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Vive le Roy
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Philippe le Bel et Boniface VIII

Pour en finir avec un mythe
jeudi 17 juillet 2008 par Brekilien Enregistrer au format PDF

Philippe IV dit « le Bel » est probablement le roi le plus vilipendé de notre Histoire. Ses détracteurs — et ils sont nombreux — se recrutent, curieusement, aussi bien dans la mouvance catholique que dans la mouvance maçonnique et ésotérique. Comment expliquer ce phénomène ?

Ce fut à peu près dans le même temps que Boniface VIII, qui s’était brouillé mal à propos avec la France, par une prétention jusqu’alors inouïe sur le temporel des rois, qui n’appartient qu’à Dieu seul, souhaitant enfin de se raccommoder avec Philippe le Bel, offrit de rétracter ce qu’il avait avancé de contraire aux droits de la Couronne, si le roi voulait faire juges de leurs différends, non pas des gens qui lui fussent si dévoués qu’ils fermassent les yeux à la justice pour lui plaire, mais des princes pleins de droiture & de bonne foi, tels qu’étaient les ducs de Bourgogne & de Bretagne. Le roi n’eut pas de peine à se soumettre à leurs décisions ; mais Boniface mourut avant que de s’être réconcilié avec le roi ; & son successeur, cassa tout ce qu’il avait fait, sans en être même prié de la part de Philippe.

Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, Édition de 1707, Livre IX, p. 290.

Du côté catholique, que reproche-t-on à Philippe le Bel ?

Essentiellement : ses relations conflictuelles avec Rome qui atteignent leur paroxysme lors de l’attentat d’Anagni.

Le contexte

Reportons-nous quelques sept siècles en arrière…

Philippe, né en 1268, devient roi de France en 1285 et meurt en 1314. Pendant son règne, six Papes se succèdent sur le trône de Pierre : Honorius IV, Nicolas IV, Célestin V, Boniface VIII, Benoît XI et Clément V. Les relations entre Rome et Paris n’appellent aucune remarque particulière pendant le pontificat des trois premiers.

Célestin V [1] abdique le 13 décembre 1294 et le cardinal Benedetto Gaetani est élu le 24 décembre 1294 sous le nom de Boniface VIII.

Cette abdication éclate comme un coup de tonnerre dans la Chrétienté [2].

À l’instar des deux cardinaux Jacopo et Pietro Colonna [3], la Sorbonne — qui est la grande université de théologie de l’époque — conteste la validité de cette abdication et, logiquement, la régularité de l’élection de Boniface VIII. Philippe le Bel semble beaucoup hésiter et, le temps passant, finit par se ranger à cet avis. Il s’agit là d’un point important nécessaire à la compréhension des événements qui vont suivre.

L’affaire Bernard de Saisset

Le conflit entre Boniface VIII et Philippe le Bel est, en quelque sorte, allumé par un prélat languedocien, Bernard de Saisset.

Une première querelle, caractéristique du contexte féodal, éclate alors que Bernard de Saisset, abbé du monastère de Saint-Antonin, à Pamiers dans le comté de Foix, conteste au comte de Foix la possession du château de Pamiers. Philippe le Bel, confirmant une donation antérieure de son père, fait remettre le château au comte… Boniface VIII érige bientôt Pamiers en évêché et le confie à Bernard…

En 1300, dans le cadre d’une dispute entre le vicomte de Narbonne et son archevêque, le pape nomme l’évêque de Pamiers pour le représenter auprès du roi qui le reçoit mais lui adresse à peine la parole… Furieux, Bernard de Saisset se vante alors de vouloir arracher le comté de Toulouse au roi de France. Pour ce faire, il tente d’entraîner son vieil ennemi, le comte de Foix, qui l’éconduit. Ses démarches le font soupçonner de complot et de trahison. Il est, alors, cité devant le roi. Il comparait à Senlis. Le roi écrit au pape pour lui exposer la situation et lui demander de priver l’évêque de Pamiers de tout privilège clérical et de permettre à la justice régulière de le poursuivre comme criminel de lèse-majesté. Le pape refuse et enjoint à Philippe de le remettre immédiatement en liberté. Le roi l’expulse du royaume avec le légat, porteur de la réponse de Boniface VIII… Plus tard, Bernard de Saisset se réconciliera avec Philippe le Bel… L’histoire médiévale est emplie de telles péripéties !

