Dieu regarda Abel et ses présents, et ne regarda pas Caïn ni ses présents : et Caïn entra en fureur, et son visage changea [35].

De là les trahisons et les meurtres.

Sortons dehors, dit Caïn ; allons promener ensemble : et étant au milieu des champs, Caïn s’éleva contre son frère, et le tua [36].

Une pareille passion exposa Joseph à la fureur de ses frères, lorsque, loin de leur nuire, il allait pour rapporter de leurs nouvelles à leur père qui en était en inquiétude [37].

Ses frères, voyant que leur père l’aimait plus que tous les autres, le haïssaient, et ne pouvaient lui dire une parole de douceur [38].

Cette rage les porta jusqu’à le vouloir tuer ; et il n’y eut d’autre moyen de les détourner de ce tragique dessein, qu’en leur proposant de le vendre [39].

Tant de passions insensées, et tant d’intérêts divers qui en naissent, font qu’il n’y a point de foi ni de sûreté parmi les hommes.

Ne croyez point à votre ami, et ne vous fiez point à votre guide : donnez-vous de garde de celle qui dort dans votre sein ? le fils fait injure à son père, la fille s’élève contre sa mère, et les ennemis de l’homme sont ses parents et ses domestiques [40].

De là vient que les cruautés sont si fréquentes dans le genre humain. Il n’y a rien de plus brutal ni de plus sanguinaire que l’homme.

Tous dressent des embûches à la vie de leur frère ; un homme va à la chasse après un autre homme, comme il ferait après une bête, pour en répandre le sang [41].
La médisance, et le mensonge, et le meurtre, et le vol, et l’adultère ont inondé toute la terre, et le sang a touché le sang [42] :

c’est-à-dire, qu’un meurtre en attire un autre.

Ainsi la société humaine, établie par tant de sacrés liens, est violée par les passions ; et, comme dit saint Augustin :

Il n’y a rien de plus sociable que l’homme par sa nature, ni rien de plus intraitable ou de plus insociable par la corruption [43].

La société humaine, dès le commencement des choses, s’est divisée en plusieurs branches par les diverses nations qui se sont formées

Outre cette division qui s’est faite entre les hommes par les passions, il y en a une autre qui devait naître nécessairement de la multiplication du genre humain.

Moïse nous l’a marquée, lorsqu’après avoir nommé les premiers descendants de Noé [44], il montre par là l’origine des nations et des peuples.

De ceux-là, dit-il [45], sont sorties les nations, chacune selon sa contrée et selon sa langue.

Où il paraît que deux choses ont séparé en plusieurs branches la société humaine : l’une la diversité et l’éloignement des pays où les enfants de Noé se sont répandus en se multipliant ; l’autre, la diversité des langues.

Cette confusion du langage est arrivée avant la séparation, et fut envoyée aux hommes en punition de leur orgueil. Cela disposa les hommes à se séparer les uns des autres, et à s’étendre dans toute la terre que Dieu leur avait donnée à habiter [46].

Allons, dit Dieu, confondons leurs langues afin qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres ; et ainsi le Seigneur les sépara de ce lieu dans toutes les terres [47].

La parole est le lien de la société entre les hommes, par la communication qu’ils se donnent de leurs pensées. Dès qu’on ne s’entend plus l’un l’autre on est étranger l’un à l’autre.

Si je n’entends point, dit saint Paul [48], la force d’une parole, je suis étranger et Barbare à celui à qui je parle, et il me l’est aussi.

Et saint Augustin remarque, que cette diversité de langages fait qu’un homme se plaît plus avec son chien qu’avec un homme son semblable [49].

Voilà donc le genre humain divisé par langues et par contrées : et de là il est arrivé qu’habiter un même pays, et avoir une même langue, a été un motif aux hommes de s’unir plus étroitement ensemble.

Il y a même quelque apparence que, dans la confusion des langues à Babel, ceux qui se trouvèrent avoir plus de conformité dans le langage, furent disposés par là à choisir la même demeure ; à quoi la parenté contribua aussi beaucoup : et l’Écriture semble marquer ces deux causes qui commencèrent à former autour de Babel les divers corps de nations, lorsqu’elle dit que les hommes les composèrent « en se divisant chacun selon leur langue et leur famille [50]. »

La terre qu’on habite ensemble sert de lien entre les hommes, et forme l’unité des nations

Lorsque Dieu promet à Abraham qu’il fera de ses enfants un grand peuple, il leur promet en même temps une terre qu’ils habiteront en commun.

Je ferai sortir de toi une grande nation [51].

Et un peu après :

Je donnerai cette terre à ta postérité.

Quand il introduit les Israélites dans cette terre promise à leurs pères, il la leur loue afin qu’ils l’aiment. Il l’appelle toujours « une bonne terre, une terre grasse et abondante, qui ruisselle de tous côtés de lait et de miel [52]. »
Ceux qui dégoûtent le peuple de cette terre. qui le devait nourrir si abondamment, sont punis de mort comme séditieux et ennemis de leur patrie :

Les hommes que Moïse avait envoyés pour reconnaître la terre, et qui en avaient dit du mal, furent mis à mort devant Dieu [53].

Ceux du peuple qui avaient méprisé cette terre en sont exclus et meurent dans le désert.

Vous n’entrerez point dans la terre que j’ai juré à vos pères de leur donner. Vos enfants (innocents et qui n’ont point de part à votre injuste dégoût) entreront dans la terre qui vous a déplu ; et pour vous, vos corps morts seront gisants dans ce désert [54].

Ainsi la société humaine demande qu’on aime la terre où l’on habite ensemble ; on la regarde, comme une mère et une nourrice commune ; on s’y attache, et cela unit. C’est ce que les Latins appellent chantas patri soli, l’amour de la patrie : et ils la regardent comme un lien commun entre les hommes.

Les hommes en effet se sentent liés par quelque chose de fort, lorsqu’ils songent que la même terre, qui les a portés et nourris étant vivants, les recevra en son sein quand ils seront morts.

Votre demeure sera la mienne ; votre peuple sera mon peuple, disait Ruth à sa belle-mère Noémi [55] : je mourrai dans la terre où vous serez enterrée, et j’y choisirai ma sépulture.

Joseph mourant dit à ses frères [56] :

Dieu vous visitera et vous établira dans la terre qu’il a promise à nos pères : emportez mes os avec vous.

Ce fut là sa dernière parole. Ce lui est une douceur, en mourant, d’espérer de suivre ses frères dans la terre que Dieu leur donne pour leur patrie ; et ses os y reposeront plus tranquillement au milieu de ses citoyens.

C’est un sentiment naturel à tous les peuples. Thémistocle, Athénien, était banni de sa patrie comme traître : il en machinait la ruine avec le roi de Perse, à qui il s’était livré ; et toutefois en mourant il oublia Magnésie, que le roi lui avait donnée, quoiqu’il y eût été si bien traité, et il ordonna à ses amis de porter ses os dans l’Attique, pour les y inhumer secrètement [57], à cause que la rigueur des décrets publics ne permettait pas qu’on le fît d’une autre sorte. Dans les approches de la mort, où la raison revient et où la vengeance cesse, l’amour de la patrie se réveille : il croit satisfaire à sa patrie ; il croit être rappelé de son exil après sa mort : et comme ils parlaient alors, que la terre serait plus bénigne et plus légère à ses os.

C’est pourquoi de bons citoyens s’affectionnent à leur terre natale.

J’étais devant le roi, dit Néhémias [58], et je lui présentais à boire, et je paraissais languissant en sa présence ; et le roi me dit : Pourquoi votre visage est-il si triste, puisque je ne vous vois point malade ? et je dis au roi : Comment pourrais-je n’avoir pas le visage triste, puisque la ville où mes pères sont ensevelis est déserte, et que ses portes sont brûlées ? Si vous voulez me faire quelque grâce, renvoyez-moi en Judée en la terre du sépulcre de mon père, et je la rebâtirai.

Étant arrivé en Judée, il appelle ses concitoyens, que l’amour de leur commune patrie unissait ensemble.

Vous savez, dit-il [59], notre affliction. Jérusalem est déserte ; ses portes sont consumées par le feu : venez, et unissons-nous pour la rebâtir.

