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Le Régent, la Robe et le commis-greffier, par Isabelle BRANCOURT

Introduction à l’édition intégrale du Journal du Parlement de Pontoise, en 1720
dimanche 28 avril 2013 par La Légitimité Enregistrer au format PDF

Le document transcrit dans ce livre est le manuscrit autographe du Journal tenu par un commis du greffe du Parlement de Paris pendant l’été 1720. Haut en couleur, pittoresque, tragique dans sa simplicité, mais irrésistiblement comique dans ses détails, ce témoignage journalistique constitue une incomparable photographie de la vie et des préoccupations des Français de ce début du XVIIIe siècle.

Un témoin naïf des grands évènements du début du XVIIIe siècle

Gilbert, sieur de L’Isle, observateur bien placé

Le Régent, la Robe et le commis-greffier, un titre à la manière de La Fontaine ! Notre poète national n’est pas loin, ni dans la forme ni dans le fond, car le journal de Jean Gilbert a bien des allures de fable…

Ce Gilbert, méconnu, est entré dans l’histoire par un surnom, celui de « sieur De L’Isle », qu’il s’est donné, sans doute. Ce fut évidemment, non pour « seigneuriser » sa modeste personne, mais pour ne pas risquer une confusion avec la famille de ses maîtres, les très nobles seigneurs Gilbert de Voisins.
Gilbert « de L’Isle » fut secrétaire du greffier en chef civil du Parlement de Paris dès les années 1680, et très subalterne, mais actif, officier du greffe de la prestigieuse institution, dans les années 1718-1744. Là, il fut l’œil et l’oreille de la cour, car tapi discrètement en la Grand-Chambre, il nota, puis archiva tout (ou beaucoup, et beaucoup plus que tout autre) ce qui s’y passa de la fin de XVIIe siècle aux années 1740. Plus curieux encore, il agrémenta progressivement sa collection inouïe de notules personnelles qui forment, réunies ensemble, un inénarrable journal.

En 1720, notre commis eut plus de temps que d’habitude à consacrer à son humeur et à sa plume « journalistiques » : le Parlement de Paris est puni. À Pontoise « il fait pénitence, je pense, de quelque gros péché ». Ainsi chantonnait-on sur le Pont-Neuf… pour commenter la nouvelle du moment : le Régent Philippe d’Orléans a relégué sa très noble cour de Parlement qui rechigne à entériner des déclarations, arrêts du Conseil et autres édits. Ces derniers tentent in extremis de conjurer les effets désastreux de la banqueroute du « Système » de l’Écossais John Law. Le journal du sieur de L’Isle est le tableau vivant d’une crise plus que remarquable… doit-on dire préfigurative ? exemplaire ? Micro-histoire de cinq mois passionnants d’une grande histoire de la France.

Un ouvrage à la fois scientifique et grand public

L’ouvrage répond à tous les critères « scientifiques » d’un travail de recherche ; il est conforme, dans toutes les règles de l’art, aux normes universitaires et spécialisées de l’édition critique d’une source originale et autographe du XVIIIe siècle. Sa publication vient compléter un ouvrage paru en décembre 2007, aux éditions Honoré Champion, sur l’histoire des périodes de crises qui ont obligé le Parlement à quitter Paris et le palais de la Cité, pour un exil plus ou moins durable. Ce livre est intitulé Le Parlement en exil ou Histoire politique et judiciaire des translations du parlement de Paris. XVe-XVIIIe siècles. Intégrant les contributions de deux ingénieurs au CNRS sur les « Parlements » de Poitiers, au XVe siècle, et de Tours, au XVIe siècle, ce travail était la première synthèse jamais réalisée sur ce thème de la « translation » ; il a reçu un accueil très favorable de la communauté scientifique.
La mise en contexte du présent document (cf. l’introduction) a été l’occasion de la découverte de la réelle identité de son auteur, le commis et secrétaire du greffe du Parlement de Paris, Jean Gilbert, sieur de L’Isle. Elle a été en conséquence l’occasion d’une réactualisation de l’historiographie du fonds d’archives qu’il a légué et qui se trouve aujourd’hui conservé aux Archives nationales (série U). Les notes critiques apportées à la présente édition donnent tout l’éclairage possible sur l’identité des personnes évoquées, sur les événements et sur le personnel du Parlement de Paris au début du XVIII e siècle. Ce Journal du Parlement de Pontoise forme un ensemble cohérent, mais il n’est qu’une petite part d’un ensemble beaucoup plus vaste dont l’édition intégrale est un projet d’avenir.

