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Vive le Roy
Unir les peuples de France dans l’amour du Roi

Dante, Jean de La Fontaine et Emmanuel Macron : pour le roi

Une société heureuse a besoin de la plus petite personne
vendredi 13 novembre 2015 par Faoudel Enregistrer au format PDF

À l’école d’un Machiavel ou d’un Hobbes, la modernité proclame l’autonomie de l’homme à l’égard de toute loi dont il n’est pas à l’origine. N’est donc plus reconnue la transcendance de la loi naturelle — cette écologie du comportement humain qui limite le pouvoir et fonde l’autorité dans la préservation du bien commun. Aussi nos sociétés individualistes consacrent-elles le triomphe d’un socialisme bourgeois qui, sous son masque d’émancipateur du genre humain, donne en réalité libre cours à la volonté de puissance des riches et des rusés. Pour faire du monde un grand marché à la mesure de leurs appétits, ils s’attaquent non seulement aux protections naturelles des personnes (destruction de la famille, flexibilité de l’emploi, déracinement, précarisation), mais aux peuples mêmes (désintégration des communautés politiques, des cultures, abrogation des frontières, déplacements de populations programmés). Enfin, pour masquer cette réalité, ils lâchent des cohortes d’infâmes lobbies idéologiques, perfusés de subventions et relayés en boucle par des médias prostitués. Or, parmi tant d’autres, un Dante (1265-1321) ou un La Fontaine (1621-1695) le rappellent : seul un roi peut rendre le peuple heureux et se soucie de donner à chacun la place qui lui est due. Plus étonnant : le ministre Emmanuel Macron — pourtant acteur de ce cancer capitaliste que constitue la mondialisation — reconnaît, lui aussi, qu’il manque à la France la « verticalité » d’un roi dont elle n’a jamais fait le deuil.

Dante : « le genre humain, quand il est rangé sous le Monarque, se trouve au mieux »

À toute entreprise il faut un chef chargé de réaliser le bien à atteindre. Si le bien est pour lui un impératif — indépendant de sa volonté propre —, en revanche, il relève de sa raison d’organiser les moyens pour y parvenir (aussi, dans les cas difficiles, devra-t-il solliciter des conseils) :

  • Le chirurgien, pour le bien de son patient (sa santé), organise l’opération et l’ensemble des actes médicaux. En cela, il est le serviteur du patient.
  • Le commandant d’un navire, « seul maître à bord après Dieu » pour mener ses passagers à bon port, décide de la route à suivre et des manœuvres à effectuer. En cela, il est le serviteur des passagers.
  • De même le roi, « lieu-tenant de Dieu » pour réaliser le bien commun de son pays, « en son conseil » (après consultation de sages), décide quelle politique et quelles lois adopter. En cela, il est le serviteur des sujets.

Notons que toutes les activités humaines, qui font intervenir un tel rapport hiérarchique, nécessitent un acte de confiance préalable de la part de ceux dont le destin dépend du chef :

  • Le patient remet sa vie dans les mains expertes du chirurgien.
  • Le passager croit à la bonne volonté du commandant du navire pour le conduire à destination.
  • Les sujets accordent leur confiance au roi — comme on l’accorde à un père —, dans sa volonté de réaliser le bien commun du pays.

L’expérience montre que l’acte de confiance se révèle très avantageux, ce que le génial Dante (1265-1321) résume par ces phrases :

On voit que, si le consul ou le roi ont seigneurie sur les autres au regard de la route à suivre, il n’empêche qu’au regard du but ils sont serviteurs des autres : et le Monarque principalement, qu’il faut tenir sans doute aucun pour le serviteur de tous. Ainsi enfin peut-on connaître dès ce point que l’existence du Monarque est rendue nécessaire par la fin qui lui est assignée, d’établir et maintenir les lois. Adonc le genre humain, quand il est rangé sous le Monarque, se trouve au mieux ; d’où il suit qu’une Monarchie est nécessaire au bien-être du monde [1].