L’affaire de Flandre

L’affaire de Flandre vient, également, détériorer les relations entre Rome et Paris.

Par le traité de Melun, conclu après Bouvines, le comte de Flandre s’était engagé à rester fidèle au roi de France. Mais le comte, Guy de Dampierre [4], complote avec Édouard d’Angleterre… Nombreuses péripéties… Guy est, un moment, retenu prisonnier en France… Le 27 janvier 1297, le comte de Flandre abjure publiquement son hommage au roi de France et signe un traité d’alliance offensive et défensive avec le roi d’Angleterre. Philippe le Bel réagit vivement… Le conflit dure… L’empereur germanique, Adolphe de Nassau, en profite pour revendiquer, au nom de l’Empire, Valenciennes et une suzeraineté sur la Flandre… Philippe le Bel refuse par ces mots célèbres et plein de mépris envers cette petitesse : « Trop allemand »…

Boniface VIII, qui avait, d’abord, soutenu la position française, finit par prendre le parti de l’empereur germanique… Cette affaire, strictement politique, dépasse largement son époque puisqu’elle trouvera sa conclusion, sous Louis XIV, avec le rattachement de Lille à la France et, au XIXe siècle avec la création de la Belgique. Encore que les actuelles rivalités entre Flamands et Wallons peuvent légitimement laisser penser que rien n’est terminé !

L’escalade

Empoisonnées par les deux affaires précitées, les relations entre Boniface VIII et Philippe le Bel s’enveniment rapidement. Les différentes bulles pontificales ponctuent, en quelque sorte, les phases successives du conflit.

En 1294, le roi, désireux de faire participer tous les habitants du pays à l’effort de guerre [5] , obtient des prélats français, réunis en conciles, la levée d’un décime sur le clergé.

En 1296, il obtient un nouveau décime. Boniface VIII publie, alors, la bulle Clericis laicos [6] qui rappelle à tous les princes laïques l’interdiction de ne lever aucun subside sur le clergé… Philippe le Bel réagit. Prétextant l’état de guerre, il interdit toute sortie d’argent du royaume…
Boniface VIII adresse alors à Philippe la bulle Ineffabilis amor qui le réprimande sévèrement mais, en final, accorde les subsides. Philippe s’empresse alors de laisser passer les revenus du Saint-Siège…
Le climat s’améliore. On célèbre la canonisation de saint Louis, le jubilé de 1300…

Pourtant, le roi semble de plus en plus se laisser convaincre par les arguments de son entourage qui, reprenant à son compte ceux des cardinaux Colonna, voit en Boniface VIII un usurpateur.

En 1301, le pape promulgue la bulle Ausculta fili, qui affirme la suprématie du Saint-Siège, en raison du péché, sur tous les autres pouvoirs, et critique le gouvernement intérieur de Philippe le Bel. Il convoque à Rome tous les prélats et abbés de France. Un résumé déformant la bulle pontificale — et connu sous le nom de Petite bulle — circule en France et parvient jusqu’au pape. Boniface VIII réagit à la falsification de sa bulle :

On Nous fait dire à tort que le roi ait à reconnaître qu’il tient son royaume de Nous. Voilà quarante ans que Nous sommes docteur en droit et que Nous savons que les deux puissances sont ordonnées à Dieu. Qui donc peut croire qu’une telle folie Nous soit tombée dans l’esprit ? Mais on ne peut nier que le roi ou tout autre fidèle ne Nous soit soumis sous le rapport du péché.

Philippe le Bel convoque les États Généraux. L’assemblée se tient en 1302, dans l’église Notre-Dame.