Tant que les Juifs demeurèrent dans un pays étranger, et si éloigné de leur patrie, ils ne cessèrent de pleurer, et d’enfler, pour ainsi parler, de leurs larmes les fleuves de Babylone, en se souvenant de Sion. Ils ne pouvaient se résoudre à chanter leurs agréables cantiques, qui étaient les cantiques du Seigneur, dans une terre étrangère. Leurs instruments de musique, autrefois leur consolation et leur joie, demeuraient suspendus aux saules plantés sur la rive, et ils en avaient perdu l’usage.

Ô Jérusalem, disaient-ils, si jamais je puis t’oublier, puissé-je m’oublier moi-même [60] !

Ceux que les vainqueurs avaient laissés dans leur terre natale s’estimaient heureux, et ils disaient au Seigneur, dans les psaumes qu’ils lui chantaient durant la captivité :

Il est temps, ô Seigneur, que vous ayez pitié de Sion : vos serviteurs en aiment les ruines mêmes et les pierres démolies : et leur terre natale, toute désolée qu’elle est, a encore toute leur tendresse et toute leur compassion [61].

Pour former les nations et unir les peuples, il a fallu établir un gouvernement

Tout se divise et se partialise parmi les hommes

Il ne suffit pas que les hommes habitent la même contrée ou parlent un même langage, parce qu’étant devenus intraitables par la violence de leurs passions, et incompatibles par leurs humeurs différentes, ils ne pouvaient être unis à moins que de se soumettre tous ensemble à un même gouvernement qui les réglât tous.

Faute de cela, Abraham et Lot ne peuvent compatir ensemble, et sont contraints de se séparer.

La terre où ils étaient ne les pouvait contenir, parce qu’ils étaient tous deux fort riches, et ils ne pouvaient demeurer ensemble : en sorte qu’il arrivait des querelles entre leurs bergers. Enfin, il fallut pour s’accorder que l’un allât à droite et l’autre à gauche [62].

Si Abraham et Lot, deux hommes justes, et d’ailleurs si proches parents, ne peuvent s’accorder entre eux à cause de leurs domestiques, quel désordre n’arriverait pas parmi les méchants !

La seule autorité du gouvernement peut mettre un frein aux passions et à la violence devenue naturelle aux hommes

Si vous voyez les pauvres calomniés, et des jugements violents, par lesquels la justice est renversée dans la province, le mal n’est pas sans remède : car au-dessus du puissant il y a de plus puissants ; et ceux-là même ont sur leur tête des puissances plus absolues ; et enfin le roi de tout le pays leur commande à tous [63].

La justice n’a de soutien que l’autorité et la subordination des puissances.
Cet ordre est le frein de la licence. Quand chacun fait ce qu’il veut, et n’a pour règle que ses désirs, tout va en confusion. Un lévite viole ce qu’il y a de plus saint dans la loi de Dieu. La cause qu’en donne l’Écriture :

C’est qu’en ce temps-là il n’y avait point de roi en Israël, et que chacun faisait ce qu’il trouvait à propos [64].

C’est pourquoi, quand les enfants d’Israël sont prêts d’entrer dans la terre où ils devaient former un corps d’État et un peuple réglé, Moïse leur dit :

Gardez-vous bien de faire là comme nous faisons ici, où chacun fait ce qu’il trouve à propos ; parce que vous n’êtes pas encore arrivés au lieu de repos, et à la possession que le Seigneur vous a destinée [65].

C’est par la seule autorité du gouvernement que l’union est établie parmi les hommes

Cet effet du commandement légitime nous est marqué par ces paroles souvent réitérées dans l’Écriture : Au commandement de Saül et de la puissance légitime,

tout Israël sortit comme un seul homme [66]. Ils étaient quarante mille hommes, et toute cette multitude était comme un seul [67].

Voilà quelle est l’unité d’un peuple, lorsque chacun renonçant à sa volonté la transporte et la réunit à celle du prince et du magistrat. Autrement nulle union ; les peuples errent vagabonds comme un troupeau dispersé.

Que le Seigneur Dieu des esprits dont toute chair est animée, donne à cette multitude un homme pour la gouverner, qui marche devant elle, qui la conduise, de peur que le peuple de Dieu ne soit comme des brebis qui n’ont point de pasteur [68].

Dans un gouvernement réglé, chaque particulier renonce au droit d’occuper par force ce qui lui convient

Ôtez le gouvernement, la terre et tous ses biens sont aussi communs entre les hommes que l’air et la lumière. Dieu dit à tous les hommes :

Croissez et multipliez, et remplissez la terre [69].

Il leur donne à tous indistinctement « toute herbe qui porte son germe sur la terre, et tous les bois qui y naissent [70]. » Selon ce droit primitif de la nature, nul n’a de droit particulier sur quoi que ce soit et tout est en proie à tous.

Dans un gouvernement réglé, nul particulier n’a droit de rien occuper. Abraham étant dans la Palestine demande aux seigneurs du pays jusqu’à la terre où il enterra sa femme Sara.

Donnez-moi droit de sépulture parmi vous [71].

Moïse ordonne qu’après la conquête de la terre de Chanaan, elle soit distribuée au peuple par l’autorité du souverain magistrat.

Josué, dit-il, vous conduira.

Et après il dit à Josué lui-même :

Vous introduirez le peuple dans la terre que Dieu lui a promise, et vous la lui distribuerez par sort [72].

La chose fut ainsi exécutée. Josué, avec le conseil, fit le partage entre les tribus et entre les particuliers, selon le projet et les ordres de Moïse [73].

De là est né le droit de propriété ; et en général tout droit doit venir de l’autorité publique, sans qu’il soit permis de rien envahir, ni de rien attenter par la force.

Par le gouvernement chaque particulier devient plus fort

La raison est que chacun est secouru. Toutes les forces de la nation concourent en un, et le magistrat souverain a droit de les réunir.

Race rebelle et méchante, dit Moïse à ceux de Ruben, demeurerez-vous en repos pendant que vos frères iront au combat ? Non, répondent-ils, nous marcherons avancés à la tête de nos frères, et ne retournerons point dans nos maisons jusqu’à ce qu’ils soient en possession de leur héritage [74].

Ainsi le magistrat souverain a en sa main toutes les forces de la nation qui se soumet à lui obéir.

Nous ferons, dit tout le peuple à Josué, tout ce que vous nous commanderez : nous irons partout où vous nous enverrez. Qui résistera à vos paroles, et ne sera pas obéissant à tous vos ordres, qu’il meure ! Soyez ferme seulement et agissez avec vigueur [75].

Toute la force est transportée au magistrat souverain ; chacun l’affermit au préjudice de la sienne, et renonce à sa propre vie en cas qu’il désobéisse. On y gagne ; car on retrouve, en la personne de ce suprême magistrat, plus de force qu’on n’en a quitté pour l’autoriser ; puisqu’on y retrouve toute la force de la nation réunie ensemble pour nous secourir.

Ainsi, un particulier est en repos contre l’oppression et la violence ; parce qu’il a en la personne du prince un défenseur invincible, et plus fort sans comparaison que tous ceux du peuple qui entreprendraient de l’opprimer.

Le magistrat souverain a intérêt de garantir de la force tous les particuliers ; parce que si une autre force que la sienne prévaut parmi le peuple, son autorité et sa vie est en péril.

Les hommes superbes et violents sont ennemis de l’autorité, et leur discours naturel est de dire :

Qui est notre maître [76] ?
La multitude du peuple fait la dignité du roi [77].

S’il le laisse dissiper et accabler par les hommes violents, il se fait tort à lui-même. Ainsi le magistrat souverain est l’ennemi naturel de toutes les violences.

Ceux qui agissent avec violence sont en abomination devant le roi, parce que son trône est affermi par la justice [78].

Le prince est donc par sa charge, à chaque particulier,

un abri pour se mettre à couvert du vent et de la tempête, et un rocher avancé sous lequel il se met à l’ombre dans une terre sèche et brûlante. La justice établit la paix ; il n’y a rien de plus beau que de voir les hommes vivre tranquillement : chacun est en sûreté dans sa tente, et jouit du repos et de l’abondance [79].

