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L’autorité et l’âme patronale par Jean JAURES (1859-1914)

Psychologie du bon dirigeant
samedi 5 juillet 2008 par MabBlavet Enregistrer au format PDF

Vibrant hommage du socialiste Jean JAURES à l’autorité du bon dirigeant et en particulier à celle du bon patron ! Celui-ci se charge du fardeau des responsabilités dont les autres ne veulent pas, par amour de l’ordre et pour triompher de la fatalité. Mais si sa réussite génère du bien pour tout le monde, elle n’en suscite pas moins de l’envie.

Cette citation ne cautionne aucunement l’ensemble de l’œuvre de Jean JAURES qui reste profondément hostile et à la monarchie, et au christianisme.

Il n’y a de classe dirigeante que courageuse. À toute époque, les classes dirigeantes se sont constituées par le courage, par l’acceptation consciente du risque.
  • Dirige celui qui risque ce que les dirigés ne veulent pas risquer.
  • Est respecté celui qui, volontairement, accomplit pour les autres les actes difficiles ou dangereux.
  • Est un chef celui qui procure aux autres la sécurité en prenant pour soi les dangers.

Le courage, pour l’entrepreneur, c’est l’esprit de l’entreprise et le refus de recourir à l’État ; pour le technicien, c’est le refus de transiger avec la qualité ; pour le directeur du personnel ou le directeur d’usine, c’est la défense de la maison ; c’est dans la maison la défense de l’autorité et, avec elle, celle de la discipline et de l’ordre.

Dans la moyenne industrie, il y a beaucoup de patrons qui sont à eux-mêmes, au moins dans une large mesure, leur caissier, leur comptable, leur dessinateur, leur contremaître : et ils ont avec la fatigue du corps, le souci de l’esprit que les ouvriers n’ont que par intervalles. Ils vivent dans un monde de lutte où la solidarité est inconnue.

Jusqu’ici, dans aucun pays, les patrons n’ont pu se concerter pour se mettre à l’abri, au moins dans une large mesure, contre les faillites qui peuvent détruire en un jour la fortune et le crédit d’un industriel. Entre tous les producteurs, c’est la lutte sans merci : pour se disputer la clientèle, ils abaissent jusqu’à la dernière limite dans les années de crise le prix de vente des marchandises, ils descendent même au-dessous des prix de revient, ils sont obligés d’accorder des délais de paiement démesurés qui sont, selon leurs acheteurs, une marge ouverte à la faillite et, s’ils leur survient le moindre revers, le banquier aux aguets veut être payé dans les vingt-quatre heures.

Lorsque les ouvriers accusent les patrons d’être des jouisseurs qui veulent gagner beaucoup d’argent pour s’amuser, ils ne comprennent pas bien l’âme patronale.

Sans doute, il y a des patrons qui s’amusent, mais ce qu’ils veulent avant tout, quand ils sont vraiment des patrons, c’est gagner la bataille. Il y en a beaucoup qui, en grossissant leur fortune, ne se donneront pas une jouissance de plus ; en tout cas, ce n’est point surtout à cela qu’ils songent. Ils sont heureux, quand ils font un bel inventaire, de se dire que leur peine ardente n’est pas perdue, qu’il y a un résultat positif, palpable, que de tous les hasards il est sorti quelque chose, et que leur puissance d’action s’est accrue.

Non, en vérité, le patronat, tel que la société actuelle le fait n’est pas une condition enviable. Et ce n’est pas avec les sentiments de colère ou de convoitise que les hommes devraient se regarder les uns les autres, mais avec une sorte de pitié réciproque, qui serait peut-être le prélude de la justice !

Jean JAURES Dépêche de Toulouse, 28 mai 1890


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