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Révolution et religion entre persécution et instrumentalisation

De la fameuse « tolérance » des Lumières
vendredi 24 octobre 2014 par Philippe PICHOT-BRAVARD Enregistrer au format PDF

L’idée fixe de la Révolution consiste à transférer tout l’amour que le chrétien porte à Dieu à celui, exclusif, de l’État. Selon le ministre Vincent Peillon la « religion de la République* » doit remplacer cette Église tant combattue et jalousée. La nouvelle religion séculière vise à la soumission des peuples par un tout petit nombre qui cherche à conformer le reste de l’humanité à son modèle idéologique, processus bien décrit par le philosophe C. S. Lewis** dans L’abolition de l’homme. Pourtant, malgré ses persécutions, la Révolution ne parvient pas à imposer la nouvelle foi laïque. Par dépit, elle tente alors d’instrumentaliser l’Église pour asservir les fidèles au nom d’une obéissance à des évêques désormais quasi-désignés par la République. Ainsi comprend-on l’extrême réserve de cet épiscopat français qui devrait nous défendre, et ... qu’on entend très rarement.

* En effet, le ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon, écrit en 2010 :

À côté de la forme républicaine, il faut « la mentalité et la moralité républicaine ». La France a cette singularité qu’élevée dans la religion catholique, n’ayant pas su faire droit à la Réforme, elle n’a pas fait pénétrer dans ses mœurs une religion du libre examen, de l’égalité et de la liberté. Il faut donc à la fois déraciner l’empreinte catholique, qui ne s’accommode pas de la République, et trouver, en dehors des formes religieuses traditionnelles, une religion de substitution qui arrive à inscrire jusque dans les mœurs, les cœurs, la chair, les valeurs et l’esprit républicain sans lesquels les institutions républicaines sont des corps sans âme qui se préparent à tous les dévoiements. [...] Le républicain, c’est l’homme. En d’autres termes : la religion républicaine, la religion de l’homme, où chacun est digne, respectable, conscient de sa valeur, indéfiniment perfectible.[...] La religion républicaine est une religion des droits de l’homme, c’est-à-dire dire de l’Homme qui doit se faire Dieu, ensemble, avec les autres, ici bas, et non pas du Dieu qui se fait homme à travers un seul d’entre nous. [1]

** C. S. Lewis est plus connu pour son chef d’œuvre Les chroniques de Narnia.

Lumières et christianisme : entre haine et instrumentalisation

De la signification du mot « tolérance »

Il est fort bon de faire accroire à mes paysans qu’il y a un Dieu vengeur qui les punira s’ils me volent mon blé et mon vin [2].

Ces quelques mots adressés en 1769 par Voltaire à d’Argental illustrent l’attitude des hommes du XVIIIe siècle à l’égard de la Religion ; qu’il s’agisse des philosophes des Lumières ou des acteurs de la Révolution. Matérialiste, ou du moins matérialisant, le XVIIIe siècle éclairé oscille entre la négation de Dieu, luxe que l’on ne se permet en général qu’entre initiés, et l’adhésion déiste à un « grand architecte » lointain et fort utile à l’ordre social. Les Lumières et la Révolution, en effet, s’attaquent moins au fait religieux lui-même qu’à l’Église catholique à laquelle elles vouent une franche hostilité. Ainsi, dans le Contrat social, Rousseau écrit :

On doit tolérer toutes (les religions) qui tolèrent les autres, autant que leurs dogmes n’ont rien de contraire aux devoirs du citoyen. Mais quiconque ose dire : « Hors de l’Église point de salut », doit être chassé de l’État [3].

Tout en soumettant la religion aux lois de la cité, Rousseau nous offre ici une clef de compréhension de la fameuse « tolérance » des Lumières, arme dirigée contre l’Église catholique [4].

La religion n’est utile que pour maintenir l’ordre social

Or si les Lumières et la Révolution vouent une vive hostilité à l’Église, elles reconnaissent au « sentiment religieux » une utilité sociale, cherchant à le placer au service de l’État, ce, que Napoléon traduira par la formule :

La religion n’est pas le mystère de l’Incarnation, elle est le mystère de l’ordre social [5].