Voilà les fruits naturels d’un gouvernement réglé.

En voulant tout donner à la force, chacun se trouve faible dans ses prétentions les plus légitimes, par la multitude des concurrents, contre qui il faut être prêt. Mais sous un pouvoir légitime chacun se trouve fort, en mettant toute la force dans le magistrat, qui a intérêt de tenir tout en paix pour être lui-même en sûreté.

Dans un gouvernement réglé, les veuves, les orphelins, les pupilles, les enfants même dans le berceau sont forts. Leur bien leur est conservé ; le public prend soin de leur éducation ; leurs droits sont défendus, et leur cause est la cause propre du magistrat. Toute l’Écriture le charge de faire justice au pauvre, au faible, à la veuve, à l’orphelin et au pupille [80].

C’est donc avec raison que saint Paul nous recommande de « prier persévéramment, et avec instance pour les rois, et pour tous ceux qui sont constitués en dignité, afin que nous passions tranquillement notre vie en toute piété et chasteté [81]. » De tout cela il résulte qu’il n’y a point de pire état que l’anarchie, c’est-à-dire, l’état où il n’y a point de gouvernement ni d’autorité. Où tout le monde veut faire ce qu’il veut, nul ne fait ce qu’il veut ; où il n’y a point de maître, tout le monde est maître ; où tout le monde est maître, tout le monde est esclave.

Le gouvernement se perpétue, et rend les Étals immortels

Quand Dieu déclare à Moïse qu’il va mourir, Moïse lui dit aussitôt :

Donnez, Seigneur, à ce peuple quelqu’un qui le gouverne [82].

Ensuite, par l’ordre de Dieu, Moïse établit Josué pour lui succéder, « en présence du grand prêtre éléazar et de tout le peuple, et lui impose les mains [83], » en signe que la puissance se continuait de l’un à l’autre.
Après la mort de Moïse, tout le peuple reconnaît Josué.

Nous vous obéirons en toutes choses comme nous avons fait à Moïse [84].

Le prince meurt ; mais l’autorité est immortelle, et l’État subsiste toujours. C’est pourquoi les mêmes desseins se continuent : la guerre commencée se poursuit, et Moïse revit en Josué.

Souvenez-vous, dit-il à ceux de Ruben, de ce que vous a commandé Moïse.

Et un peu après :

Vous posséderez la terre que le serviteur de Dieu, Moïse, vous a donnée [85].

Il faut bien que les princes changent, puisque les hommes sont mortels : mais le gouvernement ne doit pas changer ; l’autorité demeure ferme, les conseils sont suivis, et éternels.

Après la mort de Saül, David dit à ceux de Jabès-Galaad, qui avaient bien servi ce prince :

Prenez courage et soyez toujours gens de cœur ; parce qu’encore que votre maître Saül soit mort, la maison de Juda m’a sacré roi [86].

Il leur veut faire entendre que, comme l’autorité ne meurt jamais, ils doivent continuer leurs services, dont le mérite est immortel dans un État bien réglé.

Des Lois

Il faut joindre les lois au gouvernement pour le mettre dans sa perfection

C’est-à-dire, qu’il ne suffit pas que le prince, ou que le magistrat souverain, règle les cas qui surviennent suivant l’occurrence ; mais qu’il faut établir des règles générales de conduite, afin que le gouvernement soit constant et uniforme : et c’est ce qu’on appelle lois.

On pose les principes primitifs de toutes les lois

Toutes les lois sont fondées sur la première de toutes les lois, qui est celle de la nature, c’est-à-dire, sur la droite raison et sur l’équité naturelle. Les lois doivent régler les choses divines et humaines, publiques et particulières, et sont commencées par la nature, selon ce que dit saint Paul [87] :

que les Gentils qui n’ont pas de loi, faisant naturellement ce qui est de la loi, se font une loi à eux-mêmes, et montrent l’œuvre de la loi écrite dans leurs cœurs par le témoignage de leurs consciences, et les pensées intérieures qui s’accusent mutuellement, et se défendent aussi l’une contre l’autre.

Les lois doivent établir le droit sacré et profane, le droit public et particulier ; en un mot la droite observance des choses divines et humaines parmi les citoyens, avec les châtiments et les récompenses.

Il faut donc, avant toutes choses, régler le culte de Dieu. C’est par où commence Moïse, et il pose ce fondement de la société des Israélites. À la tête du Décalogue on voit ce précepte fondamental :

Je suis le Seigneur, tu n’auras point de dieux étrangers, etc. [88].

Ensuite viennent les préceptes qui regardent la société.

Tu ne tueras point, tu ne déroberas point [89],

et les autres. Tel est l’ordre général de toute législation.

il y a un ordre dans les lois

Le premier principe des lois est de reconnaître la Divinité, d’où nous viennent tous les biens et l’être même.

Crains Dieu, et observe ses commandements ; c’est là tout l’homme [90].

Et l’autre est de « faire à autrui comme nous voulons qu’il nous soit fait [91]. »

Un grand roi explique les caractères des lois

L’intérêt et la passion corrompent les hommes. La loi est sans intérêt et sans passion :

  • « elle est sans tache et sans corruption ; elle dirige les âmes, elle est fidèle : elle parle sans déguisement et sans flatterie. Elle rend sages les enfants [92] : » elle prévient en eux l’expérience, et les remplit, dès leur premier âge, de bonnes maximes.
  • « Elle est droite et réjouit le cœur [93] . » On est ravi de voir comme elle est égale à tout le monde, et comme au milieu de la corruption elle conserve son intégrité.
  • « Elle est pleine de lumière :» dans la loi sont recueillies les lumières les plus pures de la raison.
  • « Elle est véritable et se justifie par elle-même [94] : » car elle suit les premiers principes de l’équité naturelle, dont personne ne disconvient que ceux qui sont tout à fait aveugles.
  • « Elle est plus désirable que l’or, et plus douce que le miel [95] : » d’elle vient l’abondance et le repos.

David remarque dans la loi de Dieu ces propriétés excellentes, sans lesquelles il n’y a point de loi véritable.

La loi punit et récompense

C’est pourquoi la loi de Moïse se trouve partout accompagnée de châtiments : voici le principe qui les rend aussi justes que nécessaires. La première de toutes les lois, comme nous l’avons remarqué, est celle de ne point faire à autrui ce que nous ne voulons pas qui nous soit fait. Ceux qui sortent de cette loi primitive, si droite et si équitable, dès là méritent qu’on leur fasse ce qu’ils ne veulent pas qui leur soit fait : ils ont fait souffrir aux autres ce qu’ils ne voulaient pas qu’on leur fît, ils méritent qu’on leur fasse souffrir ce qu’ils ne veulent pas. C’est le juste fondement des châtiments, conformément à cette parole prononcée contre Babylone :

Prenez vengeance d’elle ; faites-lui comme elle a fait [96].

Elle n’a épargné personne, ne l’épargnez pas : elle a fait souffrir les autres, faites-la souffrir.

Sur le même principe sont fondées les récompenses. Qui sert le public ou les particuliers, le publie et les particuliers le doivent servir.

La loi est sacrée et inviolable

Pour entendre parfaitement la nature de la loi, il faut remarquer que tous ceux qui en ont bien parlé, l’ont regardée dans son origine comme un pacte et un traité solennel par lequel les hommes conviennent ensemble, par l’autorité des princes, de ce qui est nécessaire pour former leur société.

On ne veut pas dire par là que l’autorité des lois dépende du consentement et acquiescement des peuples ; mais seulement que le prince, qui d’ailleurs par son caractère n’a d’autre intérêt que celui du public, est assisté des plus sages têtes de la nation, et appuyé sur l’expérience des siècles passés.

Cette vérité, constante parmi tous les hommes, est expliquée admirablement dans l’Écriture. Dieu assemble son peuple, leur fait à tous proposer la loi, par laquelle il établissait le droit sacré et profane, public et particulier de la nation, et les en fait tous convenir en sa présence.

