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Vive le Roy
Unir les peuples de France dans l’amour du Roi

Crimes révolutionnaires commis dans le département de l’Ain, par Louis-Marie PRUDHOMME (1797)

La Révolution, ou le gouvernement par la terreur
samedi 3 janvier 2015 par Mauny Enregistrer au format PDF

À l’aube des années 80, l’historien et ancien communiste François Furet lançait un pavé dans la mare des bien-pensants : « Aujourd’hui, le Goulag conduit à repenser la Terreur, en vertu d’une identité dans le projet. Les deux révolutions restent liées ; mais il y a un demi-siècle, elles étaient systématiquement absoutes dans l’excuse tirée des « circonstances », c’est-à-dire de phénomènes extérieurs et étrangers à leur nature. Aujourd’hui, elles sont accusées au contraire d’être consubstantiellement des systèmes de contrainte méticuleuse sur les corps et sur les esprits* ». En effet, la Révolution française a été la première à expérimenter ce gouvernement par la terreur qui a inspiré ensuite les révolutions socialistes, nationalistes, nazie et maintenant islamistes. Pourtant, devant l’ampleur des crimes et atrocités commises, il se trouve toujours de braves gens pour dire : « notre révolution a été trahie, ce n’est pas là son vrai visage ». Telle est l’opinion du citoyen Prudhomme dont il est ici retranscrit le compte-rendu sur les horreurs commises à Bourg-en Bresse par la Première République française en 1793.

* Voir François Furet, Penser la Révolution française, Foliohistoire, Paris, 1978, p. 28-29.

Introduction de Vive le Roy

Louis-Marie Prudhomme, Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française à dater du 24 aout 1787 ; Tome VI, Paris, 1797, Convention nationale, p. 94-105.

Titre original du chapitre : Précis historique des crimes commis dans le département de l’Ain, particulièrement à Bourg, sous le proconsulat de Javogues, Amar, Merlinot, Albitte, Meaulle et Gouly.

Déjà paru sur viveleroy.fr :

AVERTISSEMENT : Les titres ont été ajoutés par la rédaction de VLR pour faciliter la lecture en ligne.

Amar et Merlinot, agents de la République, investissent Bourg-en-Bresse

La délation comme instrument de pouvoir

Les habitants de Bourg furent comprimés par une succession continuelle de Proconsuls. Agents dociles du triumvirat dont ils tiennent leur fatal pouvoir, on croit voir en eux les disciples aveugles et dévoués du vieux de la Montagne, prince des assassins. Les conventionnels Amar et Merlinot furent envoyés en mission dans le département de l’Ain en 1793, où ils arrivèrent le 18 mars. On y jouissait alors de cette paix profonde que les autres Communes de la République n’auraient jamais vu bannir de leur sein, si le génie du mal n’eût secoué de toutes parts ses funestes brandons.

Amar et Merlinot, dès leur arrivée, rallièrent autour d’eux ces hommes que la société avait droit de suspecter. Les Desisles, les Couvers et les Rollet, gens les plus malfamés, sont les instruments de leur puissance. C’est devant eux et leurs semblables que le prédicant Amar surtout, exhale ses sentiments. C’est à eux qu’il donne le signal du meurtre et du brigandage.

Dénoncez, disait-il à la fin de chaque discours ; dénoncez. Quoi ! point de dénonciation ! Le père doit dénoncer son fils, et le fils son père. Il n’y a point de vrai patriotisme sans dénonciation.

En conséquence de ces principes politiques, la calomnie entraîna bientôt quatre ou cinq cents de ses victimes dans les prisons de la ville. Aux plaintes, aux réclamations, Amar répond par ces paroles :

Tout ce qu’un détenu peut dire pour sa justification, et rien, c’est la même chose.