Ainsi, deux axes se dégagent de l’attitude de la Révolution à l’égard de la Religion :

  1. Une volonté de sécularisation débouchant sur une persécution anticatholique violente.
  2. Une instrumentalisation du sentiment religieux canalisé au service de l’État révolutionnaire.

De la sécularisation à la persécution

L’idéologie prétend procurer un bonheur matériel sur terre

La Révolution de 1789 a été la victoire politique de l’idéologie des Lumières, comme l’a montré Augustin Cochin.

Or l’idéologie des Lumières prétend par sa mise en œuvre donner naissance à une société parfaite qui garantira à tous le bonheur dès ici-bas. La construction de cette société parfaite exige de changer tout le réel, y compris l’homme, ce qui légitime l’intervention du politique dans tous les domaines, y compris le religieux.

Qui plus est, promesse de salut terrestre et de bonheur matériel, elle ne peut que s’opposer à la foi catholique qui promet dans l’au-delà le salut et un bonheur spirituel. L’opposition de l’idéologie des Lumières au catholicisme est radicale, complète.

L’idéologie affranchit l’homme de Dieu

Ainsi, à la conception chrétienne de l’homme et de la société, les Lumières opposent une conception nouvelle de l’homme et de la société, matérialiste et individualiste, rejetant ouvertement, comme l’a montré Xavier Martin, l’idée d’un homme créé par Dieu à son Image, idée à ce point insupportable à Voltaire que cet homme d’esprit lorsqu’il aborde la question en devient vulgaire [6].

En outre, le rationalisme moderne invite l’homme à trouver la vérité en lui et non en Dieu, en puisant dans l’expérimentation sensible. Il y a pour les Lumières autant de vérités qu’il y a d’individus. Il n’y a donc plus de vérité.

L’idéologie entraîne l’asservissement de tous aux utopies de quelques-uns sous couvert de « volonté générale »

Le matérialisme des Lumières en niant toute transcendance prépare la sécularisation de la société que symbolise le texte de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dont la rédaction fut suspendue le 27 août 1789. Un examen rapide de ce texte permet de constater :

  • D’une part l’absence du Dieu des chrétiens dans le texte de la déclaration, dont la rédaction est placée « sous les auspices » de l’Être Suprême des sociétés de pensée, divinité lointaine qui assiste en spectateur indifférent au spectacle de la comédie humaine
  • D’autre part, l’article 10 affirme de manière alambiquée une liberté de culte strictement encadrée par « l’ordre public établi par la loi » : le Religieux est soumis au Politique.
  • Enfin, le triomphe de la « loi positive », « expression de la volonté générale », expression d’une souveraineté qui réside « essentiellement dans la nation » renverse la source de la légitimité : celle-ci ne vient plus d’en haut mais d’en bas. Loi suprême, la « loi positive » n’est plus soumise au respect d’un ordre naturel. Rien ne peut faire obstacle à la volonté de la « Nation souveraine », beaucoup plus absolue que la volonté tempérée du Roi sous l’Ancien Régime.

Asservissement de l’Église par un État prônant matérialisme et individualisme

Ainsi, Dieu est-Il exilé hors de la cité alors que l’individu, diminué, atrophié par le matérialisme et l’individualisme, est placé dans le même temps au centre de la mécanique sociale. Cette sécularisation est confirmée par le refus manifesté à trois reprises par la Constituante de reconnaître le catholicisme comme religion de l’État,

  • le 28 août 1789,
  • le 13 février 1790 et
  • les 12 et 13 avril 1790.

Le 13 avril 1790, la violence des débats montre à quel point les révolutionnaires sont hostiles à cette reconnaissance : les partisans de l’Église sont victimes de manœuvres systématiques d’obstruction, et leurs chefs, Cazalès et le vicomte de Mirabeau (le fameux « Mirabeau Tonneau »), pris à partie par les militants révolutionnaires à la sortie de l’Assemblée [7].