Moïse convoqua tout le peuple. Et comme il leur avait déjà récité tous les articles de cette loi, il leur dit : Gardez les paroles de ce pacte, et les accomplissez, afin que vous entendiez ce que vous avez à faire. Vous êtes tous ici devant le Seigneur votre Dieu, vos chefs, vos tribus, vos sénateurs, vos docteurs, tout le peuple d’Israël, vos enfants, vos femmes, et l’étranger qui se trouve mêlé avec vous dans le camp ; afin que tous ensemble vous vous obligiez à l’alliance du Seigneur, et au serment que le Seigneur fait avec vous : et que vous soyez son peuple, et qu’il soit votre Dieu. Et je ne fais pas ce traité avec vous seuls, mais je le fais pour tous, présents et absents [97].

Moïse reçoit ce traité au nom de tout le peuple qui lui avait donné son consentement.

J’ai été, dit-il [98], le médiateur entre Dieu et vous, et le dépositaire des paroles qu’il vous donnait, et vous à lui.

Tout le peuple consent expressément au traité.

Les lévites disent à haute voix : Maudit celui qui ne demeure pas ferme dans toutes les paroles de cette loi, et ne les accomplit pas ; et tout le peuple répond, Amen : Qu’il soit ainsi [99].

Il faut remarquer que Dieu n’avait pas besoin du consentement des hommes pour autoriser sa loi, parce qu’il est leur créateur, qu’il peut les obliger à ce qu’il lui plaît ; et toutefois, pour rendre la chose plus solennelle et plus ferme, il les oblige à la loi par un traité exprès et volontaire.

La loi est réputée avoir une origine divine

Le traité qu’on vient d’entendre a un double effet : il unit le peuple à Dieu, et il unit le peuple en soi-même.

Le peuple ne pouvait s’unir en soi-même par une société inviolable, si le traité n’en était fait dans son fond en présence d’une puissance supérieure, telle que celle de Dieu, protecteur naturel de la société humaine, et inévitable vengeur de toute contravention à la loi.

Mais quand les hommes s’obligent à Dieu, lui promettant de garder, tant envers lui qu’entre eux, tous les articles de la loi qu’il leur propose ; alors la convention est inviolable, autorisée par une puissance à laquelle tout est soumis.

C’est pourquoi tous les peuples ont voulu donner à leurs lois une origine divine ; et ceux qui ne l’ont pas eu ont feint de l’avoir.
Minos se vantait d’avoir appris de Jupiter les lois qu’il donna à ceux de Crète ; ainsi Lycurgue, ainsi Numa, ainsi tous les autres législateurs ont voulu que la convention par laquelle les peuples s’obligeaient entre eux à garder les lois fût affermie par l’autorité divine, afin que personne ne pût s’en dédire.

Platon, dans sa République, et dans son livre des Lois, n’en propose aucunes qu’il ne veuille faire confirmer par l’oracle avant qu’elles soient reçues ; et c’est ainsi que les lois deviennent sacrées et inviolables.

Il y a des lois fondamentales qu’on ne peut changer : il est même très dangereux de changer sans nécessité celles qui ne le sont pas

C’est principalement de ces lois fondamentales qu’il est écrit, qu’en les violant, « on ébranle tous les fondements de la terre [100], » après quoi il ne reste plus que la chute des empires.

En général les lois ne sont pas lois, si elles n’ont quelque chose d’inviolable. Pour marquer leur solidité et leur fermeté, Moïse ordonne « qu’elles soient toutes écrites nettement et visiblement sur des pierres [101]. »
Josué accomplit ce commandement [102].

Les autres peuples civilisés conviennent de cette maxime.

Qu’il soit fait un édit, et qu’il soit écrit selon la loi inviolable des Perses et des Mèdes, disent à Assuérus les sages de son conseil qui étaient toujours près de sa personne. Ces sages savaient les lois et le droit des anciens [103] .

Cet attachement aux lois et aux anciennes maximes affermit la société et rend les États immortels.

On perd la vénération pour les lois quand on les voit si souvent changer. C’est alors que les nations semblent chanceler comme troublées et prises de vin, ainsi que parlent les prophètes [104]. L’esprit de vertige les possède, et leur chute est inévitable :

parce que les peuples ont violé les lois, changé le droit public, et rompu les pactes les plus solennels [105].

C’est l’état d’un malade inquiet qui ne sait quel mouvement se donner.

Je hais deux nations, dit le sage fils de Sirach [106], et la troisième n’est pas une nation : c’est le peuple insensé qui demeure dans Sichem :

c’est-à-dire, le peuple de Samarie, qui ayant renversé l’ordre, oublié la loi, établi une religion et une loi arbitraire, ne mérite pas le nom de peuple.
On tombe dans cet état quand les lois sont variables et sans consistance, c’est-à-dire, quand elles cessent d’être lois.

Conséquences des principes généraux de l’humanité

Le partage des biens entre les hommes, et la division des hommes mêmes en peuples et en nations, ne doit point altérer la société générale du genre humain

Si quelqu’un de vos frères est réduit à la pauvreté, n’endurcissez pas votre cœur et ne lui resserrez pas votre main : mais ouvrez-la au pauvre, et prêtez-lui tout ce dont vous verrez qu’il aura besoin. Que cette pensée impie ne vous vienne point dans l’esprit : Le septième an arrive, où selon la loi toutes les obligations pour dettes sont annulées. Ne vous détournez pas pour cela du pauvre, de peur qu’il ne crie contre vous devant le Seigneur, et que votre conduite vous tourne à péché ; mais donnez-lui, et le secourez sans aucun détour ni artifice, afin que le Seigneur vous bénisse [107].

La loi serait trop inhumaine si en partageant les biens, elle ne donnait pas aux pauvres quelque recours sur les riches. Elle ordonne, dans cet esprit, d’exiger ses dettes avec une grande modération.

Ne prenez point à votre frère les instruments nécessaires pour la vie, comme la meule dont il moût son blé ; car autrement il vous aurait engagé sa propre vie. S’il vous doit, n’entrez pas dans sa maison pour prendre des gages, mais demeurez dehors, et recevez ce qu’il vous apportera. Et s’il est si pauvre qu’il soit contraint de vous donner sa couverture, qu’elle ne passe pas la nuit chez vous ; mais rendez-la à votre frère, afin que dormant dans sa couverture il vous bénisse ; et vous serez juste devant le Seigneur [108].

La loi s’étudie en toutes choses à entretenir dans les citoyens cet esprit de secours mutuel.

Quand vous verrez s’égarer, dit-elle [109], le bœuf ou la brebis de votre frère, ne passez pas outre sans les retirer. Quand vous ne connaîtriez pas celui à qui elle est, ou qu’il ne vous toucherait en rien, menez son animal en votre maison, jusqu’à ce que votre frère le vienne requérir. Faites-en de même de son âne, et de son habit, et de toutes les autres choses qu’il pourrait avoir perdues. Si vous les trouvez, ne les négligez pas comme choses appartenances à autrui ;

c’est-à-dire, prenez-en soin comme si elle était à vous, pour la rendre soigneusement à celui qui l’a perdue.

Par ces lois, il n’y a point de partage qui empêche que je n’aie soin de ce qui est à autrui, comme s’il était à moi-même ; et que je ne fasse part à autrui de ce que j’ai, comme s’il était véritablement à lui.

C’est ainsi que la loi remet en quelque sorte en communauté les biens qui ont été partagés, pour la commodité publique et particulière.

Elle laisse même dans les terres si justement partagées quelque marque de l’ancienne communauté ; mais réduite à certaines bornes pour l’ordre public.

Vous pouvez, dit-elle [110], entrer dans la vigne de votre prochain, et y manger du raisin tant que vous voudrez, mais non pas l’emporter dehors. Si vous entrez dans les blés de votre ami, vous en pourrez cueillir des épis, et les froisser avec la main, mais non pas les couper avec la faucille.

Quand vous ferez votre moisson, si vous oubliez quelque gerbe, ne retournez pas sur vos pas pour l’enlever, mais laissez-la enlever à l’étranger, au pupille et à la veuve, afin que le Seigneur vous bénisse dans tous les travaux de vos mains.

Il ordonne la même chose des olives, et des raisins dans la vendange [111].