S’il répond aux critères scientifiques, ce livre n’en est pas moins « grand public », par son format (celui qui s’emporte dans le train, qui se glisse dans un sac), par son volume (avec ses 359 pages, ce n’est pas un pavé), par ses illustrations. L’introduction se veut un tout, un essai historique et littéraire pour donner envie de lire davantage, d’entrer dans le vif du sujet. Et la présentation du Journal a tout fait pour relever cet humour – inconscient ( ? ) – de notre gratte-papier du Parlement de Paris.

Originalité et actualité du Journal de Gilbert « de L’Isle »

L’originalité du Journal tient essentiellement à son auteur : si bas dans l’échelle sociale (petit clerc de bureau d’origine rurale), si élevé dans le paysage politique de l’époque (porté par sa profession – et sa fidélité – en un lieu stratégiquement si important des institutions de l’époque).

Son actualité tient à la nature de la crise politique qui secoue la France de 1720. La « Régence » et le « Système » ont engendré une déstabilisation profonde de l’opinion.

  • Le désarroi est financier et économique – c’est vrai, comme en d’autres temps – mais (déjà !),
  • plus subtilement, il est politique : on doute de l’autorité du moment, de sa compétence, de son intégrité, de son sérieux ;
  • la crise est morale et religieuse : débats et contradictions entourant les affaires de l’Église après la publication de la bulle Unigenitus qui condamne le « jansénisme », entremêlent le religieux et le politique, le « laïc » et le « clérical », le canonique et le judiciaire.

Alors les regards se portent vers les élites, mais :

Mr le Régent vivoit toujours à son ordinaire, ainsi que Mrs les princes et les ducs et pairs, ces grands soutiens de l’État… (il y a beaucoup d’ironie dans le mot !), tel événement […] devroit bien faire rentrer ces princes en eux-mêmes pour mieux servir Dieu, le Roy et l’État dont un jour on leur reprochera qu’ils ont esté les premiers la cause de sa perte et de toute la misère que l’on voit aujourd’huy.

Prémonitoire ? Au fond, personne n’y comprend rien, ou pas grand-chose, à ces affaires de finances et aux enjeux économiques : déficit, économies, réduction de la dette, banque d’État, spéculation ou agio, dévaluation… mais on voit (comme aujourd’hui ? ) : le chômage, la misère, l’inquiétude, l’insécurité croissante (ou que l’on croit telle…). Toute politique d’assainissement des finances fait mal, très mal. Plus facile de murmurer, et le peuple crie sa colère, ose engager des grandes « bagarres » dans Paris, s’aventure à lancer pierres et fruits pourris sur les carrosses des Grands, mais à l’époque encore, on en appelle… à Dieu et à sa divine Providence pour leur conversion. La Révolution n’est pas mûre parce qu’elle est d’abord et fondamentalement ailleurs.

Le livre et son auteur

Références du livre

Le Régent, la Robe et le commis-greffier. Introduction à l’édition intégrale du Journal du Parlement de Pontoise, en 1720.
La Légitimité, Hors-série n° 1, 2012, ISSN 0153-2243, Association des Amis de Guy Augé, La Croix d’Épine, 61170 Saint-Agnan-sur-Sarthe, 2013, 359 p.

Publication soutenue par le Labex COMOD (Université de Lyon) et par la Société Historique et Archéologique de Pontoise du Val d’Oise et du Vexin (SHAPVOV).

L’auteur

Isabelle Brancourt : Agrégée d’Histoire (1986), docteur de l’Université de Lille (1992), HDR (2005). Professeur dans l’enseignement secondaire de 1982 à 1991 ; PRAG puis maître de conférences à l’Université d’Artois de 1992 à 2000 ; chargée de recherche au CNRS depuis 2000.

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