La justice n’est pas la priorité

Citons-un trait sur cent. La maison de la citoyenne Bouvent, située à St. Rambert, fut investie, la nuit du 26 au 27 mars ; on s’empare de cette femme, âgée de soixante ans et couverte d’infirmités. Ses domestiques partagent ses fers ; les perquisitions les plus sévères sont faites dans sa maison, et rien ne décèle la moindre trace de sa correspondance avec d’Artois. Le dénonciateur de cette prétendue correspondance, homme inconnu, déclare cependant qu’il a appris par oui dire ce complot. D’après une telle déposition, les Administrateurs s’empressent de solliciter, auprès des Commissaires, au moins l’élargissement provisoire de la détenue ; ils firent en même temps valoir son grand âge et ses infirmités. Tout cela en vain. L’interrogatoire quelle subit, fit triompher son innocence, elle se crut alors en droit demander sa liberté sous un cautionnement ; elle pria en même temps qu’on lui délivra l’extrait de la dénonciation dirigée contre elle. De si justes demandes furent sans effet, elle continua de garder prison, et la dénonciation resta dans le portefeuille des Commissaires, qui préférèrent sacrifier l’innocence, plutôt que de compromettre le dénonciateur.

Les exactions des deux Proconsuls à Trévoux

Les députés bourreaux

Parmi les Communes de ce département, que la présence des Proconsuls plongeait dans le deuil, Trévoux fut une de celles qui eut le plus à se plaindre de leurs actes arbitraires. Cependant Merlinot était député du département de l’Ain, et Merlinot avait son domicile à Trévoux. Ses habitants étaient bien éloignés de s’imaginer qu’ils se choisissaient un bourreau en le nommant leur mandataire.

Arrestations arbitraires

Despote, également cruel et perfide, il fait enlever, au milieu d’un repas, qu’on donnait à ses Commissaires, le citoyen Chainague qui contribuait aux frais de ce banquet. Son épouse s’arme, aux pieds des Représentants, de tous les moyens que la tendresse lui suggère pour les intéresser en faveur de son mari ; ils la font arrêter et conduire dans les prisons destinées aux criminels. Cette double détention enlève à une famille nombreuse ses deux soutiens ; ils gémissent plusieurs mois dans les cachots, sans qu’aucune interrogation ni procès-verbaux constatent le motif de leur captivité.

Prise de contrôle d’un conseil municipal

Après s’être entouré des hommes perdus de mœurs dont ils rehaussent le courage par leur exemple et par leurs exhortations, Amar et Merlinot parviennent à dominer l’assemblée de cette Commune. Il n’est permis à qui que ce soit d’élever la voix en faveur des prévenus. Un frère ne peut y prendre la défense de son frère : la parole lui est impérieusement interdite, et la guillotine sera son partage dans le délai de vingt-quatre heures, s’il ose enfreindre la loi qu’on lui impose. C’est au milieu de cette assemblée ainsi composée, que les deux Proconsuls attaquent les certificats de civisme ; ceux accordés par le Conseil général de la Commune, sont révoqués ; que d’abus et de vexations n’entraîna pas la nouvelle épuration ; nouveau poignard dans la main des scélérats !

Quand « réclamation » signifie « sédition »

Les citoyens Chicod, Goyffon, Morel et Valentin, indignés de la conduite des Proconsuls, viennent à la barre de la Convention, le 19 mai, implorer sa justice en faveur de leurs malheureux concitoyens. À leur retour, la prison les punit de ce qu’Amar et Merlinot appelaient leur audace.

Quand sonner une clochette devient un acte de fanatique contre-révolutionnaire

Un Agent national, du nom de Rollet, dit Marat, arrivait à Cerizat, Commune de l’Ain ; un Cultivateur sonne une petite cloche pour assembler la Municipalité et le recevoir. Ce Rollet traita cette action de contre-révolution, de réveil du fanatisme ; le Cultivateur fut traîné sur la terre pendant une demi-lieue à la queue du cheval de Rollet.

Compétition entre différents « représentants du peuple »

Cependant les pouvoirs de ces deux Commissaires étaient révoqués dès le 3o avril. Le 25 du même mois, un arrêté du Comité de Sûreté générale, avait autorisé les Autorités constituées à prononcer sur le sort des détenus. Mais ces deux Proconsuls ne voient qu’avec peine la puissance échapper de leurs mains. Les différentes Autorités avaient déjà procédé à la relaxation de plusieurs détenus, et le tribunal en avait acquitté d’autres.

Le 16 mai, Amar et Merlinot firent passer aux Administrateurs du Directoire, un arrêté par lequel ils ordonnent que

les détenus, dans le département de l’Ain, par mesure de sûreté, resteront dans cet état jusqu’à ce que la Convention nationale en ait autrement ordonné ; que toutes personnes dénoncées par six citoyens pour fait d’incivisme, seront inscrites sur la liste des notoirement suspectés et regardés comme complices des révoltés de la Vendée.