Moïse rappelle, par ce moyen, dans la mémoire des possesseurs, qu’ils doivent toujours regarder la terre comme la mère commune et la nourrice de tous les hommes ; et ne veut pas que le partage qu’on en a fait leur fasse oublier le droit primitif de la nature.

Il comprend les étrangers dans ce droit.

Laissez, dit-il [112], ces olives, ces raisins et ces gerbes oubliées, à l’étranger, au pupille et à la veuve.

Il recommande particulièrement, dans les jugements, l’étranger et le pupille, honorant en tout la société du genre humain.

Ne pervertis point, dit-il [113], le jugement de l’étranger et du pupille : souviens-toi que tu as été étranger et esclave en Égypte.

Il est si loin de vouloir qu’on manque d’humanité aux étrangers, qu’il étend même en quelque façon cette humanité jusqu’aux animaux. Quand on trouve un oiseau qui couve, le législateur défend de prendre ensemble la mère et les petits.

Laisse-la aller, dit-il, si tu lui ôtes ses petits [114].

Comme s’il disait : Elle perd assez en les perdant, sans perdre encore sa liberté.

Dans le même esprit de douceur, la loi défend de « cuire le chevreau dans le lait de sa mère [115] ; » et de « lier la bouche, c’est-à-dire, de refuser la nourriture, au bœuf qui travaille à battre le blé [116]. »

« Est-ce que Dieu a soin des bœufs ? » comme dit saint Paul [117] : a-t-il fait la loi pour eux, et pour les chevreaux, et pour les bêtes ? et ne paraît-il pas qu’il a voulu inspirer aux hommes la douceur et l’humanité en toutes choses ; afin qu’étant doux aux animaux, ils sentent mieux ce qu’ils doivent à leurs semblables ?

Il ne faut donc pas penser que les bornes qui séparent les terres des particuliers, et les États, soient faites pour mettre la division dans le genre humain ; mais pour faire seulement qu’on n’attente rien les uns sur les autres, et que chacun respecte le repos d’autrui. C’est pour cela qu’il est dit :

Ne transporte point les bornes qu’ont mis les anciens dans la terre que t’a donnée le Seigneur ton Dieu [118].

Et encore :

Maudit celui qui remue les bornes de son voisin [119].

Il faut encore plus respecter les bornes qui séparent les États, que celles qui séparent les particuliers ; et on doit garder la société que Dieu a établie entre tous les hommes.

Il n’y a que certains peuples maudits et abominables, avec qui toute société est interdite, à cause de leur effroyable corruption, qui se répandrait sur leurs alliés.

N’aie point, dit la loi [120], de société avec ces peuples, ne leur donne point ta fille, ne prends pas la leur pour ton fils, parce qu’ils le séduiront et le feront servir aux dieux étrangers.

Hors de là Dieu défend ces aversions qu’ont les peuples les uns pour les autres ; et au contraire, il fait valoir tous les liens de la société qui sont entre eux.

N’ayez point en exécration l’Iduméen, parce que vous venez de même sang ; ni l’Égyptien, parce que vous avez été étrangers dans sa terre [121].

Aussi est-il demeuré, parmi tous les peuples, certains principes communs de société et de concorde. Les peuples les plus éloignés s’unissent par le commerce, et conviennent qu’il faut garder la foi et les traités. Il y a, dans tous les peuples civilisés, certaines personnes à qui tout le genre humain semble avoir donné une sûreté pour entretenir le commerce entre les nations. La guerre même n’empêche pas ce commerce ; les ambassadeurs sont regardés comme personnes sacrées : qui viole leur caractère est en horreur ; et David prit avec raison une vengeance terrible des Aramonites, et de leur roi, qui avait maltraité ses ambassadeurs [122].

Les peuples qui ne connaissent pas ces lois de société sont peuples inhumains, barbares, ennemis de toute justice, et du genre humain, que l’Écriture appelle du nom odieux de « gens sans foi et sans alliance [123]. »

Voici une belle règle de saint Augustin pour l’application de la charité.

Où la raison est égale, il faut que le sort décide. L’obligation de s’entr’aimer est égale dans tous les hommes, et pour tous les hommes. Mais comme on ne peut pas également les servir tous, on doit s’attacher principalement à servir ceux que les lieux, les temps et les autres rencontres semblables nous unissent d’une façon particulière comme par une espèce de sort [124].

De l’amour de la patrie

Il faut être bon citoyen, et sacrifier à sa patrie dans le besoin tout ce qu’on a, et sa propre vie ; où il est parlé de la guerre

Si l’on est obligé d’aimer tous les hommes, et qu’à vrai dire il n’y ait point d’étranger pour le chrétien, à plus forte raison doit-il aimer ses concitoyens. Tout l’amour qu’on a pour soi-même, pour sa famille, et pour ses amis, se réunit dans l’amour qu’on a pour sa patrie, où notre bonheur et celui de nos familles et de nos amis est renfermé.

C’est pourquoi les séditieux, qui n’aiment pas leur pays, et y portent la division, sont l’exécration du genre humain. La terre ne les peut pas supporter, et s’ouvre pour les engloutir. C’est ainsi que périrent Coré, Dathan et Abiron.

S’ils périssent, dit Moïse [125], comme les autres hommes ; s’ils sont frappés d’une plaie ordinaire, le Seigneur ne m’a pas envoyé : mais si Dieu fait quelque chose d’extraordinaire, et que la terre ouvre sa bouche pour les engloutir, eux et tout ce qui leur appartient, en sorte qu’on les voie entrer tout vivants dans les enfers, vous con-naîtrez qu’ils ont blasphémé contre le Seigneur. À peine avait-il cessé de parler, que la terre s’ouvrit sous leurs pieds, et les dévora avec leur tente, et tout ce qui leur appartenait.

Ainsi méritaient d’être retranchés ceux qui mettaient la division parmi le peuple. Il ne faut point avoir de société avec eux ; en approcher c’est approcher de la peste.

Retirez-vous, dit Moïse [126], de la tente de ces impies, et ne touchez rien de ce qui leur appartient, de peur que vous ne soyez enveloppés dans leurs péchés et dans leur perte.

On ne doit point épargner ses biens quand il s’agit de servir la patrie.

Gédéon dit à ceux de Soccoth : Donnez de quoi vivre aux soldats qui sont avec moi, parce qu’ils défaillent, afin que nous poursuivions les ennemis.

Ils refusent, et Gédéon en fait un juste châtiment [127]. Qui sert le public sert chaque particulier. Il faut même sans hésiter exposer sa vie pour son pays. Ce sentiment est commun à tous les peuples, et surtout il paraît dans le peuple de Dieu.

Dans les besoins de l’État, tout le monde sans exception était obligé d’aller à la guerre, et c’est pourquoi les armées étaient si nombreuses.

La ville de Jabès en Galaad, assiégée et réduite à l’extrémité par Naas, roi des Ammonites, envoie exposer son péril extrême à Saül,

qui aussitôt fait couper un bœuf en douze morceaux, qu’il envoya aux confins de chacune des douze tribus avec cet édit : Qui ne sortira pas avec Saül et Samuel, ses bœufs seront ainsi mis en pièces ; et aussitôt tout le peuple s’assembla comme un seul homme ; et Saül en fit la revue à Bézech ; et ils se trouvèrent d’Israël trois cent mille, et trente mille de Juda ; et ils dirent aux envoyés de Jabès : Demain vous serez délivrés [128].

Ces convocations étaient ordinaires ; et il faudrait transcrire toute l’histoire du peuple de Dieu pour en rapporter tous les exemples.

C’était un sujet de plainte à ceux qui n’étaient pas appelés, et ils le prenaient à affront.

Ceux d’Éphraïm dirent à Gédéon : Quel dessein avez-vous eu de ne nous point appeler quand vous alliez combattre contre Madian ? Ce qu’ils dirent d’un ton de colère, et en vinrent presque à la force ; et Gédéon les apaisa en louant leur valeur [129].

Ils firent la même plainte à Jephté, et la chose alla jusqu’à la sédition [130] ; tant on se piquait d’honneur d’être convoqué en ces occasions. Chacun exposait sa vie non-seulement pour tout le peuple, mais pour sa seule tribu.

