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Vive le Roy
Unir les peuples de France dans l’amour du Roi

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Nature et propriétés de l’autorité royale, par Bossuet
Politique tirée de l’Écriture Sainte (Livre III)
Article mis en ligne le 5 janvier 2018
dernière modification le 14 juillet 2018

par MabBlavet
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La politique tirée de l’Écriture sainte est publiée en 1709, à l’aube de ce « siècle des Lumières » qui voit triompher les très subversives leçons politiques du Prince de Machiavel paru presque deux cents ans plus tôt (1532). En effet, partout on moque la transcendance en politique, l’homme est considéré comme irrémédiablement méchant, et seul compte l’efficacité au détriment de la moralité : « […] celui qui veut en tout et partout se montrer homme de bien ne peut manquer de périr au milieu de tant de méchants. Il faut donc qu’un prince qui veut se maintenir apprenne à ne pas être toujours bon, et en user bien ou mal, selon la nécessité.* » Avec son éloquence, Bossuet prend le contre-pied de ces théories funestes et rappelle que le roi est l’auxiliaire de Dieu pour faire le bien, qu’il est tenu d’aimer son peuple comme un père et de l’élever en vertu. Aussi l’autorité royale doit-elle être sacrée, absolue, paternelle et soumise à la raison.

* Machiavel, Le Prince, Chap. XV, in Œuvres politiques de Machiavel, Éd. Charpentier, Paris, 1881, p.66.

 Note de Vive le Roy

Source : Œuvres de Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l’Écriture sainte, Éditions Firmin Didot Frères, Fils et Cie, tome 1, Paris, 1860.

Déjà paru sur viveleroy.fr :

 On en remarque les caractères essentiels (de l’autorité royale)

Il y a quatre caractères ou qualités essentielles à l’autorité royale.

  • Premièrement, l’autorité royale est sacrée ;
  • Secondement, elle est paternelle ;
  • Troisièmement, elle est absolue ;
  • Quatrièmement, elle est soumise à la raison.

C’est ce qu’il faut établir par ordre, dans les articles suivants.

 L’autorité royale est sacrée

Dieu établit les rois comme ses ministres, et règne par eux sur les peuples

Nous avons déjà vu que toute puissance vient de Dieu [1].

Le prince, ajoute saint Paul [2], est ministre de Dieu pour le bien. Si vous faites mal, tremblez ; car ce n’est pas en vain qu’il a le glaive : et il est ministre de Dieu, vengeur des mauvaises actions.

Les princes agissent donc comme ministres de Dieu, et ses lieutenants sur la terre. C’est par eux qu’il exerce son empire.

Pensez-vous pouvoir résister au royaume du Seigneur, qu’il possède par les enfants de David [3] ?

C’est pour cela que nous avons vu que le trône royal n’est pas le trône d’un homme, mais le trône de Dieu même.

Dieu a choisi mon fils Salomon pour le placer dans le trône où règne le Seigneur sur Israël [4].

Et encore :

Salomon s’assit sur le trône du Seigneur [5].

Et afin qu’on ne croie pas que cela soit particulier aux Israélites, d’avoir des rois établis de Dieu, voici ce que dit l’Ecclésiastique :

Dieu donne à chaque peuple son gouverneur ; et Israël lui est manifestement réservé [6].

Il gouverne donc tous les peuples, et leur donne à tous leurs rois ; quoiqu’il gouverne Israël d’une manière plus particulière et plus déclarée.

La personne des rois est sacrée

Il paraît de tout cela que la personne des rois est sacrée, et qu’attenter sur eux c’est un sacrilège.
Dieu les fait oindre par ses prophètes d’une onction sacrée [7], comme il fait oindre les pontifes et ses autels.
Mais même sans l’application extérieure de cette onction, ils sont sacrés par leur charge, comme étant les représentants de la majesté divine, députés par sa providence à l’exécution de ses desseins. C’est ainsi que Dieu même appelle Cyrus son oint.

Voici ce que dit le Seigneur à Cyrus mon oint, que j’ai pris par la main pour lui assujettir tous les peuples [8].

Le titre de Christ est donné aux rois ; et on les voit partout appelés les christs, ou les oints du Seigneur.
Sous ce nom vénérable, les prophètes mêmes les révèrent, et les regardent comme associés à l’empire souverain de Dieu, dont ils exercent l’autorité sur le peuple.

Parlez de moi hardiment devant le Seigneur, et devant son christ ; dites si j’ai pris le bœuf ou l’âne de quelqu’un, si j’ai pris des présents de quelqu’un, et si j’ai opprimé quelqu’un. Et ils répondirent : Jamais ; et Samuel dit : Le Seigneur et son christ sont donc témoins que vous n’avez aucune plainte à faire contre moi [9].

C’est ainsi que Samuel, après avoir jugé le peuple vingt et un ans de la part de Dieu, avec une puissance absolue, rend compte de sa conduite devant Dieu, et devant Saul, qu’il appelle ensemble à témoin, et établit son innocence sur leur témoignage.
Il faut garder les rois comme des choses sacrées, et qui néglige de les garder est digne de mort.

Vive le Seigneur ! dit David aux capitaines de Saul [10] ; vous êtes des enfants de mort, vous tous qui ne gardez pas votre maître l’oint du Seigneur.

Qui garde la vie du prince, met la sienne en la garde de Dieu même.

Comme votre vie a été chère et précieuse à mes yeux, dit David au roi Saül [11], ainsi soit chère ma vie devant Dieu même, et qu’il daigne me délivrer de tout péril.

Dieu lui met deux fois entre les mains Saül, qui remuait tout pour le perdre ; ses gens le pressent de se défaire de ce prince injuste et impie ; mais cette proposition lui fait horreur.

Dieu, dit-il [12], sois à mon secours, et qu’il ne m’arrive pas de mettre ma main sur mon maître l’oint du Seigneur.

Loin d’attenter sur sa personne, il est même saisi de frayeur pour avoir coupé un bout de son manteau, encore qu’il ne l’eût fait que pour lui montrer combien religieusement il l’avait épargné.

Le cœur de David fut saisi, parce qu’il avait coupé le bord du manteau de Saül [13] :

tant la personne du prince lui paraît sacrée ; et tant il craint d’avoir violé par la moindre irrévérence le respect qui lui était dû.

On doit obéir au prince par principe de religion et de conscience.

Saint Paul, après avoir dit que le prince est le ministre de Dieu, conclut ainsi [14] :

Il est donc nécessaire que vous lui soyez soumis, non-seulement par la crainte de sa colère, mais encore par l’obligation de votre conscience.

C’est pourquoi

il le faut servir, non à l’œil comme pour plaire aux hommes, mais avec bonne volonté, avec crainte, avec respect, et d’un cœur sincère comme à Jésus-Christ [15].

Et encore :

Serviteurs, obéissez en toutes choses ! à vos maîtres temporels, ne les servant point à l’œil, comme pour plaire à des hommes, mais en simplicité de cœur et dans la crainte de Dieu. Faites de bon cœur tout ce que vous faites comme servant Dieu et non pas les hommes assurés de recevoir de Dieu même la récompense de vos services. Regardez Jésus-Christ comme votre maître [16].