Des propos si sages appellent quelques remarques :

  • Il ne viendrait à l’idée de personne de confier sa santé et sa vie à l’opinion de la majorité d’une assemblée d’ignorants en lieu de celle du chirurgien.
  • De même, dans un navire, il serait parfaitement suicidaire de soumettre les manœuvres à effectuer et le choix de la route à suivre à l’opinion de la majorité des passagers ; sous peine de voir des pirates s’emparer du bâtiment après avoir compris et maîtrisé les règles de décisions.
  • C’est pourtant ce dernier choix que propose la démocratie, en mettant la politique d’un pays aux voix de députés irresponsables, corruptibles ou, dans le meilleurs des cas, ignorants. Comment ne pourraient-ils pas se faire acheter ou manipuler par les pirates des grandes multinationales et du FMI ?

La Fontaine : « Le monarque (...) de ses moindres sujets sait tirer quelque usage, et connaît les divers talents »

Dans l’œuvre du Créateur, aucune créature n’est inutile, et le roi se fait son auxiliaire en réalisant la bonne harmonie de la société, en s’efforçant de rendre justice, autrement-dit, en s’appliquant à donner à chaque personne la place qui lui est due, selon ses compétences et dans les meilleures conditions. Il n’ignore pas que même la plus petite personne — méprisée selon des critères de rentabilité —, contribue au bien commun. Ainsi le rappelle le fabuliste Jean de la Fontaine dans cette merveilleuse leçon d’autorité :

LE LION S’EN ALLANT EN GUERRE

Le Lion dans sa tête avait une entreprise [2].
Il tint conseil de guerre, envoya ses Prévôts [3],
Fit avertir les Animaux :
Tous furent du dessein, chacun selon sa guise [4] :
L’Éléphant devait sur son dos
Porter l’attirail nécessaire,
Et combattre à son ordinaire ;
L’Ours s’apprêter pour les assauts ;
Le Renard ménager de secrètes pratiques ;
Et le Singe, amuser l’ennemi par ses tours.
--- Renvoyez, dit quelqu’un, les Ânes qui sont lourds,
Et les Lièvres sujets à des terreurs paniques.
--- Point du tout, dit le Roi ; je les veux employer.
Notre troupe sans eux ne serait pas complète.
L’Âne effraiera les gens, nous servant de trompette ;
Et le Lièvre pourra nous servir de courrier.
Le monarque prudent et sage
De ses moindres sujets sait tirer quelque usage,
Et connaît les divers talents.
Il n’est rien d’inutile aux personnes de sens [5].

De fait, pour le bien commun, le roi s’applique à ne laisser personne de coté. Il préfère aussi confier telle charge à une personne de basse extraction dont il a éprouvé les aptitudes, plutôt qu’à ce descendant d’une illustre famille qui a montré sa sottise, son incompétence ou son arrogance. La règle vaut pour toute autorité et c’est le propre d’une institution de mobiliser les talents au service bien commun, par delà les faiblesses humaines, tout en respectant les efforts passés des familles. Une pareille politique — qui fut celle des rois de France — donne un sens au travail assidu des générations et confère aux peuples honneur et vertu.

Emmanuel Macron déplore : « le roi n’est plus là ! »

Un ministre socialiste

Laissons le magazine philosophique Le un — dans son numéro du 8 juillet 2015 — présenter le Ministre socialiste dont il publie l’interview :

Ancien étudiant en philosophie et élève de l’ENA, il a intégré l’Inspection générale des finances à l’issue de ses études. Il a ensuite été banquier d’affaire, puis associé chez Rothschild & Cie, avant de devenir secrétaire général adjoint de la présidence de la République (mai 2012 - juin 2014). Emmanuel Macron a été nommé ministre de l’Économie et des Finances dans le gouvernement formé par Manuel Valls en août 2014.

Confronter politique et philosophie au réel

Dans l’entretien, Emmanuel Macron prêche — ce qui n’est pas pour nous déplaire — la confrontation du politique et du philosophe avec le réel :

La philosophie politique permet (...) de mettre en tension le réel avec des concepts, de l’éclairer grâce à leur lumière.[...] [La philosophie] est une discipline qui ne vaut rien sans la confrontation au réel. Et le réel ne vaut rien sans la capacité qu’elle offre de remonter au concept.

On constate ici une rupture radicale avec certaines utopies de la Révolution héritières d’un Jean-Jacques Rousseau qui déclarait quant-à lui :

Commençons donc par écarter tous les faits, car ils ne touchent point à la question [6].