  • Le clergé, tout en se déclarant fidèle sujet du roi, rédige une lettre au pape qui est une tentative de conciliation. Il supplie Sa Sainteté de rapporter sa convocation à l’assemblée de Rome et d’entrer en composition avec le roi.
  • Les barons, de leur coté, écrivent au collège des cardinaux. Ils déclarent n’accepter aucune intervention pontificale dans les affaires intérieures du pays…
  • Les députés des communes supplient le roi de conserver « la souveraine franchise du royaume » …

Les événements se précipitent malgré les efforts du clergé français pour les arrêter. Le pape renouvelle aux prélats l’ordre de se rendre à Rome… Le roi leur maintient la défense de sortir du royaume…
L’assemblée romaine a tout de même lieu en l’absence de nombreux prélats français… Puis c’est la fameuse bulle Unam sanctam [7].

Pour répondre au consistoire de Rome, le roi convoque, au Louvre, le 12 mars 1303, une assemblée de prélats et de barons. L’on y évoque la tenue d’un concile auquel on en appellerait du pape…

Par l’intermédiaire du cardinal français Le Moine, Boniface VIII somme les prélats qui n’étaient pas encore venus à Rome de s’y rendre, à pied ou à cheval, sous peine d’être déposés. Il prévient le roi qu’il se trouve compris dans les sentences générales d’excommunication frappant ceux qui empêchent les prélats de se rendre à l’appel du pape…

Le roi convoque une nouvelle assemblée au Louvre au cours de laquelle il se place, avec tous ses sujets, sous la protection du futur concile… Cinq archevêques, vingt-deux évêques et plusieurs abbés donnent leur assentiment à ce concile…

L’attentat d’Anagni puis l’apaisement

D’Anagni où il s’est retiré, Boniface VIII invite l’empereur à étendre sa suzeraineté sur les provinces françaises en deçà du Rhin et du Rhône et, surtout, se prépare à fulminer l’interdit contre le royaume de France par une bulle qui, en même temps, doit excommunier quiconque resterait fidèle à Philippe…

Le roi, qui de moins en moins croit avoir affaire au véritable chef de l’Église, mais plutôt à un pontife sur le point d’être déposé, donne son consentement au projet audacieux, par lequel on veut prévenir le coup dont lui-même se sent menacé. Il s’agit de pénétrer, par surprise, jusqu’au pape et de l’enlever pour l’emmener de force à Lyon devant le concile…

Assis sur son trône, le front ceint de la tiare, Boniface VIII attend. Toute sa cour, tous les cardinaux l’ont abandonné, sauf deux : Pierre d’Espagne et Nicolas Boccasini… Sciarra Colonna, neveu des deux cardinaux précités, le somme de choisir entre l’abdication et la mort. « Voilà ma tête, voilà mon cou, répond courageusement Boniface VIII, au moins je mourrai en pape ! »

Exaspéré, Sciarra Colonna veut le frapper mais, Guillaume de Nogaret l’en empêche et se place devant le pontife pour le protéger. La fameuse « giffle » d’Anagni est née dans l’imagination d’Edgard Boutaric, Archiviste aux Archives de l’Empire et auteur de La France sous Philippe le Bel paru en 1861 chez Henri Plon. Il sera rapidement suivi par Ernest Renan [8] pour lequel tous les moyens étaient bons qui permettaient d’éloigner les catholiques de la monarchie légitime.

Le pape est retenu prisonnier… Bientôt délivré par le marquis Gaetani, il tombe malade et meurt, un mois après, le 11 octobre 1303.

Nicolas Boccasini [9] succède à Boniface VIII, le 22 octobre 1303, sous le nom de Benoît XI. Il annule toutes les sanctions portées par son prédécesseur contre la France et son roi. Il sera béatifié par Clément XII en 1736.

Du côté maçonnique et ésotérique, que reproche-t-on à Philippe le Bel ?

Une seule chose : la destruction de l’Ordre du Temple. Pourquoi ? Qui étaient les Templiers ? Que représentent-ils pour un franc-maçon d’aujourd’hui, pour ses compagnons de route ?

Bref rappel sur l’histoire de l’Ordre du Temple

Là encore, reportons-nous quelques siècles en arrière…

En 1118, à l’époque triomphante du royaume de Jérusalem, le Champenois Hugues de Payens, Geoffroy de Saint-Omer et sept autres chevaliers proposent au roi Baudouin II de mettre à sa disposition, sous la forme d’un ordre militaire et religieux, une troupe permanente. Cette troupe se donne pour mission d’assurer aux pèlerins la liberté des routes et tient quartier dans une partie du palais royal, qu’on appelle, alors, le Temple de Salomon.