Ma tribu, dit Jephté [131], avait querelle contre les Ammonites ; ce que voyant, j’ai mis mon âme en mes mains (noble façon de parler qui signifiait exposer sa vie), et j’ai fait la guerre aux Ammonites.

C’est une honte de demeurer en repos dans sa maison, pendant que nos citoyens sont dans le travail et dans le péril pour la commune patrie. David envoya Urie se reposer chez lui, et ce bon sujet répondit [132] :

L’arche de Dieu, et tout Israël et Juda sont sous des tentes ; mon seigneur Joab, et tous les serviteurs du roi mon seigneur couchent sur la terre : et moi j’entrerai dans ma maison pour y manger à mon aise, et y être avec ma femme ! Par votre vie, je ne ferai point une chose si indigne.

Il n’y a plus de joie pour un bon citoyen quand sa patrie est ruinée. De là ce discours de Mathatias, chef de la maison des Asmonéens ou Machabées [133] :

Malheur à moi ! pourquoi suis-je né pour voir la ruine de mon peuple, et celle de la cité sainte ? puis-je y demeurer davantage, la voyant livrée à ses ennemis, et son sanctuaire dans la main des étrangers ? Son temple est déshonoré comme un homme de néant ; ses vieillards et ses enfants sont massacrés au milieu de ses rues, et sa jeunesse a péri dans la guerre : quelle nation n’a point ravagé son royaume, et ne s’est point enrichie de ses dépouilles ? on lui a ravi tous ses ornements ; de libre elle est devenue esclave : tout notre éclat, toute notre gloire, tout ce qu’il y avait parmi nous de sacré, a été souillé par les Gentils : et comment après cela pour-rions-nous vivre ?

On voit là toutes les choses qui unissent les citoyens et entre eux et avec leur patrie : les autels et les sacrifices, la gloire, les biens, le repos et la sûreté de la vie ; en un mot, la société des choses divines et humaines. Mathatias, touché de toutes ces choses, déclare qu’il ne peut plus vivre voyant ses citoyens en proie, et sa patrie désolée.

En disant ces paroles, lui et ses enfants déchirèrent leurs habits, et se couvrirent de cilices, et se mirent à gémir [134].

Ainsi faisait Jérémie, « lorsque son peuple étant mené en captivité, et la sainte cité étant désolée, plein d’une douleur amère, il prononça en gémissant ces lamentations [135] » qui attendrissent encore ceux qui les entendent.

Le même prophète dit à Baruch, qui dans la ruine de son pays songeait encore à lui-même et à sa fortune :

Voici, ô Baruch ! ce que te dit le Seigneur Dieu d’Israël : j’ai détruit le pays que j’avais bâti, j’ai arraché les enfants d’Israël que j’avais plantés, et j’ai ruiné toute cette terre ; et tu cherches encore pour toi de grandes choses ? ne le fais pas ; contente-toi que je te sauve la vie [136].

Ce n’est pas assez de pleurer les maux de ses citoyens et de son pays ; il faut exposer sa vie pour leur service. C’est à quoi Mathatias excite en mourant toute sa famille [137].

L’orgueil et la tyrannie ont prévalu ; voici des temps de malheur et de ruine pour vous : prenez donc courage, mes enfants ; soyez zélateurs de la loi, et mourez pour le testament de vos pères.

Ce sentiment demeura gravé dans le cœur de ses enfants ; il n’y a rien de plus ordinaire dans la bouche de Judas, de Jonathas et de Simon, que ces paroles : Mourons pour notre peuple et pour nos frères.

Prenez courage, dit Judas [138], et soyez tous gens de cœur : combattez vaillamment ces nations armées pour notre ruine. Il vaut mieux mourir à la guerre que de voir périr notre pays et le sanctuaire.

Et encore :

À Dieu ne plaise que nous fuyions devant l’ennemi ; si notre heure de mourir est arrivée, mourons en gens de cœur pour nos frères, et ne mettons point de tache à notre gloire [139].

L’Écriture est pleine d’exemples qui nous apprennent ce que nous devons à notre patrie ; mais le plus beau de tous les exemples est celui de Jésus-Christ même.

Jésus-Christ établit, par sa doctrine et par ses exemples, l’amour que les citoyens doivent avoir pour leur patrie

Le Fils de Dieu fait homme a non-seulement accompli tous les devoirs qu’exige d’un homme la société humaine, charitable envers tous et sauveur de tous, et ceux d’un bon fils envers ses parents, à qui il était soumis [140] : mais encore ceux de bon citoyen, se reconnaissant « envoyé aux brebis perdues de la maison d’Israël [141]. » Il s’est renfermé dans la Judée, « qu’il parcourait toute en faisant du bien, et guérissant tous ceux que le démon tourmentait [142]. »

On le reconnaissait pour bon citoyen ; et c’était une puissante recommandation auprès de lui, que d’aimer la nation judaïque. Les sénateurs du peuple juif, pour l’obliger à rendre

au centurion un serviteur malade qui lui était cher, priaient Jésus avec ardeur, et lui disaient : Il mérite que vous l’assistiez ; car il aime notre nation, et nous a bâti une synagogue : et Jésus allait avec eux, et guérit ce serviteur [143].

Quand il songeait aux malheurs qui menaçaient de si près Jérusalem et le peuple juif, il ne pouvait retenir ses larmes.

En approchant de la ville et la regardant, il se mit à pleurer sur elle : Si tu connaissais, dit-il, dans ce temps qui t’est donné pour te repentir, ce qui pourrait t’apporter la paix ! mais cela est caché à tes yeux [144].

Il dit ces mots entrant dans Jérusalem au milieu des acclamations de tout le peuple.

Ce soin, qui le pressait dans son triomphe, ne le quitte pas dans sa passion. Comme on le menait au supplice,

une grande troupe de peuple et de femmes, qui le suivaient, frappaient leur poitrine et gémissaient ; mais Jésus se tournant à elles leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants, car bientôt vont venir les jours où il sera dit : Heureuses les stériles : heureuses les entrailles qui n’ont point porté de fruit, et les mamelles qui n’ont point nourri d’enfants [145].

Il ne se plaint-pas des maux qu’on lui fait souffrir injustement, mais de ceux qu’un si inique procédé devait attirer à son peuple.
Il n’avait rien oublié pour les prévenir.

Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu ramasser tes enfants, comme une poule rainasse ses petits sous ses ailes : et tu n’as pas voulu ! et voilà que vos maisons vont bientôt être désolées [146].

Il fut, et durant sa vie, et à sa mort, exact observateur des lois et des coutumes louables de son pays, même de celles dont il savait qu’il était le plus exempt.

On se plaignit à saint Pierre qu’il ne payait pas le tribut ordinaire du temple, et cet apôtre soutenait qu’en effet il ne devait rien.

Mais Jésus le prévint en lui disant : De qui est-ce que les rois de la terre exigent le tribut, est-ce de leurs enfants ou des étrangers ? Pierre répondit : Des étrangers : Jésus lui dit : Les enfants sont donc francs ; et toutefois, pour ne causer point de désordre, et pour ne les pas scandaliser, allez et payez pour moi et pour vous [147].

Il fait payer un tribut qu’il ne devait pas, comme fils, de peur d’apporter lé moindre trouble à l’ordre public.

Aussi, dans le désir qu’avaient les pharisiens de le trouver contraire à la loi, ils ne purent jamais lui reprocher que des choses de néant, ou les miracles qu’il faisait le jour du sabbat [148] ; comme si le sabbat devait faire cesser les œuvres de Dieu aussi bien que celles des hommes.

Il était soumis en tout à l’ordre public, faisant rendre à César ce qui était à César, et à Dieu ce qui est à Dieu [149].

Jamais il n’entreprit rien sur l’autorité des magistrats.

Un de la troupe lui dit : Maître, commandez à mon frère qu’il fasse partage avec moi. Homme, lui répondit-il, qui m’a établi pour être votre juge et pour faire vos partages [150]

Au reste, la toute-puissance qu’il avait en main ne l’empêcha pas de se laisser prendre sans résistance. Il reprit saint Pierre qui avait donné un coup d’épée, et rétablit le mal que cet apôtre avait fait [151].
Il comparaît devant les pontifes, devant Pilate, et devant Hérode, répondant précisément sur le fait dont il s’agissait à ceux qui avaient droit de l’interroger.