Cette sécularisation est accentuée dès le 2 novembre 1789 par la nationalisation des biens du Clergé. Celle-ci vise ouvertement à détruire le Clergé en tant qu’ordre de la Cité, lui refuse en outre les moyens matériels d’assumer sa mission sociale d’éducation et d’assistance publique et prépare enfin la subordination du clergé de France à l’État que réalise bientôt la Constitution civile du Clergé.

Le 12 juillet 1790, la Constitution civile du Clergé redessine la carte diocésaine en fonction de la carte administrative nouvelle et transforme évêques et prêtres en fonctionnaires assermentés élus. Or, de la sécularisation, la France révolutionnaire glisse insensiblement vers la persécution anticatholique.

La persécution de l’Église catholique

Déjà la violence avec laquelle les partisans de l’Église ont été contrés au sein de la Constituante était lourde de menaces. Ces persécutions n’attendent ni la Terreur officielle ni la chute de la monarchie.

  • Elles commencent dès l’hiver 1790-1791 lors de la mise en œuvre de la Constitution civile du Clergé.
  • Les premières vexations, les premières arrestations datent des premières semaines de l’année 1791, comme en témoigne le cas de l’Abbé Noël Pinot au Louroux-Béconnais en Anjou.
  • Ces persécutions deviennent sanglantes à partir de l’été 1792, reprenant après une accalmie entre l’été 1794 et l’été 1797 après le coup d’État de Fructidor, persécution qui culmine peut-être avec l’arrestation et la déportation du Pape Pie VI au printemps 1799.

Pourtant, cette hostilité vise essentiellement la foi catholique ; l’idéologie révolutionnaire s’employant, tout en persécutant les catholiques, à instrumentaliser le sentiment religieux.

De l’instrumentalisation du religieux à la religion de la République

Première étape : nationalisation de la religion catholique

Tout en procédant à une sécularisation de la société, les hommes de la Révolution croient pouvoir se mêler des questions spirituelles et réformer l’Église. Les philosophes des Lumières dont ils sont les disciples les y encouragent.

Pour Mably, l’État doit soumettre à des règles la Religion et imposer un culte civil [8], ce que le baron d’Holbach, mécène de l’Encyclopédie, résume par la formule :

C’est le Souverain qui doit être le souverain pontife de son peuple [9].

Lorsqu’elle rédige la Constitution civile du Clergé, l’Assemblée constituante s’imagine volontiers être une sorte de concile nationale. Le 31 mai 1790, le député Camus déclare :

Nous sommes une convention nationale. Nous avons assurément le pouvoir de changer la religion, mais nous ne le ferons pas [10].

Et pourtant, ils le firent. Quelques mois plus tôt, l’Assemblée constituante avait interdit les vœux monastiques, tout en tolérant provisoirement l’existence des congrégations religieuses.

Adoptée le 12 juillet 1790, la Constitution civile du Clergé réorganise, d’une manière unilatérale, l’Église de France, séparant celle-ci de Rome.

Or le décret du 27 novembre 1790 imposant à tout prêtre d’adhérer formellement à la Constitution civile du Clergé par un serment sous peine d’être écarté de son ministère, montre qu’il ne s’agit pas seulement pour la Constituante de fixer les règles qui doivent encadre la pratique du culte mais d’instituer une véritable religion civile. Cette religion civile est celle du Contrat social, celle de la Patrie révolutionnaire érigée en divinité, Rousseau n’écrit-il pas :

La sainteté du Contrat social et des lois, voilà des dogmes positifs [11].

De la sainteté du contrat social, les révolutionnaires sont bien convaincus. Ainsi, dans le Vexin, le curé Assezat déposant ses lettres de prêtrise le 16 novembre 1793 déclare :

Je ne reconnais d’autres évangiles que les droits de l’homme et la Constitution, d’autre divinité que la République [12].

Au même moment, la politique de déchristianisation orchestrée par ces ultra révolutionnaires qui resteront dans l’Histoire sous le nom d’« Hébertistes » bat son plein, transformant cathédrales et églises en temples de la déesse Raison dédiés à la philosophie. C’est l’époque où le baron Clootz, qui se proclamait naguère « ambassadeur du genre humain » se veut désormais « ennemi personnel de Jésus Christ », ce qui ne lui porta pas bonheur, puisque Robespierre l’expédia à l’échafaud en mars 1794.