Si l’Apôtre parle ainsi de la servitude, état contre nature, que devons-nous penser de la sujétion légitime aux princes et aux magistrats protecteurs de la liberté publique !
C’est pourquoi saint Pierre dit :

Soyez donc soumis, pour l’amour de Dieu, à l’ordre qui est établi parmi les hommes : soyez soumis au roi comme à celui qui a la puissance suprême ; et à ceux à qui il donne son autorité, comme étant envoyés de lui pour la louange des bonnes actions et la punition des mauvaises [17].

Quand même ils ne s’acquitteraient pas de ce devoir, il faut respecter en eux leur charge et leur ministère.

Obéissez à vos maîtres, non-seulement à ceux qui sont bons et modérés, mais encore à ceux qui sont fâcheux et injustes [18].

Il y a donc quelque chose de religieux dans le respect qu’on rend au prince. Le service de Dieu et le respect pour les rois sont choses unies ; et saint Pierre met ensemble ces deux devoirs :

Craignez Dieu, honorez le roi [19].

Aussi Dieu a-t-il mis dans les princes quelque chose de divin.

J’ai dit : Vous êtes des dieux, et vous êtes tous enfants du Très-Haut [20].

C’est Dieu même que David fait parler ainsi.
De là vient que les serviteurs de Dieu jurent par le salut et la vie du roi, comme par une chose divine et sacrée. Urie parlant à David :

Par votre salut et par la conservation de votre vie, je ne ferai point cette chose [21].

Encore même que le roi soit infidèle, par la vue qu’on doit avoir de l’ordre de Dieu :

Par le salut de Pharaon, je ne vous laisserai point sortir d’ici [22].

Il faut écouter ici les premiers chrétiens, et Tertullien qui parle ainsi au nom d’eux tous :

Nous jurons, non par les génies des césars, mais par leur vie et par leur salut, qui est plus auguste que tous les génies. Ne savez-vous pas que les génies sont des démons ? Mais nous, qui regardons dans les empereurs le choix et le jugement de Dieu qui leur a donné le commandement sur tous les peuples, nous respectons en eux ce que Dieu y a mis, et nous tenons cela à grand serment [23].

Il ajoute :

Que dirai-je davantage de notre religion et de notre piété pour l’empereur, que nous devons respecter comme celui que notre Dieu a choisi : en sorte que je puis dire que César est plus à nous qu’à vous, parce que c’est notre Dieu qui l’a établi [24] ?

C’est donc l’esprit du christianisme de faire respecter les rois avec une espèce de religion, que le même Tertullien appelle très-bien :

la religion de la seconde majesté [25].

Cette seconde majesté n’est qu’un écoulement de la première, c’est-à-dire, de la divine, qui pour le bien des choses humaines, a voulu faire rejaillir quelque partie de son éclat sur les rois.

Les rois doivent respecter leur propre puissance, et ne l’employer qu’au bien public

Leur puissance venant d’en haut, ainsi qu’il a été dit, ils ne doivent pas croire qu’ils en soient les maîtres pour en user à leur gré ; mais ils doivent s’en servir avec crainte et retenue, comme d’une chose qui leur vient de Dieu, et dont Dieu leur demandera compte.

Écoutez, ô rois, et comprenez : apprenez, juges de la terre : prêtez l’oreille, ô vous qui tenez les peuples sous votre empire, et vous plaisez à voir la multitude qui vous environne. C’est Dieu qui vous a donné la puissance : votre force vient du Très-Haut, qui interrogera vos œuvres, et pénétrera le fond de vos pensées ; parce que, étant les ministres de son royaume, vous n’avez pas bien jugé, et n’avez pas marché selon ses volontés. Il vous paraîtra bientôt d’une manière terrible : car à ceux qui commandent est réservé le châtiment le plus dur. On aura pitié des petits et des faibles ; mais les puissants seront puissamment tourmentés. Car Dieu ne redoute la puissance de personne, parce qu’il a fait les grands et les petits, et qu’il a soin également des uns et des autres. Et les plus forts seront tourmentés plus fortement. Je vous le dis, ô rois, afin que vous soyez sages, et que vous ne tombiez pas [26].

Les rois doivent donc trembler en se servant de la puissance que Dieu leur donne, et songer combien horrible est le sacrilège d’employer au mal une puissance qui vient de Dieu.
Nous avons vu les rois assis dans le trône du Seigneur, ayant en main l’épée que lui-même leur a mise en main. Quelle profanation et quelle, audace aux rois injustes, de s’asseoir dans le trône de Dieu, pour donner des arrêts contre ses lois ; et d’employer l’épée qu’il leur met en main, à faire des violences, et à égorger ses enfants !
Qu’ils respectent donc leur puissance ; parce que ce n’est pas leur puissance, mais la puissance de Dieu, dont il faut user saintement et religieusement. Saint Grégoire de Nazianze parle ainsi aux empereurs :

Respectez votre pourpre : reconnaissez le grand mystère de Dieu dans vos personnes : il gouverne par lui-même les choses célestes ; il partage celles de la terre avec vous. Soyez donc des dieux à vos sujets.

C’est-à-dire, gouvernez-les comme Dieu gouverne, d’une manière noble, désintéressée, bienfaisante ; en un mot, divine.

 L’autorité royale est paternelle, et son propre caractère c’est la bonté

Après les choses qui ont été dites, cette vérité n’a plus besoin de preuves.
Nous avons vu que les rois tiennent la place de Dieu, qui est le vrai père du genre humain. Nous avons vu aussi que la première idée de puissance qui ait été parmi les hommes est celle de la puissance paternelle ; et que l’on a fait les rois sur le modèle des pères.
Aussi tout le monde est-il d’accord, que l’obéissance qui est due à la puissance publique, ne se trouve, dans le Décalogue, que dans le précepte qui obligé à honorer ses parents.
Il paraît, par tout cela, que le nom de roi est un nom de père, et que la bonté est le caractère le plus naturel des rois.
Faisons néanmoins ici une réflexion particulière sur une vérité si importante.

La bonté est une qualité royale et le vrai apanage de la grandeur

Le Seigneur votre Dieu est le Dieu des dieux, et le Seigneur des seigneurs : un Dieu grand, puissant, redoutable ; qui n’a point d’égard aux personnes en jugement, et ne reçoit pas de présents ; qui fait justice au pupille et à la veuve ; qui aime l’étranger et lui donne sa nourriture et son vêtement [27].

Parce que Dieu est grand et plein en lui-même, il se tourne, pour ainsi dire, tout entier à faire du bien aux hommes, conformément à cette parole :

Selon sa grandeur, ainsi est sa miséricorde [28].

Il met une image de sa grandeur dans les rois, afin de les obliger à imiter sa bonté.
Il les élève à un état où ils n’ont plus rien a désirer pour eux-mêmes. Nous avons ouï David disant :

Que peut ajouter votre serviteur à toute cette grandeur dont vous l’avez revêtu [29] ?

Et en même temps il leur déclare qu’il leur donne cette grandeur pour l’amour des peuples.

Parce que Dieu aimait son peuple, il vous a fait régner sur eux [30].

Et encore :

Vous avez plu au Seigneur, il vous a placé sur le trône d’Israël ; et parce qu’il aimait ce peuple, il vous a fait leur roi pour faire justice et jugement [31].