À la politique française, manque la verticalité d’un roi

Si Emmanuel Macron semble encore croire à la démocratie, c’est pour lui reconnaître son « incomplétude ». En réalité, et en dépit du formidable matraquage idéologique déployé par la Révolution depuis deux cents ans, rien ne saurait combler le vide affectif causé par l’absence de l’autorité d’un roi, et d’ailleurs les Français ne s’en sont jamais remis :

Aujourd’hui le processus démocratique est remis en cause [...] La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a un processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! [...] On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce malentendu.

[...] Si l’on veut stabiliser la vie politique et la sortir de la situation névrotique actuelle, il faut, tout en gardant l’équilibre délibératif, accepter un peu plus de verticalité.

Le terme incomplétude n’est pas si anodin, et dans la bouche d’un homme formé à la philosophie et aux sciences, il ne peut que faire écho au fameux « théorème d’incomplétude » du mathématicien Kurt Gödel qui, en 1931 démontre, dans le domaine de l’arithmétique, qu’aucun système d’explication ne saurait se justifier par lui-même, aucune théorie cohérente ne saurait justifier sa propre cohérence. En effet, toutes les sciences sont fondées sur des principes que l’on ne peut démontrer mais seulement constater [7].
Or, si dans le domaine politique seules les monarchies traditionnelles trouvent humblement leur justification hors d’elles mêmes — ce que l’on nomme hétéronomie ou transcendance, où le roi est tenu de suivre la feuille de route d’une nature humaine ou de la divinité qui en est l’Auteur—, il n’en va pas de même pour les régimes politiques modernes qui assoient tous leur fondement sur la seule rationalité de l’homme et sur son autonomie à l’égard de toute loi dont il ne soit la source.

Dans ce passage, Emmanuel Macron, conscient de l’incomplétude inhérente à tout système théorique humain, constate donc le drame de la démocratie qui se heurte au mur de sa propre justification rationnelle, au mur de son autonomie à l’égard de toute norme, de toute morale qui n’émane de sa volonté propre [8].

Courte réponse à Emmanuel Macron

Effectivement, la verticalité a été abolie avec la Déclaration des Droits de l’Homme, qui en proclamant la souveraineté absolue de l’homme, son autonomie par rapport à toute loi transcendante, toute loi n’émanant pas de sa volonté, nie les lois de la nature :

Article 3 : le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Implicitement, l’homme de la modernité se fait donc Dieu, il se déclare « homme-dieu », comme le revendique Luc Ferry, ancien ministre libéral de l’Éducation nationale sous la présidence de Nicolas Sarkozy :

Pour le pire comme pour le meilleur, notre univers laïc tend donc à récuser toute référence à ce qui est extérieur aux hommes au nom d’une exigence d’autonomie. […] Si le sacré ne s’enracine plus dans une tradition dont la légitimité serait liée à une Révélation antérieure à la conscience, il faut désormais le situer au cœur de l’humain lui-même. Et c’est en quoi l’humanisme transcendantal est un humanisme de l’homme-Dieu : si les hommes n’étaient pas en quelque façon des dieux, ils ne seraient pas non plus des hommes. Il faut supposer en eux quelque chose de sacré ou bien accepter de les réduire à l’animalité [9].

Et c’est bien ce même discours que nous ressert son successeur, un Vincent Peillon ministre socialiste de l’Éducation nationale du premier gouvernement sous la présidence de François Hollande :

La religion républicaine est une religion des droits de l’homme, c’est-à-dire dire de l’Homme qui doit se faire Dieu, ensemble, avec les autres, ici bas, et non pas du Dieu qui se fait homme à travers un seul d’entre nous [10].

Dans la modernité, l’homme s’adore donc lui-même comme dieu, il est la référence ultime.

Mais voilà que la puissance que confère ce nouveau statut déchaine toutes les passions pour accéder à un « pouvoir politique » conçu, non plus comme un service, mais comme instrument de domination des autres. En effet, celui qui dirige n’est-il pas le commandeur, le « dieu » des hommes-dieux ? ne dispose-t-il pas de cette possibilité extraordinaire de leur imposer sa volonté propre ?