Le souverain pontife lui dit : Je vous commande, de la part de Dieu, de me dire si vous êtes le Christ fils de Dieu : et il répondit : Je le suis [152].

Il satisfit Pilate sur sa royauté qui faisait tout son crime, et l’assura en même temps « qu’elle n’était pas de ce monde [153]. »

Il ne dit mot à Hérode qui n’avait rien à commander dans Jérusalem, à qui aussi on le renvoyait seulement par cérémonie, et qui ne le voulait voir que par pure curiosité, et après avoir satisfait à l’interrogatoire légitime. Au surplus, il ne condamna que par son silence la procédure manifestement inique dont on usait contre lui, sans se plaindre, sans murmurer ; « se livrant, comme dit saint Pierre [154], à celui qui le jugeait injustement. »

Ainsi il fut fidèle et affectionné, jusqu’à la fin, à sa patrie, quoique ingrate, et à ses cruels citoyens, qui ne songeaient qu’à se rassasier de son sang avec une si aveugle fureur, qu’ils lui préférèrent un séditieux et un meurtrier.

Il savait que sa mort devait être le salut de ces ingrats citoyens, s’ils eussent fait pénitence ; c’est pourquoi il pria pour eux en particulier, jusque sur la croix où ils l’avaient attaché.

Caïphe ayant prononcé qu’il fallait que Jésus mourût « pour empêcher toute la nation de périr, » l’évangéliste remarque [155]

qu’il ne dit pas cela de lui-même ; mais qu’étant le pontife de cette année, il prophétisa que Jésus devait mourir pour sa nation ; et non-seulement pour sa nation, mais encore pour ramasser en un les enfants de Dieu dispersés.

Ainsi il versa son sang avec un regard particulier pour sa nation ; et en offrant ce grand sacrifice, qui devait faire l’expiation de tout l’univers, il voulut que l’amour de la patrie y trouvât sa place.

Les apôtres et les premiers fidèles ont toujours été de bons citoyens

Leur maître leur avait inspiré ce sentiment. Il les avait avertis qu’ils seraient persécutés par toute la terre, et leur avait dit en même temps « qu’il les envoyait comme des agneaux au milieu des loups [156] ; » c’est-à-dire, qu’ils n’avaient qu’à souffrir sans murmure et sans résistance.

Pendant que les Juifs persécutaient saint Paul avec une haine implacable, ce grand homme prend Jésus-Christ, qui est la vérité même, et sa conscience à témoin que, touché d’une extrême et continuelle douleur pour l’aveuglement de ses frères, « il souhaite d’être anathème pour eux. Je vous dis la vérité, je ne mens pas : ma conscience éclairée par le Saint-Esprit m’en rend témoignage [157], etc. »

Dans une famine extrême il fit une quête pour ceux de sa nation, et apporta lui-même à Jérusalem les aumônes qu’il avait ramassées pour eux dans toute la Grèce.

Je suis venu, dit-il [158], pour faire des aumônes à ma nation.

Ni lui ni ses compagnons n’ont jamais excité de sédition, ni assemblé tumultuairement le peuple [159].

Contraint par la violence de ses citoyens d’appeler à l’empereur, il assemble les Juifs de Rome pour leur déclarer « que c’est malgré lui qu’il a été obligé d’appeler à César ; mais qu’au reste il n’a aucune accusation ni aucune plainte à faire contre ceux de sa nation [160]. »

Il ne les accuse pas ; mais il les plaint, et ne parle jamais qu’avec compassion de leur endurcissement. En effet, accusé devant Félix, président de Judée [161], il se défendit simplement contre les Juifs, sans faire aucun reproche à de si violents persécuteurs.
Durant trois cents ans de persécution impitoyable, les chrétiens ont toujours suivi la même conduite.

Il n’y eut jamais de meilleurs citoyens, ni qui fussent plus utiles à leur pays, ni qui servissent plus volontiers dans les armées, pourvu qu’on ne voulût pas les y obliger à l’idolâtrie. Écoutons le témoignage de Tertullien.

Vous dites que les chrétiens sont inutiles : nous naviguons avec vous, nous portons les armes avec vous, nous cultivons la terre, nous exerçons la marchandise [162],

c’est-à-dire, nous vivons comme les autres dans tout ce qui regarde la société.

L’empire n’avait point de meilleurs soldats : outre qu’ils combattaient vaillamment, ils obtenaient par leurs prières ce qu’ils ne pouvaient faire par les armes. Témoin la pluie obtenue par la légion Fulminante, et le miracle attesté par les lettres de Marc-Aurèle.

Il leur était défendu de causer du trouble, de renverser les idoles, de faire aucune violence : les règles de l’Église ne leur permettaient que d’attendre le coup en patience.

L’Église ne tenait pas pour martyrs ceux qui s’attiraient la mort par quelque violence semblable, et par un faux zèle. Il pouvait y avoir quelquefois des inspirations extraordinaires ; mais ces exemples n’étaient pas suivis, comme étant au-dessus de l’ordre.

Nous voyons même, dans les actes de quelques martyrs, qu’ils faisaient scrupule de maudire les dieux ; ils devaient reprendre l’erreur sans aucune parole emportée. Saint Paul et ses compagnons en avaient ainsi usé ; et c’est ce qui faisait dire au secrétaire de la communauté d’Éphèse [163] :

Messieurs, il ne faut pas ainsi vous émouvoir. Vous avez ici amené ces hommes, qui n’ont commis aucun sacrilège, et qui n’ont point blasphémé votre déesse.

Ils ne faisaient point de scandale, et prêchaient la vérité sans altérer le repos public, autant qu’il était en eux.

Combien soumis et paisibles étaient les chrétiens persécutés ! ces paroles de Tertullien l’expliquent admirablement [164] :

Outre les ordres publics par lesquels nous sommes poursuivis, combien de fois le peuple nous attaque-t-il à coups de pierres, et met-il le feu dans nos maisons dans la fureur des bacchanales ! On n’épargne pas les chrétiens même après leur mort : on les arrache du repos de la sépulture et comme de l’asile de la mort. Et cependant quelle vengeance recevez-vous de gens si cruellement traités ? Ne pourrions-nous pas avec peu de flambeaux mettre le feu dans la ville, si parmi nous il était permis de faire le mal pour le mal ? et quand nous voudrions agir en ennemis déclarés, manquerions-nous de troupes et d’armées ? Les Maures, ou les Marcomans, et les Parthes mêmes qui sont renfermés dans leurs limites, se trouveront-ils en plus grand nombre que nous, qui remplissons toute la terre ? Il n’y a que peu de temps que nous paraissons dans le monde ; et déjà nous remplissons vos villes, vos îles, vos châteaux, vos assemblées, vos camps, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le barreau, la place publique. Nous ne vous laissons que les temples seuls. À quelle guerre ne serions-nous pas disposés, quand nous serions en nombre inégal au vôtre, nous qui endurons si résolument la mort, n’était que notre doctrine nous prescrit plutôt d’être tués que de tuer ? Nous pourrions même, sans prendre les armes et sans rébellion, vous punir en vous abandonnant : votre solitude et le silence du monde vous ferait horreur : les villes vous paraîtraient mortes ; et vous seriez réduits, au milieu de votre empire, à chercher à qui commander. Il vous demeurerait plus d’ennemis que de citoyens ; car vous avez maintenant moins d’ennemis, à cause de la multitude prodigieuse des chrétiens.
Vous perdrez, dit-il encore [165], en nous perdant. Vous avez par notre moyen un nombre infini de gens, je ne dis pas qui prient pour vous, car vous ne le croyez pas, mais dont vous n’avez rien à craindre.

Il se glorifie avec raison que parmi tant d’attentats contre la personne sacrée des empereurs, il ne s’est jamais trouvé un seul chrétien, malgré l’inhumanité dont on usait sur eux tous.