En 1128, Hugues de Payens se rend au concile de Troyes, où il fait solennellement approuver son Ordre. Quelques années après, saint Bernard confie, à son secrétaire Michealensis, le soin d’adapter à cette vie guerrière la règle bénédictine…

Le 13 octobre 1307, au matin, le Grand Maître du Temple, Jacques de Molay est arrêté à Paris.

Le 22 mars 1312, par la bulle Vox in excelso [10], le pape Clément V supprime l’Ordre du Temple.

Le 11 mars 1314, le cardinal d’Albano, deux autres cardinaux et l’archevêque de Sens, mandatés par le pape, condamnent à la prison perpétuelle le Grand Maître des Templiers, le Visiteur de France et les Commandeurs d’Aquitaine et de Normandie. Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, Commandeur de Normandie, au lieu de confesser publiquement leurs fautes, rétractent leurs aveux. Relaps, selon le droit de l’époque, ils sont alors remis, par les cardinaux, au prévôt de Paris qui les fait brûler par ordre du roi.

Le Temple, un ordre turbulent

On croit généralement que la persécution qui fond sur eux, le 13 octobre 1307, est subite, inattendue, foudroyante, et doit, sans conteste, être regardée comme le résultat d’un concert intéressé entre le pape et le roi de France. Il n’en est point ainsi !
Il y a longtemps que nombre de princes chrétiens se plaignent de l’attitude des Templiers et que les yeux de la cour de Rome sont ouverts sur les désordres des chevaliers ! Quelques faits…

  • En 1172, le roi Amaury de Jérusalem est contraint de prendre d’assaut la résidence du Grand Maître, pour incarcérer l’assassin d’un ambassadeur ismaïlien qu’il venait de recevoir et que les Templiers avait massacré, lui et son escorte. Décidé à demander au pape la suppression de l’Ordre, la mort l’empêchera de mener à bien son projet…
  • En 1200, le pape Innocent III reçoit la plainte de Léon Ier, roi d’Arménie, contre les Templiers qui ont envahi et ravagé sa terre.
  • Les Templiers trahissent l’empereur Frédéric III qui vient de reconquérir la Terre Sainte et cherchent à le faire assassiner par les infidèles [11].
  • En Syrie, saint Louis fait mettre à genoux devant lui, en présence de tous les barons, le Grand Maître Renaud de Vichière, pour avoir engagé, à son insu, des négociations politiques et financières avec le sultan de Damas…
  • Les Templiers ont refusé de participer à la croisade contre les Albigeois…
  • En 1272, le concile de Salzbourg propose de réunir le Temple à l’Hôpital. Grégoire X, dès l’année suivante, et Nicolas IV, en 1289, travaillent à ce projet dans le but avoué de réformer à la fois les deux Ordres…

Quels sont les griefs relevés dans le procès contre l’Ordre ?

En premier lieu, la pratique d’une initiation secrète, accompagnée du reniement du Christ et de l’adoration d’une idole à tête d’homme, le Baphomet, transcription pour certains de Mahomet, pour d’autres du « baptême du feu » alchimique.

Les procédures commencées en France sont, d’abord, déclarées nulles par le pape, le roi de France n’ayant pas le droit de juger les chevaliers qui ne relèvent que de Rome. La commission pontificale, alors mandatée, conclut à la véracité des accusations après des interrogatoires qui, eux, contrairement aux tribunaux civils de l’époque, ne pratiquent pas la torture. En Angleterre, en Sicile, à Naples, à Florence, dans les États de l’Église, l’enquête, poursuivie pendant deux ans, établit la culpabilité, sinon de la plupart des chevaliers, au moins d’un très grand nombre.

Les biens du Temple, fort importants, sont remis à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem [12], conformément à la bulle pontificale adressée au roi de France et datée du 16 mai 1312 [13].

