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Colbert et St Jean Eudes ou la piété politique au Grand Siècle

Du nécessaire amour de l’autorité au salut
lundi 6 avril 2009 par L.Gedeon Enregistrer au format PDF

Deux hommes sur le point comparaître devant le tribunal divin ― Colbert le grand ministre et saint Jean Eudes le grand apôtre du Sacré Cœur ― s’adressent à Louis XIV, le roi soleil. Quelques paroles riches d’enseignement qui battent en brèche nombre de préjugés contre la monarchie hérités du catholicisme libéral du XIXe siècle.

Deux hommes du Grand Siècle, deux préoccupations

Il est parfois des paroles qui révèlent beaucoup, surtout celles prononcées avant la mort, car l’âme y transparaît vraiment. Deux hommes célèbres au seuil du trépas s’adressent à Louis XIV : Colbert et St Jean Eudes. Deux écrits qui soulignent des préoccupations dont la différence ne laisse pas d’étonner.

Voici les citations [1] :


- C’est au Roi des rois que je songe à répondre.

- Certainement, je la [sa majesté le roi Louis XIV] puis assurer que cette accusation m’a été en quelque façon plus amère dans cette extrémité que la mort même (...) puisque j’aimerais mieux être mort que de déplaire à celui [Louis XIV]...

Devinette : Laquelle doit-on courtisan et quelle est celle de l’homme de Dieu ?

Il n’y a pas d’hésitation : St Jean Eudes pense au « Roi des rois », quand le courtisan cherche encore à flatter. C’était facile à deviner, me direz vous, évident même !

Évident, sauf que ... c’est exactement l’inverse !
- la première citation est de Colbert,
- la seconde de St Jean Eudes.

Voilà qui surprend à notre époque qui sépare les trois aspects de la piété filiale : religieux, politique et familial ― aspects pourtant si intimement unis que Bossuet a pu écrire : «  l’obéissance qui est due à la puissance publique ne se trouve, dans le décalogue, que dans le précepte qui oblige à honorer ses parents. »

Quelques explications

Reprenons les deux citations dans leur contexte.

Colbert : la mort d’un authentique chrétien

Quelque temps avant sa mort, Colbert refusant les soins qu’on lui prodigue, le roi lui écrit pour l’appeler à plus de raison. Après la lecture de la missive royale le ministre reste muet. Il finit pourtant par lui répondre sous la pression de son épouse, mais en ces termes lapidaires : « C’est au Roi des rois que je songe à répondre... »

Des auteurs ont fort justement cité cette lettre pour montrer que la foi de Colbert était bien réelle ― infirmant par là de nombreuses calomnies. Ce n’est cependant pas cela qui nous intéresse ici mais plutôt le refus premier, puis la réponse tardive, presque contrainte, au roi. Si nul ne songerait à reprocher à Colbert de négliger le roi pour penser à Dieu face à la mort, son attitude est pourtant à mettre en parallèle avec celle, bien différente, de St Jean Eudes.

St Jean Eudes : l’exemple du saint

À l’article de la mort également, ce dernier apprend qu’il a été calomnié auprès de Louis XIV : Certains avaient voulu faire croire à Louis XIV que St Jean Eudes avait critiqué auprès du Pape sa politique contre l’Espagne et l’Autriche.

Le grand saint répond aussitôt :

C’est le dernier de vos sujets qui revient des portes de la mort (...) Mais Dieu n’a pas permis que je sois sorti de ce monde avec la tache hideuse qu’on m’avait mise sur le front (...) Certainement, je la (Votre Majesté) puis assurer que cette accusation m’a été en quelque façon, plus amère, dans cette extrémité, que la mort même (...) puisque j’aimerais mieux être mort que de rien faire qui déplût à celui qui me tient sur terre la place du Roi du ciel... »

Voici donc ce qu’écrit un saint qui va paraître devant Dieu, auquel il a, plus que tous ses contemporains, pensé pendant toute sa vie. On aurait pu parier qu’il répondit : «  C’est au Roi des rois que je songe à répondre. » Ce n’est pas lui que l’on pourrait soupçonner de flatteries intéressées. Lui qui n’a jamais cédé au monde ne cédera pas aux portes de la mort.