C’est pourquoi dans les endroits où nous lisons que le royaume de David fut élevé sur le peuple, l’hébreu et le grec portent pour le peuple. Ce qui montre que la grandeur a pour objet le bien des peuples soumis.
En effet, Dieu qui a formé tous les hommes d’une même terre pour le corps, et a mis également dans leurs âmes son image et sa ressemblance, n’a pas établi entre eux tant de distinctions, pour faire d’un côté des orgueilleux, et de l’autre des esclaves et des misérables. Il n’a fait des grands que pour protéger les petits ; il n’a donné sa puissance aux rois, que pour procurer le bien public, et pour être le support du peuple.

Le prince n’est pas né pour lui-même, mais pour le public

C’est une suite de la proposition précédente, et Dieu confirme cette vérité par l’exemple de Moïse.
Il lui donne son peuple à conduire, et en même temps il fait qu’il s’oublie lui-même.
Après beaucoup de travaux, et après qu’il a supporté l’ingratitude du peuple durant quarante ans, pour le conduire en la terre promise, il en est exclu : Dieu le lui déclare, et que cet honneur était réservé à Josué [32]. Quant à Moïse, il lui dit :

Ce ne sera pas vous qui introduirez ce peuple dans la terre que je leur donnerai [33].

Comme s’il lui disait : Vous en aurez le travail, et un autre en aura le fruit.
Dieu lui déclare sa mort prochaine [34] ; Moïse, sans s’étonner et sans songer à lui-même, le prie seulement de pourvoir au peuple.

Que le Dieu de tous les esprits donne un conducteur à cette multitude, qui puisse marcher devant eux ; qui le mène et le ramène, de peur que le peuple du Seigneur ne soit comme des brebis sans pasteur [35].

Il lui ordonne une grande guerre en ces termes :

Venge ton peuple des Madianites, et puis tu mourras [36].

Il veut lui faire savoir qu’il ne travaille pas pour lui-même, et qu’il est fait pour les autres. Aussitôt, et sans dire un mot sur sa mort prochaine, Moïse donne ses ordres pour la guerre, et l’achève tranquillement [37].
Il achève le peu de vie qui lui reste, à enseigner le peuple et à lui donner les instructions qui composent le livre du Deutéronome. Et puis il meurt, sans aucune récompense sur la terre, dans un temps où Dieu les donnait si libéralement. Aaron a le sacerdoce pour lui et pour sa postérité : Caleb et sa famille est pourvu magnifiquement ; les autres reçoivent d’autres dons : Moïse rien ; on ne sait ce que devient sa famille. C’est un personnage public né pour le bien de l’univers ; ce qui aussi est la véritable grandeur.
Puissent les princes entendre que leur vraie gloire est de n’être pas pour eux-mêmes, et que le bien public qu’ils procurent leur est une assez digne récompense sur la terre, en attendant les biens éternels que Dieu leur réserve !

Le prince doit pourvoir aux besoins du peuple

Le Seigneur a dit à David : Vous paîtrez mon peuple d’Israël, et vous en serez le conducteur [38].
Dieu a choisi David, et l’a tiré d’après les brebis pour paître Jacob son serviteur, et Israël son héritage [39].

Il n’a fait que changer de troupeau : au lieu de paître des brebis, il paît des hommes. Paître, dans la langue sainte, c’est gouverner, et le nom de pasteur signifie le prince ; tant ces choses sont unies.

J’ai dit à Cyrus, dit le Seigneur : Vous êtes mon pasteur [40].

C’est-à-dire, vous êtes le prince que j’ai établi.
Ce n’est donc pas seulement Homère qui appelle les princes, pasteurs des peuples ; c’est le Saint-Esprit. Ce nom les avertit aussi de pourvoir au besoin de tout le troupeau, c’est-à-dire, de tout le peuple.
Quand la souveraine puissance fut donnée à Simon le Macchabée, le décret en est conçu en ces termes :

Tout le peuple l’a établi prince, et il aura soin des saints [41] :

c’est-à-dire, du peuple juif, qui s’appelait aussi le peuple des saints.
C’est un droit royal, de pourvoir aux besoins du peuple. Qui l’entreprend au préjudice du prince, entreprend sur la royauté : c’est pour cela qu’elle est établie ; et l’obligation d’avoir soin du peuple est le fondement de tous les droits que les souverains ont sur leurs sujets.
C’est pourquoi, dans les grands besoins, le peuple a droit d’avoir recours à son prince.

Dans une extrême famine, toute l’Égypte vint crier autour du roi, lui demandant du pain [42].

Les peuples affamés demandent du pain à leur roi, comme à leur pasteur, ou plutôt comme à leur père. Et la prévoyance de Joseph l’avait mis en état d’y pourvoir [43].
Voici sur ces obligations du prince une belle sentence du Sage [44].

Vous ont-ils fait prince ou gouverneur, soyez parmi eux comme l’un d’eux : ayez soin d’eux, et prenez courage ; et reposez-vous après avoir pourvu à tout.

Cette sentence contient deux préceptes :

  • Premier précepte
    Soyez parmi eux comme l’un d’eux.

    Ne soyez point orgueilleux : rendez-vous accessible et familier : ne vous croyez pas, comme on dit, d’un autre métal que vos sujets : mettez-vous à leur place, et soyez-leur tel que vous voudriez qu’ils vous fussent, s’ils étaient à la vôtre.

  • Second précepte
    Ayez soin d’eux, et reposez-vous après avoir pourvu à tout.

    Le repos alors vous est permis : le prince est un personnage public, qui doit croire que quelque chose lui manque à lui-même, quand quelque chose manque au peuple et à l’État.

Dans le peuple, ceux à qui le prince doit le plus pourvoir, sont les faibles

Parce qu’ils ont plus besoin de celui qui est, par sa charge, le père et le protecteur de tous.
C’est pour cela que Dieu recommande principalement aux juges et aux magistrats les veuves et les pupilles.
Job, qui était un grand prince, dit aussi :

On me rendait témoignage, que j’écoutais le cri du pauvre, et délivrais le pupille qui n’avait point de secours : la bénédiction de celui qui allait périr venait sur moi, et je consolais le cœur de la veuve [45].

Et encore :

J’étais l’œil de l’aveugle, le pied du boiteux, le père des pauvres [46].

Et encore :

Je tenais la première place, assis au milieu d’eux, comme un roi environné de sa cour et de son armée : j’étais le consolateur des affligés [47].

Sa tendresse pour les pauvres est inexplicable.

Si j’ai refusé aux pauvres ce qu’ils demandaient, et si j’ai fait attendre les yeux de la veuve ; si j’ai mangé seul mon pain, et ne l’ai pas partagé avec le pupille, parce que la compassion est née avec moi, et a crû dans mon cœur dès mon enfance : si j’ai dédaigné celui qui mourait de froid faute d’habits ; si ses côtés ne m’ont pas béni, et s’il n’a pas été réchauffé par la laine de mes brebis, puisse mon épaule se séparer de sa jointure, et que mon bras soit brisé avec ses os [48].