Et en vérité, dit-il [166], nous n’avons garde de rien entreprendre contre eux. Ceux dont Dieu a réglé les mœurs ne doivent pas seulement épargner les empereurs, mais encore tous les hommes. Nous sommes pour les empereurs tels que nous sommes pour nos voisins. Car il nous est également défendu de dire, ou de faire, ou de vouloir du mal à personne. Ce qui n’est point permis contre l’empereur n’est permis contre personne ; ce qui n’est permis contre personne l’est encore moins sans doute contre celui que Dieu a fait si grand.

Voilà quels étaient les chrétiens si indignement traités.

Conclusion

Pour conclure tout ce livre, et le réduire en abrégé.
La société humaine peut être considérée en deux manières :
Ou en tant qu’elle embrasse tout le genre humain, comme une grande famille ; ou en tant qu’elle se réduit en nations, ou en peuples composés de plusieurs familles particulières, qui ont chacune leurs droits.
La société, considérée de ce dernier sens, s’appelle société civile.
On la peut définir, selon les choses qui ont été dites, société d’hommes unis ensemble sous le même gouvernement et sous les mêmes lois.

Par ce gouvernement et ces lois, le repos et la vie de tous les hommes est mise, autant qu’il se peut, en sûreté.
Quiconque donc n’aime pas la société civile dont il fait partie, c’est-à-dire, l’État où il est né, est ennemi de lui-même et de tout le genre humain.

[1Deut. VI, 4, 5.

[2Marc. XII, 29, 30, 31.

[3Matth. XIII, 40.

[4I. Cor. VIII, 4, 5, 6.

[5Gen. I, 26, 27.

[6Gen. IX, 5, 6.

[7Matth. XXIII, 8, 9.

[8Is. LXIII, 16.

[9Gen. I, 25, 26.

[10Act. XVII, 26.

[11Gen. II, 22, 23.

[12Deut. XVII, 15, 20.

[13Gen. VI.

[14Ibid. IX, 5.

[15Luc. X, 31, 32, etc.

[16Luc. X, 56, 37.

[17Eccl. XVII, 12.

[18Ibid. 13.

[19Gen. IV, 9.

[20Mal. XI, 10.

[21Prov. XVIII, 19.

[22Eccl. IV, 9, 10, 11, 12.

[23Rom. XII, 4, 5, 6.

[24I. Cor. XII, 14.

[25Eccl. XLII, 24, 25.

[26Gen. IV, 8.

[27Ibid. VI, 2.

[28Ibid. 4.

[29Ibid. 5, 6, 8.

[30Is. XLVII, 8.

[31Gen. IV, 9.

[32Eccl. XII, 16.

[33Ibid. V, 9.

[34Is. V, 8.

[35Gen. IV, 4, 5.

[36Ibid. 8.

[37Ibid. XXXVII, 16, 17, etc.

[38Ibid. 4.

[39Ibid. 20, 26 ,27 ,28.

[40Mich. VII, 5, 6.

[41Ibid. 2.

[42Osée. IV, 2.

[43Aug. de Civit. Dei, lib. XII, cap. XXVII, t. VII, col. 325.

[44Gen. X.

[45Ibid. 5.

[46Ibid. XI, 9.

[47Ibid. 8.

[48I. Cor. XIV, II.

[49Aug. de Civit. Dei, lib. XIX, cap, VII, t. VII, col. 551.

[50Gen. X, 5.

[51Gen. XII, 2, 7.

[52Exod. III, 8, et alibi.

[53Num. XIV, 36, 37.

[54Ibid. XIV, 30, 31, 32.

[55Ruth. I, 16, 17.

[56Gen. L, 23, 24.

[57Thucyd. lib. I.

[58II. Esdr. II, I, 2, 3, 6.

[59Ibid. 17.

[60Ps. CXXXVI.

[61Ibid. CI, 14,15.

[62Gen. XIII, 6,7,9.

[63Eccl. V, 7, 8.

[64Jud. XVII, 6.

[65Deut. XII, 8, 9.

[66I. Reg. XI, 7, et alibi.

[67I. Esdr. II, 64.

[68Num. XXVII, 16,17.

[69Gen. I, 28 ; IX, 7.

[70Ibid. I, 29.

[71Ibid. XXIII, 4.

[72Deut. XXXI, 3, 7.

[73Jos. XIII, XIV, etc.

[74Num. XXXII, 6, 14, 17, 18.

[75Jos. I, 16, 18.

[76Ps. XI, 5.

[77Prov. XIV, 28.

[78Prov. XVI, 12.

[79Is. XXXII, 2,17, 18.

[80Deut. X, 18 ; Ps. lxxxi, 3, et alibi.

[81I. Tim. II, 1,2.

[82Num. XXVII, 16, 17.

[83Num. XXVII, 22, 23.

[84Jos. I, 47.

[85Ibid. 9, 10, 11, 13, 15, 16.

[86II. Reg. II,7.

[87Rom. XI, 14, 15.

[88Exod. XX, 2, 3, 4, 5, 6, etc.

[89Ibid. 3 et seq.

[90Eccl. XII, 13.

[91Matth. VII, 12 ; Luc. VI, 13.

[92Ps. XVIII, 8.

[93Ibid. 9.

[94Ibid. 10.

[95Ps. XVIII, 11.

[96Jer. L, 15.

[97Deut. XXIX, 2, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15.

[98Ibid. V, 5.

[99Ibid. XXVII, 14, 26 ; Jos. VIII, 30, etc.

[100Psal. LXXXI,5.

[101Deut. XXVII, 8.

[102Jos. VIII, 32.

[103Esth. I, 13, 19.

[104Is. XIX, 14.

[105Ibid. XXIV, 5.

[106Eccli L, 27, 28.

[107Deut. XV, 7, 8, 9, 10.

[108Ibid. XXIV, 6, 10, 11, 12, 13.

[109Ibid. XXII, 1, 2, 3.

[110Deut. XXIII,24, 25.

[111Ibid. XXIV, 19,20.21.

[112Ibid.

[113Ibid. XXIV, 17, 22.

[114Ibid. XXII, 6,7.

[115Ibid. XIV, 21.

[116Deut. XXV, 4.

[117I. Cor. IX, 9.

[118Deut. XIX, 14.

[119Ibid. XXVII, 17.

[120Ibid. VII, 2, 3, 4.

[121Ibid. XXIII, 7.

[122II. Reg. X, 3, 4 ; XII, 30, 31.

[123Rom. I, 31.

[124S. Aug. de Docl. christ, lib. I, cap. XXVIII, t. III, col. 14.

[125Num. XVI, 28, etc.

[126Num. XVI, 26.

[127Jud. VIII, 5, 15, 16, 17.

[128I. Reg. XI, 7, 8, 9.

[129Jud. VIII, 1,2,3.

[130Ibid. XII, 1.

[131Ibid. 2, 3.

[132II. Reg. XI, 10, 11.

[133I. Mach. II, 7, 8, etc.

[134Ibid. 14.

[135Lam. Jer.

[136Jer. XLV, 1, 2, 4, 5.

[137I. Mach. II, 49, 50, etc.

[138Ibid. III, 58, 59.

[139Ibid. IX, 10.

[140Luc. II, 51.

[141Matth. xv, 24.

[142Act. x, 38.

[143Luc. VII, 3, 4, 5, 6, 10.

[144Luc. XIX, 41, 42.

[145Ibid. XXIII, 27, 28, 29.

[146Matth. XXIII, 37, 38.

[147Ibid. XVII, 24, 25, 26.

[148Luc. XIII, 14. Joan. V, 9, 12 ; IX, 14, 15.

[149Matth. xxii, 21.

[150Luc. XII, 13, 14.

[151Ibid. XXIII, 50, 51. Joan. XVIII, 11.

[152Matth. XXVI, 63, 61. Luc. XXII, 70.

[153Joan. XVIII, 30, 37.

[154Petr. II, 23.

[155Joan. XI, 50, 51, 52.

[156Matth. X, 16.

[157Rom. IX, 1,2,3.

[158Act. XXIV, 17. Rom. XV, 25, 20.

[159Act. XXIV, 12,18.

[160Ibid. XXVIII, 19.

[161Ibid. XXIV, 10, etc.

[162Tertull. Apol. n° 42.

[163Act. XIX, 37.

[164Tert. Apol. n° 37.

[165Tert. Apol. n°43.

[166Ibid. n°36.


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