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Vive le Roy
Unir les peuples de France dans l’amour du Roi

Une famille noble dans la tourmente révolutionnaire

Illustration d’une noblesse écartelée entre tradition et révolution
lundi 1er septembre 2008 par Valancony Enregistrer au format PDF

La propagande républicaine se plait à présenter la Révolution comme une révolte du peuple contre la noblesse et ses privilèges. Les curieux de l’histoire savent que la vérité est plus complexe et que la Révolution divisa la noblesse comme les deux autres ordres. Ainsi ne s’étonnera-t-on pas de trouver opposé à Cathelineau, simple paysan et généralissime de l’Armée Catholique et Royale, un duc de Biron commandant les armées révolutionnaires.

Une aristocratie déstabilisée par les Lumières.

Évoquant les Cahiers de Doléances rédigés à la veille de la Révolution, l’historien Pierre Gaxotte écrit :

« La noblesse, gagnée en partie et depuis longtemps aux idées libérales, avait accueilli des formules "avancées" ce qui ne menaçait pas directement ses intérêts : constitution, tolérance, suppression des intendants, réforme du clergé, égalité fiscale même, (dans plus de la moitié des cahiers publiés) mais avec des restrictions et à la condition qu’il ne fût pas touché aux rentes seigneuriales utiles. »

Il est trop vrai que l’aristocratie du siècle des Lumières était, le plus souvent, fascinée par les idées qui devaient amener sa disparition. Au lieu de puiser dans ses propres valeurs les forces d’une réforme et d’un renouveau, le second Ordre crut se sauver en adoptant les opinions du camp adverse.

Cette attitude divisa bientôt chaque famille noble, dressant les fils contre les pères et les frères contre les frères. En Bretagne, les exemples de ces déchirements furent nombreux. Arrêtons-nous sur le cas des Champion de Cicé, illustration éclatante de cette affirmation.

Origine de la famille Champion de Cicé

Le château de Cicé dressait ses tours puissantes dans la paroisse de Bruz, au pays de Rennes, à deux pas de la Vilaine. C’était sur ce domaine qu’une famille Champion, d’origine normande, avait fait souche quelques siècles auparavant, s’illustrant dans le métier des armes, la magistrature et la cléricature.

Un rejeton de la branche cadette, Jérôme-Vincent Champion de Cicé, capitaine de dragons au régiment de Bretagne, épouse en 1722, à l’âge de 42 ans, Marie-Rose de Varennes de Condat, une jeune fille de vingt ans à peine. De cette union devaient naître douze enfants. Nous ne pouvons ici nous occuper de toute cette progéniture mais quelques figures méritent qu’on s’y arrête :

Un archevêque fidèle : Jean-Baptiste-Marie

Jean-Baptiste-Marie Champion de Cicé, né en 1725, fut dès sa vingtième année nommé abbé de Landevennec avant de recevoir la charge de vicaire général de Bourges. Évêque de Troyes en 1756 puis d’Auxerre en 1761, bien vu de la Cour, ce prélat, élu député du Clergé lors des États-Généraux de 1789, se montra un défenseur ardent et constant des intérêts de son Ordre. Il s’opposa vivement à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, pleinement d’accord sur ce point avec le pape Pie VI qui considérait ces droits comme « si contraires à la religion et à la société. »

Avec la même ténacité, il combattit la Constitution Civile du Clergé, repoussant d’emblée les prétentions de l’Assemblée Nationale Constituante qui s’immisçait illégitimement dans le domaine spirituel en faisant « tant de nouveaux règlements contraires au dogme et à la discipline ». Refusant, très logiquement, de prêter le serment civique exigé des ecclésiastiques, Mgr d’Auxerre prit le chemin de l’exil. Il mourut, fidèle à sa foi, dans la lointaine Prusse, à Albertstadt, en 1805.