Être impitoyable à son peuple, c’est se séparer de ses propres membres, et on mérite de perdre ceux de son corps.
Il donne libéralement ; il donne pénétré de compassion ; il donne, sans faire attendre : qu’y a-t-il de plus paternel et de plus royal ?
Dans les vœux que David fit pour Salomon, le jour de son sacre, il ne parle que du soin qu’il aura des pauvres, et met en cela tout le bonheur de son règne.

Il jugera le peuple avec équité, et fera justice au pauvre [49].

Il ne se lasse point de louer cette bonté pour les pauvres.

Il protégera, dit-il, les pauvres du peuple, et il sauvera les enfants des pauvres, et il abattra leurs oppresseurs.

Et encore :

Tous les rois de la terre l’adoreront, et toutes les nations lui seront sujettes, parce qu’il délivrera le pauvre des mains du puissant, le pauvre qui n’avait point de secours. Il sera bon au pauvre et à l’indigent ; il sauvera les âmes des pauvres ; il les délivrera des usures et des violences, et leur nom sera honorable devant lui.

Ses bontés pour les pauvres lui attireront avec de grandes richesses, la prolongation de ses jours, et la bénédiction de tous les peuples.

Il vivra, et l’or de Saba lui sera donné ; il sera le sujet de tous les vœux, on ne cessera de le bénir.

Voilà un règne merveilleux, et digne de figurer celui du Messie.
David avait bien conçu que rien n’est plus royal que d’être le secours de qui n’en a point ; et c’est tout ce qu’il souhaite au roi son fils.

Ceux qui commandent les peuples, soit princes, soit gouverneurs, doivent, à l’exemple de Néhémias, soulager le peuple accablé [50].

Les gouverneurs qui m’avaient précédé foulaient le peuple, et leurs serviteurs tiraient beaucoup : et moi, qui craignais Dieu, je n’en ai pas usé ainsi ; au contraire, j’ai contribué à rebâtir les murailles : je n’ai rien acquis dans le pays ; plus soigneux de donner que de m’enrichir : et je faisais travailler mes serviteurs. Je tenais une grande table, où venaient les magistrats et les principaux de la ville, sans prendre les revenus assignés au gouverneur ; car le peuple était fort appauvri.

C’est ainsi que Néhémias se réjouissait d’avoir soulagé le pauvre peuple, et il dit ensuite plein de confiance :

Ô Seigneur ! souvenez-vous de moi en bien, selon le bien que j’ai fait à votre peuple [51].

Le vrai caractère du prince est de pourvoir aux besoins du peuple, comme celui du tyran est de ne songer qu’à lui-même

Aristote l’a dit ; mais le Saint-Esprit l’a prononcé avec plus de force.
Il représente en un mot le caractère d’une âme superbe et tyrannique, en lui faisant dire :

Je suis, et il n’y a que moi sur la terre [52].

Il maudit les princes qui ne songent qu’à eux-mêmes, par ces terribles paroles [53] :

Voici ce que dit le Seigneur : Malheur aux pasteurs d’Israël qui se paissent eux-mêmes. Les troupeaux ne doivent-ils pas être nourris par les pasteurs ? vous mangiez le lait de mes brebis, et vous vous couvriez de leur laine, et vous tuiez ce qu’il y avait de plus gras dans le troupeau, et ne le paissiez pas ; vous n’avez pas fortifié ce qui était faible, ni guéri ce qui était malade, ni remis ce qui était rompu, ni cherché ce qui était égaré, ni ramené ce qui était perdu : vous vous contentiez de leur parler durement et impérieusement. Et mes brebis dispersées, parce qu’elles n’avaient pas de pasteurs, ont été la proie des bêtes farouches : elles ont erré dans toutes les montagnes et dans toutes les collines, et se sont répandues sur toute la face de la terre ; et personne ne les recherchait, dit le Seigneur. Pour cela, ô pasteurs, écoutez la parole du Seigneur : Je vis éternellement, dit le Seigneur : parce que mes brebis dispersées ont été en proie faute d’avoir des pasteurs ; car mes pasteurs ne cherchaient point mon troupeau : ces pasteurs se paissaient eux-mêmes, et ne paissaient point mes brebis ; et voici ce que dit le Seigneur : Je rechercherai mes brebis de la main de leurs pasteurs, et je les chasserai, afin qu’ils ne paissent plus mon troupeau, et ne se paissent plus eux-mêmes ; et je délivrerai mon troupeau de leur bouche, et ils ne le dévoreront plus.

On voit ici, premièrement : que le caractère du mauvais prince est de se paître soi-même, et de ne songer pas au troupeau ;

Deuxièmement : que le Saint-Esprit lui demande compte non-seulement du mal qu’il fait, mais encore de celui qu’il ne guérit pas ;

Troisièmement : que tout le mal que les ravisseurs font à ses peuples, pendant qu’il les abandonne, et ne songe qu’à ses plaisirs, retombe sur lui.

Le prince inutile au bien du peuple, est puni aussi bien que le méchant qui le tyrannise.

C’est la règle de la justice divine, de ne punir pas seulement les serviteurs violents, qui abusent du pouvoir qu’il leur a donné, mais encore les serviteurs inutiles, qui ne font pas profiter le talent qu’il leur a mis en main.

Jetez le serviteur inutile dans les ténèbres extérieures, c’est-à-dire, dans la prison obscure et profonde, qui est hors de la maison de Dieu : là seront pleurs et grincements de dents [54].

C’est pourquoi nous venons d’entendre qu’il reprochait aux pasteurs, non-seulement qu’ils dévoraient son troupeau, mais qu’ils ne le guérissaient pas, qu’ils le négligeaient et le laissaient dévorer.
Mardochée manda aussi à la reine Esther, dans le péril extrême du peuple de Dieu :

Ne croyez pas vous pouvoir sauver toute seule, parce que vous êtes la reine, et élevée au-dessus de tous les autres : car si vous vous taisez, les Juifs seront délivrés par quelque autre voie ; et vous périrez, vous, et la maison de votre père [55].

La bonté du prince ne doit pas être altérée par l’ingratitude du peuple

Il n’y a rien de plus ingrat envers Moïse que le peuple juif. Il n’y a rien de meilleur envers le peuple juif que Moïse. On n’entend partout dans l’Exode et dans les Nombres, que des murmures insolents de ce peuple contre lui ; toutes leurs plaintes sont séditieuses, et jamais il n’entend de leur bouche des remontrances tranquilles. Des menaces ils passent aux effets.

Tout le peuple criait contre lui, et voulait le lapider [56].

Mais, pendant cette fureur, il plaide leur cause devant Dieu, qui voulait les perdre.

Je les frapperai de peste, et je les exterminerai, et je te ferai prince d’une grande nation plus puissante que celle-ci. &mdash ; Oui, Seigneur, répondit Moïse, afin que les Égyptiens blasphèment contre vous. Glorifiez plutôt votre puissance, ô Dieu patient et de grande miséricorde ! et pardonnez à ce peuple selon vos bontés infinies [57].

Il ne répond pas seulement aux promesses que Dieu lui fait, occupé du péril de ce peuple ingrat, et s’oubliant toujours lui-même.
Bien plus, il se dévoue pour eux.

Seigneur, ou pardonnez-leur ce péché, ou effacez-moi de votre livre [58] :

c’est-à-dire, ôtez-moi la vie.
David imite Moïse. Malgré toutes ses bontés, son peuple avait suivi la révolte d’Absalon ; et depuis, celle de Séba [59]. Il ne leur en est pas moins bon ; et même ne laisse pas de se dévouer, lui et sa famille, pour ce peuple tant de fois rebelle.

