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Du silence des démocraties sur les camps de concentration soviétiques

« goulag, une histoire » de Anne Applebaum
lundi 26 janvier 2009 par Valancony Enregistrer au format PDF

Pourquoi le silence des démocrates ― d’ordinaire si soucieux de leurs Droits de l’Homme ― pèse-t-il encore sur l’univers concentrationnaire communiste ? Pourquoi toute la presse “bien pensante” fait-elle les yeux doux à un Besancenot, disciple de Trotsky, l’artisan de l’épouvantable système de répression soviétique ? Ne serait-ce point en raison d’une filiation commune à la Révolution française, à sa haine de l’autorité, à sa croyance aux artificielles Liberté et Égalité des Lumières ? En effet les libéraux, en insistant plus sur la liberté favorisent, de fait, l’oppression des faibles par les forts. De quoi les complexer vis-à-vis de leurs « cousins » communistes qui, eux, imposent une certaine égalité, mais au prix de terrifiantes contraintes sociales.

Pourquoi l’Occident tait-il l’horreur des pays communistes ?

Comme certains de mes contemporains, au demeurant assez rares, je me suis longtemps demandé pourquoi l’opinion publique occidentale, si soucieuse habituellement, et à bon droit, de fustiger les auteurs de génocides et de massacres divers, s’était désintéressée des crimes de l’univers concentrationnaire soviétique. L’évocation du Goulag [1] ne faisait pas recettes !

Et voilà que j’ai enfin trouvé d’assez convaincants éléments de réponse dans l’important travail d’une historienne américaine, Madame Anne Applebaum [2].

Dès l’introduction de son livre : Goulag, une histoire [3], elle pose la question qui dérange, écrivant en substance : « Comment pouvait-il se faire que de semblables agissements, si contraires à toute dignité humaine, aient pu être perpétrés sans soulever une quelconque réprobation des gardiens de la “conscience universelle” ? »

L’idéologie fait nier le monde réel au profit du monde imaginé

Le poids de l’idéologie constitue une première explication de ce refus de la triste réalité. Lorsqu’un homme de gauche s’est laissé persuader, décennies après décennies, que le collectivisme allait enfin instaurer définitivement le paradis sur terre, il s’avère difficile de l’amener à réviser son jugement. Contre toute évidence, le militant s’en tient à ses rêves et, pressé par les faits, il admet seulement que « l’Union soviétique a simplement mal tourné, mais [qu’]elle n’était pas foncièrement mauvaise... »

Et pourtant, nous qui avons appris comment avait dérivé la Révolution française, nous n’ignorons pas que certains systèmes politiques portent en eux la malédiction du Ciel et ne peuvent que déboucher sur une terreur institutionnelle.

On n’échappe pas à la logique totalitaire. Ainsi, au génocide vendéen, vont répondre, au fil des temps, d’autres exterminations, d’autres atteintes idéologiques à la vocation de l’homme. Les exemples sont multiples, même si l’opinion publique, habilement conditionnée, se souvient des uns mais oublie les autres.

Dès les années 1930, une large fraction de ladite gauche occidentale s’est efforcée d’expliquer, voire parfois d’excuser, l’existence des camps de travail forcé [4] et « la terreur qui les a créés ». L’historienne cite cette réplique du dramaturge communiste Bertolt Brecht s’appliquant aux réprouvés : « Plus ils sont innocents, plus ils méritent la mort ». Là encore, on semble être revenu à l’époque du Comité de Salut Public et de la Convention. Il y a, dans cette sentence sans appel, une évidente filiation qui doit nous faire réfléchir.

Les idéologies sont toutes parentes

Ceux qui affirmaient hautement ne pas partager les idées du marxisme-léninisme se retrouvèrent presque aussi muets. En effet, malgré tout, ils étaient eux aussi héritiers idéologiques de principes révolutionnaires, américains ou français. La parenté ne pouvait être totalement ignorée. Les descendants des Lumières, malgré leur évidente modération et leur libéralisme, ne pouvaient cacher la sympathie qu’ils portaient à certaines idées venues de l’Est.

L’utopie, chez eux aussi, aveuglait leur jugement. Ceci d’autant mieux que la prise en main de l’opinion [5] par les communistes faisait taire partout les éventuels opposants. Déjà, le “politiquement correct” étendait son empire, même si l’expression n’avait pas encore vu le jour.

Il faut souligner que dès les débuts de la Guerre Froide, Moscou pesa très lourdement sur le destin de l’Europe. Le communisme avait su imposer à l’est du continent sa dictature par l’intermédiaire d’États satellites baptisés pour l’occasion “démocraties populaires”. À l’ouest, beaucoup de responsables gouvernementaux doutaient de l’utilité de toute résistance. Les Rouges étaient présents à tous les niveaux de décision et prêts à user de violence pour s’emparer du pouvoir si le Kremlin en donnait l’ordre.

Des réactions maladroites, voire malheureuses

Madame Applebaum affirme aussi que la critique des agissements staliniens, bien que fondée, s’est trouvée fortement affaiblie par le maccartisme qui, selon elle, a agi très maladroitement dans sa lutte contre la subversion marxiste. Cela se peut et la méthode a été désavouée par le Sénat des États-Unis en 1954. Cependant s’il est aisé aujourd’hui de soutenir pareil point de vue, le discernement s’avérait moins facile alors, lorsque le danger paraissait imminent. L’affrontement, nucléaire ou conventionnel, pouvait éclater à tout moment !

Les liens dans le combat contre un même ennemi

On ne peut enfin faire l’impasse sur les bouleversements qui depuis plusieurs générations façonnaient le nouveau visage de l’Europe et du monde. La guerre de 14-18 avait, indirectement, provoqué l’émergence du communisme sur les terres de la vieille Russie et celle de 39-45 placé l’Union Soviétique dans le camp des “pays libres”. Curieux retournement de l’Histoire. Cette alliance contre nature avec un État subversif, ayant apposé sa signature au bas du Pacte Germano-soviétique, brouillait les cartes.

De plus, il n’était pas aisé d’ignorer les liens forgés dans les combats contre l’ennemi commun et les épreuves traversées.

Revenons au réel, chassons les idéologies

Demain, l’histoire deviendra-t-elle plus honnête, plus lucide, sinon plus objective ? Rien n’est moins sûr compte tenu de la pression des idéologies et de l’emprise des utopies dans les affaires du monde. Il faudrait pourtant, à tout prix, revenir au réel, seul fondement sérieux de toute compréhension et de toute action.

[1Le terme Goulag veut dire : « Direction générale des camps ». Il désigne les camps de travail forcé créés sous des vocables divers, dès la prise du pouvoir par les bolcheviks. « ... 18 millions d’individus en furent les victimes ; 4,5 millions n’en revinrent jamais. »

[2Mme Anne Applebaum, diplômée de Yale et Oxford est actuellement éditorialiste au Washington Post

[3livre, édité chez B. Grasset

[4Les Goulags jouaient un rôle non négligeable dans l’économie soviétique.

[5Il suffit de voir comment le régime marxiste fit tout ce qui était en son pouvoir pour discréditer ceux qui témoignaient de l’inhumanité des camps.


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