Ils finissent par inviter le département à se conformer au présent arrêté, et ils se plaignent de ce que le Procureur-général Syndic s’est permis de donner l’ordre verbal à plusieurs Municipalités de mettre les détenus en liberté. Ils le menacent de prendre des mesures capables d’arrêter ces abus, s’ils parviennent à acquérir la preuve de ce fait.
Le Conseil général du département de l’Ain rendit à cet arrêté toute la justice qui lui était dû. Après l’avoir regardé comme non-avenu, il passa à l’ordre du jour.

Les crimes du proconsul Javogues

Le tribunal révolutionnaire de Feurs

Javogues, déjà fameux par ses cruautés et ses brigandages à Lyon, se mit en marche à la tête d’une armée révolutionnaire pour se rendre dans ce département. Sans mission, il se propose néanmoins d’y exercer une autorité sans bornes, et il la prélude à Feurs, où il institue un tribunal révolutionnaire. Des hommes d’une ignorance crasse et adonné à la plus crapuleuse ivrognerie sont les juges qu’il se choisît pour les composer.

Mon ami, disait-il à l’un d’eux, il faut que les sans-culottes profitent du moment pour faire leurs affaires, n’importe par quels moyens ; ainsi fais guillotiner tous les riches, ou tu le seras.

Persécution, meurtres et pillage du peuple, au nom du peuple

Avec des moyens si propres à en imposer à l’ignorance et à la cupidité, Javogues organisa promptement la mort et le pillage ; dépouiller les citoyens aisés, en faire conduire tous les jours un grand nombre à l’échafaud, à l’aide de la perfidie la plus atrocement combinée ; tel est le tableau que nous offre sa conduite dans les villes qu’il a parcourues.

Les laboureurs étaient arrachés à leurs travaux et chargés de fers, sous le prétexte de refus de payer l’emprunt forcé. Les épouses de ces malheureux venaient solliciter auprès de Javogues la liberté de leurs maris.

Ils sortiront, disait-il, quand ils auront payés. Sont-ils dans l’impuissance de satisfaire à cette taxe, ils ne sortiront pas.

Ces femmes, certaines que l’or seul pouvait briser les chaînes de leurs époux, faisaient les plus grands sacrifices pour compléter la somme exigée. Javogues promettait alors leur liberté pour le lendemain, jour où il les faisait traduire au tribunal révolutionnaire. Quelle surprise de la part de ces infortunées, en voyant leurs époux prendre le chemin de l’échafaud ! En vain elles vont de nouveau invoquer la justice de Javogues, et la parole qu’il leur à donnée.

Dans une heure, dit-il, ils seront guillotinés ; et si vous raisonnez, vous les suivrez : vous êtes encore bien heureuses que je ne vous fasse pas arrêter.

L’une d’elles, à ce terrible arrêt, perdit connaissance. Javogues se mit à rire,

Ces bougresses-là, dit-il font les béguelles ; f….. je vais faire apporter une guillotine, cela les fera revenir.

Le tribunal révolutionnaire de Bourg-en-Bresse

Après une foule de traits également arbitraires et barbares, il se transporta à Bourg, et y installa une Commission populaire pour procéder au jugement des détenus. L’activité de ce tribunal fut néanmoins suspendue un moment par la présence du représentant Gouly.

Mais l’entrée de Javogues, dans cette ville, fut semblable à celle d’un vainqueur irrité. Il ordonna aux soldats de la traiter comme si elle eût été prise d’assaut. Aussitôt les maisons sont investies. Des brigands armés les entourent, et tout devient l’objet de leurs rapines. Javogues, digne chef de ces pirates, reçut sa portion du butin, consistant en une grosse masse d’argenterie et de numéraire. Son état d’ivresse continuelle, pendant son séjour à Bourg, le fit regarder comme le plus méprisable et le plus crapuleux des hommes ; et s’il jouit de quelques instants lucides, ce fut pour déployer, au milieu de la société populaire, sa farouche éloquence.

Les propriétés, y disait-il un jour, sont une usurpation faite sur les sans-culottes, et la République ne pourra s’affermir que sur le cadavre du dernier des honnêtes gens.