Un problème demeure : même rassemblé en « nation », l’homme n’est pas le souverain ultime, il n’est pas Dieu car il n’est pas à l’origine de la nature. Et si, dans la Genèse, le Créateur lui confie le soin du « jardin-monde » pour le faire fructifier, il doit au préalable, se soumettre aux lois de la nature. Il ne saurait en abuser (disparition des espèces par exploitation anarchique de certaines ressources), les violer (manipulations génétiques pour transformer les espèces restantes, OGM), en modifier artificiellement l’équilibre, sans la corrompre et sans en subir les conséquences.

Il y a pire ! la corruption et l’orgueil du moderne sont plus dévastateurs encore quand par les idéologies — qui constituent autant de rêves d’autonomie de l’homme par rapport à sa propre nature —, le politique prétend désormais s’affranchir de l’écologie de l’espèce humaine, de cette antique loi naturelle défendue par Antigone contre le tyran Créon au prix de sa vie. C’est bien ce qu’exprime le philosophe Léo Strauss quand il analyse la modernité :

Le changement fondamental que nous tentons de décrire se manifeste dans la substitution des droits de l’homme à la loi naturelle : la loi qui prescrit des devoirs a été remplacée par des droits, et l’homme a remplacé la nature. Les droits de l’homme sont l’équivalent moral de l’Ego cogitans. L’ego cogitans s’est entièrement émancipé de la tutelle de la nature, et finalement, il refuse d’obéir à toute loi qu’il n’ait engendrée en totalité, ou de se dévouer à toute valeur dont il ne soit certain d’être le créateur. [11]

Or, la modernité — et particulièrement l’individualisme, son fruit mortifère [12] — méprise la nature humaine comme le souligne en 2005 le philosophe espagnol Javier Barraycoa qui relève dans le domaine très exposé et révélateur de la sexualité :

Si l’observation de la nature tout entière conduit à associer sexualité et reproduction, cette évidence est largement refusée dans la postmodernité avec, comme point culminant, la thèse : sexe sans reproduction et reproduction sans sexe [13].
  • Depuis la parution de ce livre, les « mariages » des couples homosexuels ont été légalisés dans presque toute l’Europe, et bientôt le sera leur possibilité d’adopter des enfants (pourquoi la nature s’est-elle embêtée à distinguer le papa et la maman pour faire des petits et les éduquer ? nous, les hommes, nous sommes plus intelligents, nous savons mieux qu’elle !). Mais, dans ce contexte, l’enfant n’est-il pas réduit à un bien de consommation, une chose artificielle dont on s’octroie la liberté de jouir ?
  • On fabrique in vitro des embryons humains et on les sélectionne pour la recherche, pour des couples stériles accidentellement, ou stériles par nature (couples homosexuels), avec en toile de fond l’eugénisme (j’estime que cet embryon, cette personne potentiellement handicapée, n’aura pas une vie conforme à l’idée que je fais de la dignité humaine, et puis avouons-le, cela gêne d’abord mon bien-être). Cependant, « notre troupe sans eux » est-elle complète ?
  • On en vient à marchandiser le corps humain dans ce qu’il a de plus intime et de plus sacré : un multimillionnaire socialiste et militant homosexuel — Pierre Bergé, copropriétaire du groupe qui contrôle les journaux Le Monde, L’Obs, La Vie — ose déclarer au sujet du réceptacle de la vie qu’est le ventre d’une maman :
    Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant [14].
  • Enfin, on prépare maintenant les esprits à admettre que certains sont destinés à vivre en tant que de donneurs d’organe (Si je suis mal en point : je peux acheter à cet enfant pauvre un foie ou un rein. Ou encore : un de mes clones me fournira ce qu’il faut. N’ai-je pas « le droit au bonheur » ?)

Depuis 1789, le rapport à une norme extérieure à la volonté de l’homme a disparu, il manque à la politique française la transcendance de la loi naturelle ; il manque la transcendance d’un roi dont la légitimité découle précisément de son application à réaliser les conditions naturelles de la vie ; il manque cette « verticalité » qui nous relie à notre nature et nous assigne à tous, et pas seulement au roi, l’humble place de serviteur des autres dans la Création.
La « verticalité » est ce qui distingue l’autorité du pouvoir brut égoïste et arbitraire, et l’équilibre entre délibération et verticalité, dont rêve Emmanuel Macron, constitue précisément ce qu’on appelle « le conseil » : avant de prendre une décision, comme toute autorité digne de ce nom, le roi prend l’avis de sages pour agir selon la raison.