Voyant l’ange qui frappait le peuple : Ô Seigneur ! s’écria-t-il, c’est moi qui ai péché, c’est moi qui suis coupable ; qu’ont fait ces brebis que vous frappez ? Tournez votre main contre moi, et contre la maison de mon père [60].
À Dieu ne plaise, dit Job [61], que je me sois réjoui de la chute de mon ennemi, ou du mal qui lui arrivait. Je n’ai pas même péché contre lui par des paroles, ni je n’ai fait aucune imprécation contre sa vie.

Le prince ne doit rien donner à son ressentiment ni à son humeur.

Les commencements de Saül sont admirables, lorsque la fortune n’avait pas encore perverti en lui les bonnes dispositions qui l’avaient rendu digne de la royauté. Une partie du peuple avait refusé de lui obéir :

Cet homme nous pourra-t-il sauver ? Ils le méprisèrent, et ne lui apportèrent pas les présents ordinaires en cette occasion [62].

Comme donc il venait de remporter une glorieuse victoire,

tout le peuple dit à Samuel : Qu’on nous donne ceux qui ont dit : Saül ne sera pas notre roi, et qu’on les fasse mourir. À quoi Saül répondit : Personne ne sera tué en ce jour, que Dieu a sauvé son peuple [63].

En ce jour de triomphe et de salut, il ne pouvait offrir à Dieu un plus digne sacrifice que celui de la clémence.
Voici encore un exemple de sa vertu en la personne de David. Durant que Saül le persécutait, il était avec ses troupes vers le Carmel, où il y avait un homme extraordinairement riche, nommé Nabal. David le traitait avec toute la bonté possible : non-seulement il ne souffrait pas que ses soldats lui fissent aucun tort ; chose difficile dans la licence de la guerre, et parmi des troupes tumultuairement ramassées sans paye réglée, telles qu’étaient alors celles de David ; mais les gens de Nabal confessaient eux-mêmes, qu’il les protégeait en toutes choses.

Ces hommes, disent-ils, nous sont fort bons : nous n’avons jamais rien perdu parmi eux ; et au contraire, pendant que nous paissions nos troupeaux, ils nous étaient nuit et jour comme un rempart [64].

C’est le vrai usage de la puissance : car que sert d’être le plus fort, si ce n’est pour soutenir le plus faible ?
C’est ainsi qu’en usait David : et cependant comme ses soldats, en un jour de réjouissance, vinrent demander à Nabal, avec toute la douceur possible, qu’il leur donnât si peu qu’il voudrait ; cet homme féroce, non-seulement le refusa, mais encore il s’emporta contre David d’une manière outrageuse, sans aucun respect pour un si grand homme, destiné à la royauté par ordre de Dieu ; et, sans être touché de la persécution qu’il souffrait injustement, l’appelant, au contraire, un valet rebelle qui voulait faire le maître [65].
À ce coup la douceur de David fut poussée à bout ; il courait à la vengeance : mais Dieu lui envoie Abigaïl, femme de Nabal, aussi prudente que belle, qui lui parla en ces termes [66] :

Que le roi mon seigneur ne prenne pas garde aux emportements de cet insensé. Vive le Seigneur qui vous a empêché de verser le sang, et a conservé vos mains pures et innocentes ! le Seigneur vous sera une maison puissante et fidèle, parce que vous combattez pour lui. À Dieu ne plaise qu’il vous arrive de faire aucun mal dans tout le cours de votre vie ! Quand le Seigneur aura accompli ce qu’il vous a promis, et qu’il vous aura établi roi sur son peuple d’Israël, vous n’aurez point le regret d’avoir répandu le sang innocent, ni de vous être vengé vous-même, et cette triste pensée ne viendra pas vous troubler au milieu de votre gloire ; et mon seigneur se ressouviendra de sa servante.

Elle parlait à David comme assurée de sa bonté, et le touchait en effet par où il était sensible, lui faisant voir que la grandeur n’était donnée aux hommes que pour bien faire, comme il avait toujours fait ; et qu’au reste toute sa puissance n’aurait plus d’agrément pour lui, s’il pouvait se reprocher d’en avoir usé avec violence.
David, pénétré de ce discours, s’écrie [67] :

Béni soit le Dieu d’Israël qui vous a envoyée à ma rencontre ; béni soit votre discours, qui a calmé ma colère ; et bénie soyez-vous vous-même, vous qui m’avez empêché de verser du sang, et de me venger de ma main.

Comme il goûte la douceur de dompter sa colère ! et dans quelle horreur entre-t-il de l’action qu’il allait faire !
Il reconnaît qu’en effet la puissance doit être odieuse, même à celui qui l’a en main, quand elle le porte à sacrifier le sang innocent à son ressentiment particulier. Ce n’est pas être puissant, que de n’avoir pu résister à la tentation de la puissance ; et quand on en a abusé, on sent toujours en soi-même qu’on ne la méritait pas.
Voilà quel était David : et il n’y a rien qui fasse plus déplorer ce que l’amour et le plaisir peut sur les hommes, que de voir un si bon prince poussé jusqu’au meurtre d’Urie par cette aveugle passion.
Si le prince ne doit rien donner à ses ressentiments particuliers, à plus forte raison ne doit-il pas se laisser maîtriser par son humeur, ni par des aversions ou des inclinations irrégulières : mais il doit agir toujours par raison comme on dira dans la suite.

Un bon prince épargne le sang humain.

Qui me donnera, avait dit David [68], qui me donnera de l’eau de la citerne de Bethléem ? Aussitôt trois vaillants hommes percèrent le camp des Philistins, et lui apportèrent de l’eau de cette citerne : mais il ne voulut pas en boire, et la répandit devant Dieu en effusion, disant : Le Seigneur me soit propice ; à Dieu ne plaise que je boive le sang de ces hommes, et le péril de leurs âmes.
Il sent, dit saint Ambroise [i], sa conscience blessée par le péril où ces vaillants hommes s’étaient mis pour le satisfaire ; et cette eau qu’il voit achetée au prix du sang, ne lui cause plus que de l’horreur.

Un bon prince déteste les actions sanguinaires

Retirez-vous de moi, gens sanguinaires,

disait David [69]. Il n’y a rien qui s’accorde moins avec le protecteur de la vie et du salut de tout le peuple, que les hommes cruels et violents.
Après le meurtre d’Urie, le même David, qu’un amour aveugle avait jeté, contre sa nature, dans cette action sanguinaire, croyait toujours nager dans le sang ; et ayant horreur de lui-même, il s’écriait :

Ô Seigneur ! délivrez-moi du sang [70].

Les violences et les cruautés, toujours détestables, le sont encore plus dans les princes, établis pour les empêcher et les punir. Dieu, qui avait supporté avec patience les impiétés d’Achab et de Jézabel, laisse partir la dernière et irrévocable sentence, après qu’ils ont répandu le sang de Naboth. Aussitôt Élie est envoyé pour dire à ce roi cruel [71] :

Tu as tué, et tu as possédé le bien de Naboth, et tu ajouteras encore à tes crimes ; mais voici ce que dit le Seigneur : Au même lieu où les chiens ont léché le sang de Naboth, ils lécheront aussi ton sang ; et je ruinerai ta maison sans qu’il en reste un seul homme, et les chiens mangeront le corps de ta femme Jézabel. Si Achab meurt dans la ville, les chiens le mangeront ; et s’il meurt à la campagne, il sera donné aux oiseaux.