Des neveux dans les armées royaliste et républicaine

Son cadet, Louis-Toussaint, comte de Cicé, naquit à Rennes en 1732. Sa vie ne paraît pas avoir revêtu un lustre particulier. Chef d’escadre de la Royale, il quitta ce bas monde dans le Paris agité de 1792. Sa femme, Jeanne de Voison, lui avait donné huit enfants dont cinq fils. Quatre de ces derniers sollicitent notre attention :

Deux, Paul-Pierre et Jérôme-Louis moururent dans les rangs royalistes à la bataille de Grandchamps en mai 1795 alors que deux autres, Marie-Jérôme et Marie-Ambroise périrent dans les armées républicaines durant les guerres révolutionnaires. Ces morts, par leur courage, illustrèrent dans des camps adverses l’orgueilleuse devise familiale : “Au meilleur le prix”.

Un frère archevêque, « père » des Droits de l’Homme et ministre : Jérôme-Marie.

Un archevêque ambitieux et séditieux

Jérôme-Marie Champion de Cicé, frère de l’archevêque d’Auxerre et de l’officier de marine vit le jour en 1735. L’histoire de notre pays a retenu son nom car il joua un rôle déterminant dans les premières années de la Révolution. Ayant, lui aussi, embrassé la carrière ecclésiastique, il fut évêque de Rodez avant d’occuper en 1781 le siège archiépiscopal de Bordeaux.

Cette éminente fonction, une solide ambition et quelques amitiés opportunes lui permirent de faire partie des 144 "hauts personnages" que le roi Louis XVI convoqua en février 1787, à Versailles, pour “délibérer sur un programme de réformes”. Le prélat, de connivence avec ses confrères d’Aix, d’Arles, de Toulouse et de Narbonne, mena à cette occasion une véritable fronde contre le souverain et son ministre Calonne.

Le monarque finit par céder à cette révolte ouverte, renvoya son ministre et appela aux affaires Mgr de Toulouse, Loménie de Brienne. Les tenants de l’Encyclopédie, ce “gouffre” où, selon Diderot lui-même, des « espèces de chiffonniers (les rédacteurs) jetèrent pêle-mêle, une infinité de choses mal vues, mal digérées, bonnes, mauvaises, détestables, vraies, fausses, incertaines et toujours incohérentes et disparates », avaient gagné la partie.

L’échec de l’Assemblée des Notables précipita la convocation des États-Généraux. Député du Clergé, Jérôme-Marie Champion de Cicé, partisan de la réunion des trois Ordres, travailla avec ardeur au projet de constitution qui devait dessiner les contours du Nouveau Régime.

Père de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

C’est à l’archevêque de Bordeaux que l’on doit la mise en forme [1], au demeurant assez mal réussie, de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Ce texte, adopté le 25 août 1789, était, selon l’affirmation d’Albert Soboul l’“œuvre des disciples des philosophes”. Le prélat revendique hautement, à cette époque, la paternité de cette "déclaration".

Bousculé et hué par la foule parisienne au cours des journées d’octobre 1789, il s’étonnera, non sans naïveté, que l’on ait osé conspuer en sa personne l’auteur des "Droits de l’Homme".

Ministre sous la Constituante

Nommé Garde des Sceaux le 3 août de la même année, le nouveau ministre se trouve assez rapidement confronté au délicat problème de la réorganisation de l’Église de France. En effet, dès le 12 juillet 1790 les députés avaient adopté la Constitution Civile du Clergé et chacun espérait ou redoutait la décision du Roi qui pouvait refuser d’entériner cet “abus de compétence” de la Constituante. Cette dernière, conformément aux thèses gallicanes les plus extrêmes voulait en effet soumettre Dieu au pouvoir civil et créer ainsi une Église nationale.

Louis XVI, aux prises avec ce très grave cas de conscience s’inquiéta de recueillir l’avis des deux prélats de son Conseil : N.N.S.S. Champion de Cicé et Pompignan. Ce dernier, archevêque de Vienne, en Dauphiné, était ministre de la Feuille des Bénéfices. Ces ecclésiastiques, d’esprit très libéral, penchaient l’un et l’autre pour l’approbation en espérant que Rome accepterait, au bout du compte, de jeter un peu d’eau bénite sur cette Constitution schismatique. Le nonce en poste à Paris souhaitait lui aussi temporiser.