Répétons-le, la légitimité du roi réside dans son respect de l’hétéronomie, dans sa soumission à une loi qui n’est pas la sienne : cette loi naturelle qui n’est que l’écologie du comportement humain.

D’autres voix s’élèvent qui s’égarent

D’autres s’indignent légitimement du triomphe démocratique des profiteurs, des vampires du marché boursier et autres pirates exterminateurs de peuples. Les républiques [17] (démocratiques ou populaires) se révèlent en effet des alibis qui permettent aux habiles de réaliser des affaires au dépens des peuples, tout en invoquant ad noseam, et la main sur le cœur, les sacrés « Droits de l’homme ».

Ainsi Tatiana Jarzabek — secrétaire nationale du Parti de Gauche aux médias et traductrice des Leçons politiques de Game of Thrones, déclare dans un article [18] du Figaro :

Des leçons de politique en partant de situations dans lesquelles s’inscrivent les personnages de Game of Thrones, c’est ce que Pablo Iglesias, dirigeant du parti espagnol Podemos, nous propose dans son livre Les Leçons Politiques de Game of Thrones.

À l’instar d’Emmanuel Macron, Tatiana Jarzabek souligne, elle-aussi, l’impératif de la conformité de la politique avec le réel :

[...] il (Iglesias) force à la connexion avec le réel, parce que changer le monde implique de partir de celui qui existe, et non d’une réalité militante fantasmée [...]

De même, elle pose les vieilles problématiques auxquelles se confronte tout dirigeant politique :

Qu’est-ce que le pouvoir ? Est-il un leurre ou une réalité ? Faut-il être nécessairement bon pour faire le bien ? Quand les vieux cadres politiques s’effondrent, quand l’hiver vient, tous les coups sont-ils permis pour accéder au Trône de Fer ?

Nous n’avons pu lire encore le livre de Pablo Iglesias, mais ce que nous en dit sa traductrice n’augure rien de bon. En effet :

Ici, l’on s’occupe de savoir qui a le pouvoir, de comment et pour quelles raisons ils parviennent à le conserver, pas de la moralité de leurs comportements individuels.

On reconnait ici la position amorale d’un Machiavel qui livre dans Le Prince les recettes pour conquérir le pouvoir et le garder. À cet effet, les vertus comme les vices sont préconisés tant il est vrai qu’une fois la loi naturelle abrogée, ne subsiste plus que son immonde caricature, la loi darwiniste du plus fort. Rappelons que Machiavel et son disciple anglo-saxon Hobbes sont les fondateurs des républiques modernes en affranchissant le pouvoir politique de toute référence transcendante. Jean-Jacques Rousseau le reconnaît :

En feignant de donner des leçons aux rois, il [Machiavel] en a donné de grandes aux peuples. Le Prince est le livre des républicains [19].

Et c’est malheureusement ce chemin que s’efforcent de suivre les dirigeants du mouvement Podemos. Tatiana Jarzabek continue :

La mort de Ned Stark nous apprend qu’en politique il ne sert à rien d’être un homme bon si l’on ne sait pas faire le bien. Si l’on n’est pas prêt, comme nous l’enseigne Machiavel, à infliger un moindre mal pour éviter des maux plus grands encore, à se salir soi-même les mains pour sauver le collectif, si l’on fait de la politique sans véritable volonté de s’asseoir sur le Trône de Fer, alors peut-être vaut-il mieux ne pas faire de politique du tout.