Antiochus, surnommé l’Illustre, roi de Syrie, périt d’une manière moins violente en apparence, mais non moins terrible. Dieu le punit en l’abandonnant aux reproches de sa conscience, et à des chagrins furieux, qui se tournèrent enfin en maladie incurable.
Son avarice l’avait engagé à piller le temple de Jérusalem, et ensuite à persécuter le peuple de Dieu. Il fit de grands meurtres, et parla avec grand orgueil [72]. Et voilà que tout d’un coup, entendant parler des victoires des Juifs qu’il persécutait à toute outrance,

il fut saisi de frayeur à ce discours, et fut jeté dans un grand trouble : il se mit au lit, et tomba dans une profonde tristesse ; parce que ses desseins ne lui avaient pas réussi. Il fut plusieurs jours en cet état ; sa tristesse se renouvelait et s’augmentait tous les jours, et il se sentait mourir. Alors, appelant tous ses courtisans, il leur dit : Le sommeil s’est retiré de mes yeux ; je n’ai plus de force, et mon cœur est abattu par de cruelles inquiétudes. En quel abîme de tristesse suis-je plongé ! quelle horrible agitation sens-je en moi-même, moi qui étais si heureux, et si chéri de toute ma cour dans ma puissance ! Maintenant je me ressouviens des maux et des pilleries que j’ai faites à Jérusalem, et des ordres que j’ai donnés sans raison pour faire périr les peuples de la Judée. Je connais que c’est pour cela que m’arrivent les maux où je suis : et voilà que je péris accablé de tristesse, dans une terre étrangère [73].

Il se joignit à cette tristesse des douleurs d’entrailles, et des ulcères par tout le corps : il devint insupportable à lui-même, aussi bien qu’aux autres, par la puanteur qu’exhalaient ses membres pourris. En vain reconnut-il la puissance divine par ces paroles :

Il est juste d’être soumis à Dieu, et qu’un mortel ne s’égale pas à lui ; Dieu rejeta des soumissions forcées. Et ce méchant le priait en vain dans un temps où Dieu avait résolu de ne lui plus faire de miséricorde [74].
Ainsi mourut ce meurtrier et ce blasphémateur, traité comme il avait traité les autres [75].

C’est-à-dire, qu’il trouva Dieu impitoyable, comme il l’avait été.
Voilà ce qui arrive aux rois violents et sanguinaires. Ceux qui oppriment le peuple, et l’épuisent par de cruelles vexations, doivent craindre la même vengeance, puisqu’il est écrit [76] :

Le pain est la vie du pauvre : qui le lui ôte est un homme sanguinaire.

Les bons princes exposent leur vie pour le salut de leurs peuples, et la conservent aussi pour l’amour d’eux.

L’un et l’autre nous paraît par ces deux exemples.
Pendant la révolte d’Absalon, David mit son armée en bataille, et voulut marcher avec elle à son ordinaire.

Mais le peuple lui dit : Vous ne viendrez pas : car quand nous serons défaits, les rebelles ne croiront pas pour cela avoir vaincu. Vous êtes vous seul compté pour dix mille, et il vaut mieux que vous demeuriez dans la ville pour nous sauver tous. Le roi répondit : Je suivrai vos conseils [77].

Il cède sans résistance, il ne fait aucun semblant de se retirer à regret ; en un mot, il ne fait point le vaillant : c’est qu’il l’était.

Dans un combat des Philistins contre David, comme les forces lui manquaient, un Philistin allait le percer ; Abisaï, fils de Sarvia, le défendit, et tua le Philistin : alors les gens de David lui dirent avec serment : Vous ne viendrez plus avec nous à la guerre, pour ne point éteindre la lumière d’Israël [78].

La valeur de David s’était fait sentir aux Philistins, à ce fier géant Goliath, et même aux ours et aux lions, qu’il déchirait comme des agneaux [79]. Cependant nous ne lisons point qu’il ait combattu depuis ce temps. Il ne faut pas moins estimer la condescendance d’un roi si vaillant, qui se conserve pour son État, que la piété de ses sujets.
Au reste, l’histoire des rois, et celle des Machabées, sont pleines de fameux exemples de princes qui ont exposé leur vie pour le peuple ; et il est inutile de les rapporter.
L’antiquité païenne a admiré ceux qui se sont dévoués pour leur patrie. Saül, au commencement de son règne, et David à la fin du sien, se sont dévoués à la vengeance divine pour sauver leur peuple.
Nous avons déjà rapporté l’exemple de David : voyons celui de Saül.
Saül victorieux, résolu de poursuivre les ennemis jusqu’au bout ; selon une coutume ancienne dont on voit des exemples dans toutes les nations, engagea tout le peuple par ce serment :

Maudit celui qui mangera jusqu’au soir, et jusqu’à ce que je me sois vengé de mes ennemis [80] ;

c’est-à-dire, des Philistins, ennemis de l’État. Jonathas, qui n’avait pas ouï ce serment de son père, mangea, contre l’ordre, dans son extrême besoin [81] ; et Dieu, qui voulait montrer, ou combien était redoutable la religion du serment, ou combien on doit être prompt à savoir les ordres publics, témoigna sa colère contre tout le peuple [82]. Sur cela que fait Saül [83] ?

Vive Dieu, le Sauveur d’Israël ! dit-il ; si la faute est arrivée par mon fils Jonathas, il sera irrémissiblement puni de mort. Séparez-vous d’un côté, et moi je serai de l’autre avec Jonathas. Ô Seigneur Dieu d’Israël ! faites connaître en qui est la faute qui vous a mis en colère contre votre peuple. Si elle est en moi, ou en Jonathas, faites-le connaître. Aussitôt le sort fut jeté ; Dieu le gouverna : tout le peuple fut délivré ; il ne restait que Saül et Jonathas. Saül poursuit sans hésiter : Jetez le sort entre moi et Jonathas : il tombe sur Jonathas [84] ;

ce jeune prince avoue ce qu’il avait fait, son père persiste invinciblement à vouloir le faire mourir : il fallut que tout le peuple s’unît pour empêcher l’exécution [85] ; mais du côté de Saül le vœu fut accompli, et Jonathas fut dévoué à la mort sans s’y opposer.

Le gouvernement doit être doux.

Ne soyez pas comme un lion dans votre maison, opprimant vos sujets et vos domestiques [86].

Le prince ne doit être redoutable qu’aux méchants. Car, comme dit l’apôtre [87],

il n’est pas donné pour faire craindre ceux qui font bien, mais ceux qui font mal. Voulez-vous ne craindre pas le prince, faites bien ; et vous n’aurez de lui que des louanges. Car il est ministre de Dieu pour le bien : que si vous faites mal, ce tremblez ; car ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée.

Ainsi le gouvernement est doux de sa nature ; et le prince ne doit être rude, qu’y étant forcé par les crimes.
Hors de là, il lui convient d’être bon, affable, indulgent, en sorte qu’on sente à peine qu’il soit le maître.