Au temps du proconsul Albitte

L’arbitraire comme méthode de gouvernement

Albitte, également couvert du sang et des dépouilles des Lyonnais, suivit de près Javogues. Il se distingua à son entrée dans cette ville, par un faste vraiment asiatique. Le luxe et la mollesse, qui semblaient ses passions dominantes, ne laissaient pas soupçonner que son cœur pût être susceptible de cruauté.

Son Conseil, composé de plusieurs Membres de la Commission révolutionnaire de Lyon, auxquels il joignit son valet d’écurie, condamné depuis à vingt ans de fer, fut chargé d’interroger et juger les détenus. Seize d’entre eux, d’après ses recommandations particulières, furent envoyés à Lyon, où ils périrent douze heures après leur arrivée, sans avoir été interrogés.

Le représentant Gouly, dont nous avons déjà parlé, était parvenu à faire mettre en liberté les citoyens incarcérés par l’ordre de Javogues. Albitte, sans daigner s’informer des causes qui avaient occasionné leur détention sous le proconsulat de Javogues, avait ordonné qu’ils seraient réintégrés dans les prisons. C’est sur eux que les Jacobins, dont il est entouré, exercent leur odieux ministère.

Destruction à l’ordre du jour

La destruction, mise à l’ordre du jour dans ces tristes contrées, les couvre de sépulcres et de ruines. Les couvertures des portails, les colombiers, les cabinets des jardins, les petites tours ou coupoles qui éclairaient l’intérieur des maisons, les tours servant de cages aux escaliers, et les clochers sont jetés à bas, comme autant de châteaux forts. Les habitants des campagnes sont à cet effet mis en réquisition. Il ne respecte pas leur travaux précieux au moment de la récolte. La terreur qu’il inspire à ces malheureux cultivateurs, est telle, que six d’entre eux, en pressant les démolitions, sont écrasés. Cet accident arriva presque sous ses yeux sans l’émouvoir.

Promotion de la canaille

Les Administrateurs probes et éclairés furent destitués et remplacés par ses crapuleux et ignares satellites. Il n’admettait à sa société que les assassins et les femmes prostituées. Brigand dans tous les genres, il met en réquisition, pour son usage, le vin des particuliers ; et pour rétablir sa santé affaiblie par les débauches, il accapare le lait qu’on porte au marché, qu’il emploie pour prendre des bains, et qu’il fait vendre ensuite.

Offrant une protection ouverte au crime, il accueil le nommé Roux, officier municipal de Lyon, que ses meurtres obligeaient de fuir cette ville, et le nomme inspecteur des chevaux mis en réquisition à Bourg. Le voiturier qui conduisait ce voleur avec intention de le livrer à la justice, fut incarcéré et mis au secret, où il gémit pendant longtemps.

Albitte ose se vanter que, pendant son séjour à Lyon, il s’était débarrassé de quatre à cinq cents femmes, invoquant par leurs cris et leurs larmes son humanité en faveur de leurs pères, de leurs époux et de leurs enfants, en faisant attacher deux des plus jolies pendant deux heures à un poteau ; et il ajoutait avec un rire barbare : « après avoir été détachées, elles n’en dînèrent pas moins de bon appétit ».

Le sanglant proconsulat de Meaulle

Meaulle, qui vient après Albitte, ne laisse pas plus respirer les habitants de cette Commune. Les mêmes intrigants l’entourent, les journées se passent en orgies sur les prés et à la pêche aux anguilles ; et les nuits se prolongent dans ces orgies. Au bout de quelques décades, on vit paraître un arrêté, par lequel il était défendu aux femmes, parents et enfants des détenus, de solliciter sa justice.

Pendant son séjour à Bourg, entouré de femmes sans pudeur, il y donne l’exemple de la plus crapuleuse débauche. Partout il porte les citoyens au désespoir par des vexations inouïes ; et le terme de sa mission approchant, pour consommer la perte de cette Commune, qu’il préméditait, il ose en imposer à la France, en la peignant en état de rébellion. En même temps il fait venir trois cents hommes de la garde nationale du district de Gex, pour égorger les détenus et autres citoyens de cette Commune.

Qu’en est-il du « devoir de mémoire » ?

Tels furent les excès auxquels se livrèrent les proconsuls Javogues, Amar, Merlinot, Albitte et Meaulle. Leur mémoire est à jamais exécrée dans le département de l’Ain ; les citoyens craignent de prononcer leurs noms, pour ne pas renouveler le souvenir des maux dont leur mission a flétri la génération actuelle.


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