Quelques jours auparavant cependant, le 9 juillet, alors que l’Assemblée débattait du projet de loi, le Pape avait écrit au Roi de France : « Nous devons vous dire avec fermeté et amour paternel que si vous approuvez les décrets concernant le Clergé, vous induirez en erreur votre nation entière, vous précipiterez votre royaume dans le schisme et peut-être dans une nouvelle guerre de religion. »
Le 10 juillet, Pie VI avait adressé deux brefs dans le même sens aux deux archevêques-ministres.

Plusieurs historiens pensent que ces lettres n’arrivèrent à Paris que le 23 du mois, donc le lendemain où Louis XVI, poussé par son entourage avait fait connaître aux députés qu’il acceptait la Constitution Civile du Clergé tout en se réservant le droit de la sanctionner plus tard. Ce qu’il fit d’ailleurs le 24 août alors qu’il n’ignorait plus rien de la position de Rome.

Monseigneur de Cicé déclarera plus tard à ses diocésains d’Aix, en manière de confession publique : « Quant à moi, mes très chers frères, je me reproche amèrement la faiblesse que j’ai eue, étant ministre, à revêtir du sceau de l’État la Constitution Civile du Clergé, et d’avoir engagé le roi à la signer, malgré l’avis du Chef de l’Église ».

Les événements se précipitant, Jérôme-Marie Champion de Cicé donna sa démission de Garde des Sceaux le 22 novembre 1790, refusa de prêter le serment civique et quitta la France. Revenu en 1802, après la signature du Concordat, rallié à Bonaparte il occupa le siège d’Aix jusqu’à sa mort en 1810.

Une sœur religieuse, belle âme et servante des pauvres : Adélaïde-Marie

Naissance d’une vocation

Consacrons maintenant la suite de cette chronique familiale à Adélaïde-Marie de Cicé, sœur des précédents, fondatrice de la Société des Filles du Cœur de Marie.

Douzième et dernière enfant de Jérôme-Vincent et de Marie-Rose de Varennes, Adélaïde vint au monde dans la capitale bretonne, en l’Hôtel de Cicé, le 5 novembre 1749. Son père l’ayant laissée orpheline deux ans après, elle passa son enfance près de sa mère qui l’initia à la piété sincère et à la charité. Rennes, en ce temps-là gardait un souvenir vivace de saint Jean Eudes et de saint Louis-Marie Grignon de Montfort et leur exemple animait une spiritualité exigeante et attentive au sort des déshérités.

Peu à peu, dans l’esprit de l’enfant puis de la jeune fille, l’appel de Dieu va devenir de plus en plus pressant. Son directeur de conscience qui l’aidera à discerner la réalité de sa vocation sera l’abbé Boursoul, missionnaire diocésain, dont la mémoire vit encore dans la paroisse de Montgermont.

Servir les pauvres

En janvier 1784, la mort de Madame de Cicé laissa sa fille libre de suivre son inclination. Un an plus tard, celle-ci confia au papier un projet de “société pieuse” destinée à unir la prière à un service humble et constant des pauvres : les religieuses « s’offriront par (Marie) à Notre-Seigneur pour remplir toutes ses volontés sans se proposer rien de particulier que le lien spirituel et temporel du prochain ».

C’est sous l’influence d’un malouin, Pierre Picot de Clorivière, qui sera le restaurateur de l’Ordre des Jésuites dans notre pays, qu’Adélaïde-Marie de Cicé réalisera sa fondation. Elle commença son initiation par une sorte de noviciat dans la Communauté des Filles de la Croix de Saint-Servan. Là, on la vit, vêtue comme les pauvres se hâter chaque jour auprès des « malades, infirmes, blessés, vieux matelots ou pêcheurs, veuves et enfants de naufragés, ouvriers sans ressources, auxquels elle distribuait des aumônes qu’elle avait recueillies pour eux autour d’elle ».

Un caractère bien "trempé"

En novembre 1791, notre héroïne, sans se soucier des dangers, « avec cette superbe indifférence que professent pour les vulgaires événements de la politique les âmes vraiment détachées de la terre » ... prit le chemin de la capitale afin d’y retrouver ses premières religieuses. Elle y rejoignit également le Père de Clorivière devenu par la force des choses, prêtre réfractaire contraint à la clandestinité.