Les historiens sérieux et impartiaux admettent, aujourd’hui, que, si la totalité de l’Ordre ne fut certainement pas gangrenée, une partie, qu’il est difficile de dénombrer, contaminée par les Cathares [14] et l’Orient, était bel et bien hérétique, manichéenne et, probablement, satanique.

Que vient donc faire la mouvance maçonnique et ésotérique dans cette histoire ?

L’universalité du Temple fit sa faiblesse ; sa richesse provoqua sa ruine ; sa doctrine, son ésotérisme, son « secret » servirent à sa destruction. Mais son esprit demeura, repris par les fraternités médiévales, par les groupes rosicruciens, par les sociétés de pensée, par les sociétés secrètes de nos jours ; l’idéal du Temple, l’ésotérisme de son but demeurent vivants. Peu importe que la succession matérielle ne soit pas assurée par des investitures rituéliques ; l’esprit demeure et l’idée templière appartient incontestablement aux grands courants de pensée qui secouent encore parfois le monde moderne…

J. Marquès-Rivière, Histoire des Doctrines Ésotériques, Payot édit. , p. 278.

De fait, la mouvance maçonnique et ésotérique revendique, à tort ou à raison, la filiation templière, et Philippe le Bel a attisé pour les siècles la haine des initiés contre sa dynastie et sa religion.

Quelques exemples…

  • L’une des épreuves de la Franc-Maçonnerie, avant la Révolution, consistait à faire opérer au dignitaire maçonnique l’exécution en effigie d’un roi de France sur un mannequin représentant Philippe le Bel [15]
  • Chacun sait que Louis XVI fut enfermé au Temple. Mais, ce que l’on ne sait généralement pas c’est que, après avoir repoussé le choix de l’Hôtel de la Chancellerie, l’Assemblée avait décidé d’enfermer les « otages » dans le Palais du Luxembourg. Manuel, procureur de la Commune, refusa, arguant les facilités d’évasion que procurerait la présence de souterrains, et proposa le Temple. Mais, pour les députés comme pour le roi, le Temple, c’était le Palais du Grand Prieur, construit par Mansard et résidence princière. Pour la Commune, c’était le fameux donjon carré qui avait servi aux Templiers de trésor et de dépôt d’archives ! On connaît le cri qui s’éleva du milieu de la foule le 21 janvier 1793 : « Jacques de Molay, tu es vengé ». Mais, peut-être n’est-il pas historique…
  • Au XIXe siècle, les carbonari faisaient le serment de travailler au renversement des Bourbons et du Pape…
  • De nos jours [16], les fils de maçons américains sont enrégimentés sous la bannière de DeMolay, en souvenir du dernier Grand Maître de l’Ordre du Temple. Cette importante organisation, l’Ordre International de DeMolay, a été fondée en Amérique en 1919. Y adhèrent les « Lowtons » [17] âgés de 13 à 21 ans. Des personnalités connues ont, tout jeunes, sucé le lait de la louve maçonnique et appartenu à l’Ordre DeMolay : des acteurs célèbres comme John Wayne, des dessinateurs comme Walt Disney, des astronautes comme Franck Borman et Vance Brand, des politiciens comme le président Bill Clinton…

Que la filiation soit réelle ou inventée, la Franc-Maçonnerie se veut héritière du Temple !

Conclusion

L’on comprend donc fort bien la haine de la mouvance maçonnique et ésotérique envers Philippe le Bel. Mais du côté catholique, pourquoi cette animosité ?

Il est, évidemment, bien difficile, aujourd’hui, de juger de la sincérité du roi quand il traite Boniface VIII en usurpateur. Ce qui est certain, c’est qu’il avait tort : Boniface VIII était bien pape et aucun de ses successeurs ne verra en lui un anti-pape ! Et les méthodes royales ne furent peut-être pas toujours dignes d’un prince chrétien ! Toutefois, Philippe le Bel, quelle que soit l’importance de ses fautes [18], a été absous, absous par le Pontife Suprême, successeur, en la personne de Benoît XI, de celui qui a directement reçu le pouvoir de « lier » et de « délier ». Il est, par ailleurs, mort chrétiennement et pleinement réconcilié avec l’Église.