Bref ! pour faire efficacement le bien, il faudrait se résoudre à faire le mal. Le critère positiviste d’efficacité prend le pas sur la morale : afin de combattre l’immoralité du capitalisme mondial, les voila en quête d’utiliser les mêmes armes que leurs ennemis. Une autre saga, prophétique celle-la, Le seigneur des anneaux de Tolkien, leur donne pourtant la réponse : ne sont-ils pas, à la suite du naïf et pathétique Boromir, tentés d’utiliser l’arme de l’ennemi, l’« anneau de pouvoir » du démoniaque Sauron — le même Grand-œil qui flamboie au sommet de la tour-pyramide du billet vert, qui symbolise le nouvel ordre des siècles et la démocratie universelle — au lieu de soutenir l’autorité du roi légitime Aragorn ? Comme Boromir, en espérant faire le bien, ils feront inévitablement le mal. Le jurisconsulte Cicéron avait pourtant prévenu qu’on ne saurait opposer moralité et utilité ou efficacité :

Il est impossible qu’une chose soit utile si elle n’est pas en même temps moralement bonne. Et ce n’est point parce qu’elle est utile qu’elle est moralement bonne, mais parce qu’elle est moralement bonne qu’elle est utile [20].

Allons Monsieur Macron : Rejoignez les troupes du roi !

En ce début de siècle, dans ce climat d’effondrement général, il semble bien que deux options s’offrent aux hommes, deux options qu’illustrent deux romans :

  • Game of Thrones préconise la loi du plus fort, la fin qui justifie les moyens, et marche sur les traces amorales de Machiavel, véritable inspirateur de l’enfer de cette modernité politique que nous vivons.
  • Le Seigneurs des anneaux de Tolkien, indique la voie traditionnelle de la monarchie transcendante, de l’autorité qui se soumet à une loi qui n’est pas la sienne (la loi naturelle), qui s’efforce de rendre justice, de faire grandir tous les êtres dont elle a la charge (même le plus petit), et qui refuse obstinément d’utiliser l’arme de l’ennemi qui corrompt (la démocratie, ou le pouvoir par l’opinion).

Partant du réel, Emmanuel Macron perçoit l’urgence de renouer avec la verticalité en politique ; ne serait-il pas un royaliste égaré ? En attendant mieux, il perd et salit son talent en servant la loi du plus fort égoïste, la loi du grand marché capitaliste auquel tous les leaders des gouvernements démocratiques se soumettent jusqu’à sacrifier l’existence même de leur pays : du libéral Sarkozy, au socialiste Hollande jusqu’au populiste ultra-gauche Tsípras.

Mais le Ministre, peut-il encore comprendre la révolte légitime de ces travailleurs mis au ban de la société pour avoir « déchemisé » quelques cadres d’Air France qui venaient leur annoncer un plan de licenciement désiré par des actionnaires anonymes ? Est-il moral d’abandonner les entreprises du pays au capitalisme mondial ? Est-il moral de sacrifier le gagne-pain d’honnêtes gens pour en enrichir quelques profiteurs ? Est-il moral de les punir pour avoir manifesté leur appel au secours et leur désespoir ? Qui viendra à leur aide ?

« Une Monarchie est nécessaire au bien-être du monde » nous rappelle Dante, non pas une monarchie mondiale, mais des rois qui représentent et préservent, en acte, les immenses diversités et richesses de leurs peuples conformément à la loi naturelle.

Allons Monsieur Macron ! poussez vos intuitions jusqu’au bout. Pour le bien commun, quittez ces profiteurs, ces prostitués du libre-échangisme et de la mondialisation, jetez au feu l’anneau de pouvoir démocratique qui corrompt, et offrez votre réel talent au roi : lui-seul saura le mettre au service des peuples de France, en son conseil, en toute raison, en toute justice, dans l’amour et l’honneur.

[1Dante Alighieri, Monarchia, livre I, ch. XII, 12-13, éd. des Œuvres complètes de la Pléiade, p. 651.)

[2Il pense devoir faire la guerre.

[3Magistrats représentant le roi.

[4Chacun s’engage au projet selon ses compétences propres

[5Personne sensée.

[6Jean-Jacques Rousseau, De l’inégalité parmi les hommes, « Discours sur l’origine et le fondement de l’inégalité parmi les hommes », Librairie de la Bibliothèque Nationale, L. Berthier Éditeur, 1894, p. 32.

[7On pense par exemple au :

  • Principe fondamental de la dynamique, selon lequel le vecteur force est égal au scalaire masse multiplié par le vecteur accélération.
  • Principe de moindre action de Maupertuis, selon lequel les actions en physique s’effectuent avec un déploiement d’énergie minimum.
  • Premier principe de de la thermodynamique, selon lequel les transformations se font à énergie constante.
  • Principe de non contradiction en logique et en métaphysique : « une chose ne peut pas être et n’être pas en même temps et sous le même rapport ».
  • Axiome (ou principe) d’Euclide : dans l’espace [euclidien] il ne passe qu’une seule droite par deux points.