G. Lenôtre dans ses récits du Paris révolutionnaire Vieilles Maisons, Vieux papiers décrit ainsi la vie d’Adélaïde de Cicé dans la capitale :

« Chaque jour, en pleine Terreur, dès l’aube, elle quittait sa maison de la rue Cassette et s’en allait trottinant, jusqu’à l’extrémité des faubourgs, en quête de malades à soigner, de plaies à panser, de misères à secourir, elle entrait résolument chez les riches, fussent-ils Jacobins avérés, et leur soutirait de l’argent, des assignats, du vieux linge, dont elle faisait aussitôt distribution : elle ne cachait ni son nom noble, ni ses aristocratiques parentés ; jamais elle n’avait songé à abandonner ses pauvres pour se mettre à l’abri d’une arrestation possible ; et, quoiqu’elle fut connue dans tous les taudis des faubourgs, quoiqu’elle pénétrât chez les patriotes à carmagnole aussi allègrement que dans la retraite des royalistes proscrits, jamais personne n’avait songé à la dénoncer. »

Les prisons révolutionnaires pour "fanatisme" !

Ceci ne signifiait pas que les périls se tenaient éloignés de la communauté. Le 20 juin 1794, une des premières “Filles du Cœur de Marie”, Thérèse des Bassablons qui consacrait sa vie et sa fortune aux nécessiteux de Saint-Malo, porta sa tête sur l’échafaud pour avoir accueilli chez elle des prêtres insermentés.

En 1799 d’ailleurs, la police du Directoire s’intéressa à Mlle de Cicé. On perquisitionna dans son humble logement et on la jeta en prison au motif de “fanatisme”. Libérée, mais surveillée par les mouchards de Fouché, la citoyenne Champion connût à nouveau les cachots de la République à l’occasion de l’attentat de la rue Saint-Nicaise perpétré le 24 décembre 1800 contre le Premier Consul. En effet, un des affidés du complot, Cabon, arrêté, avait cité son nom parmi ceux des personnes lui ayant donné asile. Enfermée à Sainte-Pélagie, elle fut traduite devant le tribunal en avril 1801. Son courage tranquille, les dépositions enthousiastes des témoins de moralité, la bonne disposition des juges qui tinrent compte de sa volonté droite, amenèrent un acquittement.

Elle se retira à Rouen puis chez son frère Jérôme-Marie, nouvel archevêque d’Aix.
Ayant regagné Paris en 1803, la fondatrice des “Filles du Cœur de Marie”, comme le Père de Clorivière, rencontra d’autres épreuves mais la Providence protégea son œuvre. Adélaïde de Cicé rendit sa belle âme à Dieu, le 26 avril 1818, au pied du Saint-Sacrement.

Sa dépouille repose au cimetière du Montparnasse, sous une croix portant gravée cette sentence : “On repose en paix dans le Cœur de Marie”. Son esprit continue d’animer une congrégation de 24.000 religieuses.

Conclusion

Empruntons notre conclusion à cette réflexion de Bernard Basse [2] :

« Il faut.... souligner la faillite de la noblesse qui, au cours des derniers siècles, a manqué à sa mission traditionnelle. Ce corps social a perdu de vue ses responsabilités pour ne plus se préoccuper que de ses privilèges et de leur conservation. Lorsque Louis XVI tentera la série de réformes préconisées par ses ministres, c’est la noblesse comme le haut clergé qui s’y opposèrent. »

Cependant, la faiblesse des uns n’est-elle pas rachetée par la courageuse vertu des autres. On pourrait le penser en parcourant la vie exceptionnelle d’Adélaïde de Cicé.

Sources :

- Adélaïde de Cicé par Marielle de Chaignon, Ed. Nouvelle Cité, 1990
- Le pays de Bruz au cœur de la tourmente révolutionnaire par J. Bertonneau, Ed. Histoire locale du Pays rennais, 1987
- Visites Maisons-Vieux Papiers par G. Lenôtre, Librairie Académique Perrin, 1981

[1Il présida, les 27 et 28 juillet 1789, le comité chargé l’élaborer la nouvelle Constitution et de rédiger la “Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen”.

[2Bernard Basse : "La Constitution de l’Ancienne France" Presses Saint Louis, 1973


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