Ce qu’il écrit à ce moment résume toute sa pensée : une extrême piété filiale. Car il s’agit de cela. Un enfant n’aurait pas usé de termes si forts envers son père pour l’assurer de son respect. Bien plus que Colbert, St Jean Eudes avait saisi le surnaturel à travers le naturel. Il avait vu en Louis XIV le fils aîné du Sacré Cœur à un degré tel qu’il eût préféré mourir que de lui déplaire. Rien ne pouvait le dispenser de respecter le roi, pas même l’imminence de sa fin dernière. L’idée seule que sa mémoire soit tachée dans l’esprit du roi lui était plus pénible que la mort : ce qui lui paraît plus insupportable n’est pas d’avoir manqué de respect à Louis XIV (ce qui était une calomnie), mais d’avoir perdu son estime.

C’est dire ce que représentait pour lui cette autorité, combien elle lui paraissait sacrée, non pas plus importante que Dieu devant Lequel il allait paraître, mais indispensable pour le rejoindre.

Du devoir de piété filiale envers le roi

Il y avait dans l’ancienne France une piété politique dérivée de la piété filiale qui nous est malheureusement, complètement étrangère maintenant.

Si la réponse de Colbert est édifiante, combien plus l’est celle de St Jean Eudes en ce qu’elle nous enseigne la véritable piété, bien ordonnée : Dieu et le roi. Dieu en premier dans l’ordre de la fin, mais le roi en premier dans l’ordre des moyens. Le saint n’envisageait qu’avec la plus grande douleur de quitter cette terre sans être lavé de « cette tache hideuse. » Rendre ses comptes à Dieu, bien sûr ! mais pas avant d’avoir rendu ses comptes au roi sur terre : c’eût été mépriser l’ordre naturel.

Il avait saisi que :
- Dieu veut que nous respections l’ordre naturel avant de le rejoindre,
- l’ordre naturel créé par Lui mérite le même respect que Sa volonté révélée,
- vouloir Le rejoindre en méprisant l’ordre naturel est une folie.

Combien nos esprits pétris des Lumières sont étrangers à des sentiments nobles et si élevés que nous les eussions pris pour ceux d’un courtisan !

Que d’écrivains s’affichant volontiers “contre-révolutionnaires” se plaisent à salir les monarques que vénéraient plus que leur vie les plus grands saints ! Nous sommes souvent, dans nos sentiments et nos raisonnements vis-à-vis des rois (et du roi), bien plus proches de Robespierre que de Saint Jean Eudes ; nous avons perdu de vue les caractères de la véritable autorité : sacrée, paternelle et absolue, nonobstant ses taches, ses erreurs et ses péchés. L’Ancien Testament ne nous enseigne-t-il pas que le fils qui rit de Noé saoulé, est maudit, alors que celui qui respecte son père malgré sa faiblesse est béni. Il en est de même pour l’autorité royale : rien ne peut nous dispenser de la respecter, pas même la mort.

On frémit quand on pense aux injures et aux erreurs qui émaillent les livres d’histoire religieuse ou politique
- du XIXe comme ceux d’un Mgr Fèvre, qui qualifie Louis XV de “bête lubrique” dans sa volumineuse histoire de l’Église,
- ou du XXe avec un Jean Dumont qui n’a de cesse de salir les monarques français, et bien d’autres...

Qu’ils sont loin de St Jean Eudes ! Que le grand saint nous aide du ciel à connaître et à respecter nos institutions et notre roi en premier lieu, que nous puissions dire comme lui sans hésiter :

« j’aimerais mieux être mort que de rien faire qui déplût à celui qui me tient sur terre la place du Roi du ciel. »

[1Citations extraites du Rapport du congrès de la Cité catholique, Dijon, juillet 1953, d’après l’ouvrage du R.P. Émile GEORGES, Saint Jean Eudes, 1928, Lethielleux éditeur.