[8Le danger inhérent à ces systèmes politiques dépourvus de normes extérieures est de dégénérer en jouets de quelques grands décideurs « éclairés » auxquels les peuples sont sommés de dire « amen ! » C’est ce que déplore l’auteur » des Chroniques de Narnia, le philosophe anglais C.S. Lewis dans son Abolition de l’homme :

Je doute que nous puissions trouver dans l’Histoire l’exemple d’un seul homme qui, après s’être départi de toute moralité traditionnelle et avoir accédé au pouvoir, ait utilisé ce pouvoir avec bienveillance. Je suis enclin à penser que les conditionneurs haïront les conditionnés. Ils auront beau considérer comme une illusion la conscience artificielle qu’ils auront produite en nous, leurs sujets, ils constateront rapidement que celle-ci crée en nous l’illusion d’un sens à la vie qui soutient favorablement la comparaison avec l’absurdité de leur propre vie, et ils nous envieront comme des eunuques peuvent envier des hommes.

[9Luc Ferry, L’homme-Dieu, Grasset éditions, Paris, 1996, p. 241.

[10Vincent Peillon, Une religion pour la République, la foi laïque de Ferdinand Buisson, Éditions du Seuil, Janvier 2010, p.34-35-36.

[11Léo Strauss, La cité et l’homme, Le livre de poche, Biblio/essais, Paris, 2005, p.62.

[12Le grand historien anglais Arnold Toynbee montre en effet que la religion individualiste (ou libérale) est une des trois idéologies de cette modernité qui se nourrit de l’abandon du christianisme :

Étant donné que l’homme ne peut vivre sans religion, quelle qu’en soit la forme, le recul du christianisme en Occident a été suivi par la montée de religions de remplacement sous la forme des idéologies post-chrétiennes — le nationalisme, l’individualisme et le communisme. (Arnold Toynbee, cité par Jean-Pierre Sironneau, Sécularisation et religions politiques, 1982, Paris, Mouton Publisher, p.206.)

[13Javier Barraycoa, Du pouvoir dans la modernité et la postmodernité, Hora Decima, trad. Emmanuel Albert, 2005, Paris, p.130.

[14Pierre Bergé, cité par le Figaro, « Mariage gay : les partisans perdent le match de la rue », 16/12/2012 à 20:25.

[15Tocqueville rapporte en effet :

Le roi leur inspirait des sentiments qu’aucun des princes les plus absolus qui ont paru depuis dans le monde n’a pu faire naître, et qui sont même devenus pour nous presque incompréhensibles, tant la Révolution en a extirpé de nos cœurs jusqu’à la racine. Ils avaient pour lui tout à la fois la tendresse qu’on a pour un père et le respect qu’on ne doit qu’à Dieu. En se soumettant à ses commandements les plus arbitraires, ils cédaient moins encore à la contrainte qu’à l’amour, et il leur arrivait souvent ainsi de conserver leur âme très libre jusque dans la plus extrême dépendance. Pour eux, le plus grand mal de l’obéissance était la contrainte ; pour nous, c’est le moindre. Le pire est dans le sentiment servile qui fait obéir. (Alexis de Tocqueville, L’Ancien régime et la Révolution, Livre 2, Chap. IX.)

[16Hannah Arendt constate :

L’autorité implique une obéissance dans laquelle les hommes gardent leur liberté. (Hannah Arendt, La crise de la culture, Folio Essais, p. 140.)

[17Le philosophe démocrate Marcel Gauchet le concède :

La république c’est le régime de la liberté humaine contre l’hétéronomie religieuse. Telle est sa définition véritablement philosophique (Marcel Gauchet, art. La république aujourd’hui in La revue de l’inspection générale, no1, Janvier 2004.)

[18Tatiana Jarzabek, « Podemos et les leçons politiques de Game of Thrones », Figaro Vox, publié le 12/10/2015 à 18:21.

[19Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Livre III, chap. 6, Christian Bourgeois éditeur, collection 10/18, Paris, 1973, p.140.

[20Cicéron, De officiis, III, 30.


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