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La monarchie absolue de droit divin, impostures et réalité

l’état royal face à ses détracteurs

lundi 9 mars 2009, par Betuy Enregistrer au format PDF

Les détracteurs de la monarchie absolue sont nombreux. Il y a bien sûr les Modernes pour lesquels pouvoir absolu signifie pouvoir “arbitraire”, “sans limites”. Plus curieusement, depuis le XIXe siècle, on rencontre aussi des royalistes contempteurs de l’État royal ; ceux-ci conçoivent la monarchie des XVIIe et XVIIIe siècles comme la dérive autocratique d’une monarchie tempérée incarnée idéalement par saint Louis. Qu’était donc réellement cette monarchie absolue de droit divin qui suscite tant de critiques ?

Les rois, comme rois, n’ont rien à eux que le droit, ou plutôt le devoir, de tout conserver à la société, dont ils sont les tuteurs et les chefs … (Louis XVI ) [1]

 La légende noire de la monarchie

Pour reprendre une formule récente [2], une “légende noire” court sur la royauté des XVIIe et XVIIIe siècles, et se résume dans l’arbitraire d’un pouvoir étouffant la liberté, qu’illustrent les trop fameuses lettres de cachet par lesquelles quiconque serait emprisonné sur simple décision du roi. (Jean BARBEY)  [3]

Cette vision fallacieuse de la monarchie prend naissance et se développe dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, à partir notamment de mises en parallèle entre le régime politique français, et la monarchie parlementaire à l’anglaise, ou tout du moins ce que les hommes comme Montesquieu croyaient en avoir compris [4]. Les “ philosophes ” ― ces intellectuels sans responsabilité et de ce fait entièrement adonnés à leurs “ passions générales dominantes ” comme disait Tocqueville ou en termes modernes : leurs passions idéologiques ― vont s’ingénier à répandre l’idée que les Français vivent sous un régime tyrannique, comparé à la bienheureuse liberté politique dont jouiraient les Anglais à la même époque.

Le paradoxe est qu’au moment où se met en place, avec un réel succès dans “ l’opinion éclairée ”, cette fantaisie, la France vit sous deux rois successifs, parmi les moins autoritaires de tous les Capétiens, et que, par ailleurs, pour la plupart des visiteurs étrangers, la France apparaît alors comme le pays européen le mieux policé ― c’est à dire gouverné ― et où chacun, quelle que soit sa condition, peut jouir de la plus grande liberté raisonnablement possible. Voltaire reprochera alors à l’autorité royale non pas d’être tyrannique, mais au contraire de ne pas être assez ferme.

Si la chose n’avait pas été aussi dramatique, rien n’apparaîtrait aussi grotesque que la foule délirante allant prendre la Bastille afin d’en libérer de malheureux prisonniers, pour trouver les cachots vides et cette si terrible forteresse gardée par quelques malheureux invalides de guerre que cette courageuse troupe d’émeutiers s’empressera de massacrer.

Les historiens du XIXe siècle, imbus de préjugés hérités de la Révolution et de plus convaincus de l’existence d’un sens progressiste de l’histoire, vont faire du terme “ absolutisme ” appliqué à l’ancienne monarchie comme une marque d’infamie, heureusement effacée par les “ lumières philosophiques ” et l’émergence de nouvelles valeurs et de nouveaux principes d’organisation politique.

Tout en restant fidèles à l’idée monarchique, certains courants royalistes de l’époque de la Restauration vont contribuer au discrédit qui frappe dès ce moment l’État royal à partir de Louis XIV. Plaçant leur idéal dans la monarchie telle qu’ils supposaient qu’elle avait fonctionné sous Saint Louis ou Henri IV, ils entendaient se placer sous l’emblème d’une “ monarchie tempérée ” dont la mesure et l’équilibre auraient été perdus de vue à partir du Roi-soleil.

Or le paradoxe majeur que ni les uns ni les autres n’ont perçu, c’est que la monarchie capétienne est restée jusqu’au bout mesurée et équilibrée ― ou tout au moins elle a constamment tenté de le faire ― et que c’est avec la Révolution puis l’Empire que s’est mis en place un État d’un genre nouveau, un État véritablement absolu et qui n’a jamais cessé d’étendre son emprise sur tous les aspects de la vie des individus et des groupes, comme on ne peut que le constater encore de nos jours.

Notes

[1] cit. dans G. Boissy : Paroles choisies des rois de France. Paris 1921

[2] F. Bluche : Louis XIV. Paris 1986 p. 11

[3] Jean Barbey : Être roi, Fayard 1992 p. 7

[4] Plusieurs historiens anglais, non radicaux, ont fait une critique sévère de la naïvetés des remarques de Montesquieu sur la monarchie de leur pays

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