Seconde étape : la religion civile d’un « Être suprême »

Or pour être efficace cette religion de la République ne pouvait faire abstraction du sentiment religieux, de la question de l’immortalité de l’âme et de la rétribution des bonnes et des mauvaises actions. Ainsi Robespierre imposa face à l’athéisme la reconnaissance par la République du culte de l’Être Suprême et de l’immortalité de l’âme, stimulant les citoyens à se comporter vertueusement, c’est-à-dire à se sacrifier pour la République.

Après Thermidor, malgré l’affirmation que la République ne reconnaissait ni ne salariait aucun culte, la définition d’une religion civile continua d’être encouragée par le régime. Organisé par les lois du 3 avril et du 30 août 1798, le culte décadaire prévoit le rassemblement des citoyens chaque décadi, réunion civique au cours de laquelle sont lues les nouvelles lois et célébrés les mariages. Des fêtes républicaines se substituent aux fêtes chrétiennes que l’on cherche à effacer de la mémoire des personnes, au point de rendre obligatoire le travail dominical.

Dans le même temps, le culte théophilanthropique, parrainé par le directeur La Revellière-Lépeaux, plaide sans succès pour la « tolérance » et la « solidarité » avant de sombrer dans le ridicule. Les amateurs d’anagrammes se moqueront bientôt de la secte des filous en troupe.

Le concordat de 1801, ou l’instrumentalisation du clergé catholique par Bonaparte

L’échec persistant de telles tentations et la persistance du catholicisme conduisirent Napoléon Bonaparte après son arrivée au pouvoir en 1799 à rendre aux catholiques la liberté de pratiquer publiquement le culte.

Néanmoins, ce serait se méprendre gravement que de voir dans la politique d’apaisement du Premier Consul une rupture avec la Révolution. Loin de vouloir restaurer la foi catholique, Bonaparte entendait lui assigner le rôle que le Directoire avait confié au culte décadaire : prêcher aux populations une docilité irréprochable au pouvoir civil.

Le concordat de 1801 ne fit que poursuivre de manière plus pragmatique et plus intelligente l’entreprise d’instrumentalisation de la Religion menée par la Révolution.

[1Vincent Peillon, Une religion pour la République, la foi laïque de Ferdinand Buisson, Éditions du Seuil, Janvier 2010, p.34-35-36.

[2Voltaire à d’Argental, 20 avril 1769, Correspondance…, t. 34, Banbury, 1974, p. 413, D 15600.

[3Jean-Jacques Rousseau, Le Contrat Social, L. IV, Ch. VIII.

[4L’Église ne proclame-t-elle pas en effet sa fidélité à la parole de Jésus Christ :

Si vous ne croyez pas que Moi Je Suis (Je suis Dieu), vous mourrez dans vos péchés. (Jean, 8, 24).

Profession donc intolérable selon la définition des Lumières du mot « tolérance ».

[5Xavier Martin, Mythologie du Code Napoléon, DMM, Bouère, 2003, p.319.

[6Xavier Martin, L’homme des droits de l’homme et sa compagne, DDM, Bouère, 2001, p.81-89.

[7Jean de Viguerie, Christianisme et Révolution, Nouvelles Éditions latines, Paris, 1986.

[8Jean de Viguerie, Histoire et Dictionnaire du temps des Lumières, Laffont, Paris, 1995, p. 1143.

[9D’Holbach, Le christianisme dévoilé, cité par J. de Viguerie, Histoire et Dictionnaire du temps des Lumières, Laffont, Paris, 1995, p. 1036.

[10Jean de Viguerie, Christianisme et Révolution, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1986.

[11Jean-Jacques Rousseau, Le Contrat Social, L. IV Ch. VIII.

[12Christian Ménard, Paysans de l’Oise sous la révolution française, GEMOB, 1989, p. 74.


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