Vous ont-ils fait leur prince, ou leur gouverneur, soyez parmi eux comme l’un d’eux [88].

C’est au prince de pratiquer ce précepte de l’Ecclésiastique [89] :

Prêtez l’oreille au pauvre sans chagrin ; rendez-lui ce que vous lui devez, et répondez-lui paisiblement et avec douceur.

La douceur aide à entendre et à bien répondre.

Soyez doux à écouter la parole, afin de la concevoir, et de rendre avec sagesse une réponse véritable [90].

Par la douceur on expédie mieux les affaires, et on acquiert une grande gloire.

Mon fils, faites vos affaires avec douceur, et vous élèverez votre gloire au-dessus de tous les hommes [91].

Moïse était le plus doux de tous les hommes [92], et par là le plus digne de commander sous un Dieu qui est la bonté même.

Il a été sanctifié par sa foi et par sa douceur ; et Dieu l’a choisi parmi tous les hommes pour être le conducteur de son peuple [93].

Nous avons vu la bonté et la douceur de Job, qui,

assis au milieu du peuple comme un roi environné de sa cour, était le consolateur des affligés [94].

Moïse ne se lassait jamais d’écouter le peuple, tout ingrat qu’était ce peuple à ses bontés,

et il y passait depuis le matin jusqu’au soir [95].

David était tendre et bon. Nathan le prend par la pitié, et commence par cet endroit, comme par le plus sensible, à lui faire entendre son crime.

Un pauvre homme n’avait, dit-il [96], qu’une petite brebis ; elle couchait en son sein, et il l’aimait comme sa fille : et un riche la lui a ravie et tuée, etc.

Cette femme de Thécua, qui venait lui persuader de rappeler Absalon, le prend par le même endroit :

Hélas ! je suis une femme veuve : un de mes fils a tué son frère ; et ma parenté assemblée me veut encore ôter celui qui me reste, et éteindre l’étincelle qui m’est demeurée : et le roi lui dit : Allez, j’y donnerai ordre [97].

Elle achève de le toucher, en lui représentant le bien du peuple, comme la chose qui lui était la plus chère.

D’où vous vient cette pensée contre le peuple de Dieu ? et pourquoi ne rappelez- vous pas votre fils banni, que tout le peuple désire [98] ?

On peut voir par les choses qui ont été dites, que toute la vie de ce prince est pleine de bonté et de douceur. Ce n’est donc pas sans raison que nous lisons dans un psaume, qui apparemment est de Salomon [99] :

Ô Seigneur ! souvenez-vous de David et de toute sa douceur.

Ainsi, parmi tant de belles qualités de David, son fils n’en trouve point de plus mémorable, ni de plus agréable à Dieu, que sa grande douceur.
Il n’y a rien aussi que les peuples célèbrent tant.

Nous avons ouï dire que les rois de la maison d’Israël sont doux et cléments [100].

Les Syriens parlent ainsi à leur roi Bénadad, prisonnier d’un roi d’Israël. Belle réputation de ces rois parmi les peuples étrangers, et qualité vraiment royale !

Les princes sont faits pour être aimés

Nous avons déjà rapporté cette parole :

Salomon s’assit dans le trône du Seigneur, et il plut à tous, et tout le monde lui obéit [101].

On ne connaît pas ce jeune prince : il se montre, et gagne les cœurs par la seule vue. Le trône du Seigneur, où il est assis, fait qu’on l’aime naturellement, et rend l’obéissance agréable.
De cet attrait naturel des peuples pour leurs princes, naît la mémorable dispute entre ceux de Juda, et les autres Israélites, à qui servirait mieux le roi [102].

Ces derniers vinrent à David, et lui dirent : Pourquoi nos frères de Juda nous ont-ils dérobé le roi, et l’ont-ils ramené à sa maison, comme si c’était à eux seuls de le servir ? Et ceux de Juda répondirent : C’est que le roi m’est plus proche qu’à vous, et qu’il est de notre tribu ; pourquoi vous fâchez-vous ? l’avons-nous fait par intérêt ? nous a-t-on donné des présents ou quelque chose pour subsister ? Et ceux d’Israël répondirent : Nous sommes dix fois plus que vous, et nous avons plus de part que vous en la personne du roi : vous nous avez fait injure, de ne nous avertir pas les premiers pour ramener notre roi. Ceux de Juda répondirent durement à ceux d’Israël.

Chacun veut avoir le roi ; chacun, passionné pour lui, envie aux autres la gloire de le posséder : il en arriverait quelque sédition, si le prince, qui en effet est un bien public, ne se donnait également à tous.
Il y a un charme pour les peuples dans la vue du prince ; et rien ne lui est plus aisé que de se faire aimer avec passion.

La vie est dans la gaieté du visage du roi, et sa clémence est comme la pluie du soir ou de l’arrière-saison [103].

La pluie, qui vient alors rafraîchir la terre desséchée par l’ardeur ou du jour ou de l’été, n’est pas plus agréable qu’un prince qui tempère son autorité par la douceur ; et son visage ravit tout le monde quand il est serein.
Job explique admirablement ce charme secret du prince.

Ils attendaient mes paroles comme la rosée, et ils y ouvraient leur bouche comme on fait à la pluie du soir. Si je leur souriais, ils avaient peine à le croire ; et ils ne laissaient point tomber à terre les rayons de mon visage [104].

Après le grand chaud du jour ou de l’été, c’est-à-dire, après le trouble et l’affliction, ses paroles étaient consolantes ; les peuples étaient ravis de le voir passer : et heureux d’avoir un regard, ils le recueillaient comme quelque chose de précieux.
Que le prince soit donc facile à distribuer des regards bénins, et à dire des paroles obligeantes.

La rosée rafraîchit l’ardeur, et une douce parole vaut mieux qu’un présent [105].

Et encore :

Une douce parole multiplie les amis, et adoucit les ennemis ; et une langue agréable donne l’abondance [106].

Il y faut pourtant joindre les effets.

L’homme qui donne des espérances trompeuses, et n’accomplit pas ses promesses, c’est une nuée et un vent qui n’est pas suivi de la pluie [107].

Un prince bienfaisant est adoré par son peuple.

Tout le pays fut en repos durant les jours de Simon : il cherchait le bien de sa nation : aussi sa puissance et sa gloire faisaient le plaisir de tout le peuple [108].

Que la puissance est affermie, quand elle est ainsi chérie par les peuples ! et que Salomon a raison de dire :

La bonté et la justice gardent le roi ; et son trône est affermi par la clémence [109] !

Voilà une belle garde pour le roi, et un digne soutien de son trône.

Un prince qui se fait haïr par ses violences, est toujours à la veille de périr

Il est regardé non comme un homme, mais comme une bête féroce.

Le prince impitoyable est un lion rugissant, et un ours affamé [110].

Il se peut assurer qu’il vit au milieu de ses ennemis. Comme il n’aime personne, personne ne l’aime.

Il dit en son cœur : Je suis, et il n’y a que moi sur la terre : il lui viendra du mal sans qu’il sache de quel côté : il tombera dans une misère inévitable. La calamité viendra sur lui, lorsqu’il y pensera le moins [111].
Brisez la tête des princes ennemis qui disent : Il n’y a que nous [112].

Ce n’est pas, comme nous verrons, qu’il soit permis d’attenter sur eux ; à Dieu ne plaise ! mais le Saint-Esprit nous apprend qu’ils ne méritent pas de vivre, et qu’ils ont tout à craindre, tant des peuples poussés à bout par leur violence, que de Dieu qui a prononcé que

les hommes sanguinaires et trompeurs ne verront pas la moitié de leurs jours [113].

Le prince doit se garder des paroles rudes et moqueuses

Nous avons vu que le prince doit tenir ses mains nettes de sang et de violence ; mais il doit aussi retenir sa langue, dont les blessures souvent ne sont pas moins dangereuses, selon cette parole de David :

Leur langue est une épée affilée [114].

Et encore :

Ils ont aiguisé leurs langues comme des langues de serpent. Leur morsure est venimeuse et mortelle [115].

La colère du prince, déclarée par ses paroles, cause des meurtres, et vérifie ce que dit le Sage [116] :

L’indignation du roi annonce la mort.

Son discours, loin d’être emporté et violent, ne doit pas même être rude. De tels discours aliènent tous les esprits.

Une douce parole abat la colère, un discours rude met en fureur [117].

Surtout un discours moqueur est insupportable en sa bouche.

N’offensez point votre serviteur qui travaille de bonne foi, et qui vous donne sa vie [118].

Et encore :

Ne vous moquez pas de l’affligé : car il y a un Dieu qui voit tout, qui élève, et qui abaisse [119].

Ne vous fiez donc pas à votre puissance ; et qu’elle ne vous emporte pas à des moqueries insolentes. Il n’y a rien de plus odieux. Que peut-on attendre d’un prince, dont on ne reçoit pas même d’honnêtes paroles ?
Au contraire, il est de la bonté du prince de réprimer les médisances et les railleries outrageuses. Le moyen en est aisé ; un regard sévère suffit.

Le vent de bise dissipe la pluie ; et un visage triste arrête une langue médisante [120].

La médisance n’est jamais plus insolente, que lorsqu’elle a osé paraître devant la face du prince ; et c’est là par conséquent qu’elle doit être le plus réprimée.




Notes :

[1Rom. XIII,1,2.

[2Ibid. 4.

[3II. Par. XIII, 8.

[4I. Par. XXVIII, 5.

[5Ibid. XXIX, 23.

[6Eccl. XVII, 14, 15.

[7I. Reg. IX, 16 ; XVI, 3, etc.

[8Is. XLV, I.

[9I. Reg. XII, 3, 4, 5.

[10Ibid. XXVI. 16

[11Ibid. 24.

[12Ibid. XXIV, 7, II, etc. ; XXVI, 23.

[13Ibid. XXIV, 6.

[14Rom. XIII, 5.

[15Ephés, VI, 5, 6.

[16Coloss, III, 22, 23, 24.

[17I. Petr, II, 13, 14.

[18Id. 18.

[19Id. 17.

[20Ps. lxxxi, 6.

[21II. Reg. XI, 11 ; XIV, 19.

[22Gen. XLII, 15, 16.

[23Tertull. Apol. n° 32.

[24Id. Ibid. n° 33.

[25Id. Ibid. n°30.

[26Sap., VI, 2, 3, etc.

[27Eccl. II, 23.

[28Deut. X, 17, 18.

[29II. Reg. VII, 20. I. Par. XVII, 18.

[30II. Par. II, 11.

[31III. Reg. X, 9.

[32Deut., XXXI, 7.

[33Num., XX, 12.

[34Ibid., XX, 13.

[35Ibid., 16, 17.

[36Ibid., XXXI, 2.

[37Ibid., 3, 7.

[38II. Reg. V, 2.

[39Ps. LXXVII, 70, 71.

[40Is. XLIV, 28 et alibi.

[41I. Mach. XIV, 42.

[42Gen. XLI, 55.

[43Ibid. 47.

[44Eccl. XXXII, I, 2.

[45Job. XXIX, 11, 12, 13.

[46Id. Ibid. 15, 16.

[47Id. Ibid. 25.

[48Id. Ibid. XXXI, 16, 17, 18, etc.

[49Ps. LXXI. 1, 4, 11, 12, etc.

[50II. Esdr. V, 15, 16, 17, 18.

[51Id. Ibid. 19.

[52Is. XLVII, 10.

[53Ezech. XXXIV, 2, 3, 4, etc.

[54Matth. XXV, 30.

[55Esth. IV, 13, 14.

[56Num. XIV, 4, 10.

[57Ibid. 12, 13, etc.

[58Exod. XXXII, 32.

[59II. Reg. XV, XX.

[60Ibid. XXIV, 17.

[61Job. XXXI, 29, 30.

[62I. Reg. X, 27.

[63Ibid. XI, 12, 13.

[64Ibid. XXV, 15, 16.

[65Ibid. 18, etc.

[66Ibid. 25, 26, etc.

[67I. Reg. XXV, 32, 33.

[68II. Reg. XXIII, 16, 16, 17.

[iAmbr. Apol. David, cap. VII, n° 34, t. I, col. 686.

[69Ps. CXXXVIII, 19.

[70Ps. L, 16.

[71III. Reg. XXI, 19, 23, 24.

[72I. Mach. I, 23, 24, 25.

[73I, Mach. VI, 8, 9, 10, etc.

[74II. Mach. IX, 5, 9, 12, 15.

[75Id. Ibid. 28.

[76Eccl. XXXIV, 25.

[77II. Reg. XVIII, 3, 4.

[78II. Reg. XXI, 15, 16, 17.

[79I Reg. XVII, 36. Eccl. XLVII, 3.

[80I. Reg. XIV, 24.

[81Ibid. 27.

[82Ibid. 37.

[83Ibid. 39, 40, 41.

[84I. Reg. XIV, 42.

[85Ibid. 45.

[86Eccl. IV, 35.

[87Rom. XIII, 3, 4.

[88Eccl. XXXII, 1.

[89Ibid. IV, 8.

[90Ibid. V, 13.

[91Ibid. III, 19.

[92Num. XII, 3.

[93Eccl. XLV, 4.

[94Job. XXIX, 25.

[95Exod. XVIII, 13.

[96II. Reg. XII, 3, 4.

[97Ibid. XIV, 5, 6, 7, 8.

[98Ibid. 13.

[99Ps. CXXXI, I.

[100III. Reg. XX, 31.

[101I. Par, XXIX, 23.

[102II. Reg. XIX, 41, 42, 43.

[103Prov. XVI, 15.

[104Job. XXIX, 23, 24.

[105Eccl. XVIII, 16.

[106Eccl. VI, 5.

[107Prov. XXV, 14.

[108I. Mach. XIV, 4.

[109Prov. XX, 28.

[110Ibid. XXVIII, 15.

[111Is. XLVII, 10, 11.

[112Eccl. XXXVI, 12.

[113Ps. LIV, 24.

[114Ps. LVI, 5.

[115Ibid. CXXXIX, 3.

[116Prov. XVI, 1.

[117Ibid. XVI, 1.

[118Eccl. VII, 22.

[119Ibid. 12.

[120Prov. XXV, 23.


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