D’aucuns, par ailleurs, lui attribuent la responsabilité des malheurs [19] qui fondront par la suite sur notre pays. N’est-ce pas, alors, mettre en doute la validité de l’absolution pontificale, absolution qui fut donnée, non seulement au roi, mais au pays tout entier, par la levée des sanctions canoniques qui les frappaient ou allaient les frapper ?

D’autre part, un Dieu vengeur, poursuivant de sa rage un peuple tout entier pendant plus d’un siècle, est-il Celui de l’Évangile ?

En passant sous le portique du Temple, Jésus aperçut un mendiant, aveugle depuis sa naissance. Ses disciples l’interrogèrent :

— Maître, pour qu’il soit né aveugle, qui est coupable : lui ou ses parents ?

— Ni lui, ni ses parents, répondit Jésus. S’il est aveugle, c’est pour qu’éclate la puissance de Dieu…

Jean, 9,1-2.

D’une manière plus générale, évoquer ne serait-ce que l’éventualité d’une malédiction pour un homme ou un peuple revient à admettre une certaine forme de prédestination, déviation qualifiée par l’Église d’hérésie !

Une question vient immédiatement à l’esprit. Ces catholiques sincères qui, de bonne foi, voient en Philippe le Bel une sorte d’antéchrist ne sont-ils pas victimes d’une intoxication de la part de la mouvance maçonnique et ésotérique qui, selon son habitude, cherche à les faire épouser ses propres combats ?


BIBLIOGRAPHIE :

  • Duc de Lévis-Mirepoix (de l’Académie française), Le siècle de Philippe le Bel, Amiot-Dumont, Paris, 1954.
  • Jean Favier, Philippe le Bel, Arthème-Fayard, 1978.

[1Canonisé en 1313 sous le nom de saint Pierre Célestin.

[2Souvenons-nous de l’émotion suscitée, il y a quelques trente ans, par l’intention prêtée à Paul VI d’abdiquer lui aussi !

[3Ils iront jusqu’à déclarer au pape lui-même qu’ils ne le reconnaissent pas pour tel.

[4Il avait accompagné saint Louis à Tunis et était le parrain de Philippe le Bel !

[5Il s’agit des guerres de Flandre et de Guyenne.

[6Elle visait, également, Édouard Ier d’Angleterre qui avait obtenu les mêmes subsides.

[7L’authenticité de cette bulle a été mise en doute par des auteurs sérieux, tel le duc de Lévis-Mirepoix de l’Académie française. Le fait est qu’elle a été omise dans le code officiel des Clémentines publiées par Jean XXII. Léon X en fera mention dans un code pontifical sans, toutefois, en donner le texte officiel. Une thèse prétend qu’elle n’aurait été qu’un projet, rédigé par le général des Augustins Ægidius, qui, par excès de zèle, aurait fait dire au pape Boniface VIII, et sans la vigueur de pensée qui était la sienne, plus qu’il n’aurait dit lui-même.

[8Cf. Jean Favier, Philippe le Bel, Éditions Fayard, 1998.

[9L’un des deux seuls cardinaux à être restés auprès de Boniface VIII à Anagni.

[10« Clément, évêque, serviteur des servireurs de Dieu,... Une voix a été entendue dans les hauteurs, voix de lamentation, de deuil et de pleurs... Nous supprimons par une sanction irréfragable et valable à perpétuité, non sans amertume et sans douleur dans le cœur, l’ordre des Templiers, son état, son costume et son nom... Donné à Vienne, le XI des calendes d’avril, de notre pontificat la septième année. »

[11Mathieu Paris, à l’année 1229, t. III, p. 417 de la trad. Huillard-Bréholles.

[12Appelé, aujourd’hui, « Ordre de Malte ».

[13Une bulle identique, portant la même date, est adressée au roi d’Angleterre.

[14De nombreux Cathares avaient été placés en manière d’expiation dans l’Ordre du Temple.

[15Cf. J.C. Lozac’hmeur et B. de Karer, De la Révolution, Éd. Sainte-Jeanne d’Arc, 1992.

[16Cf. Henry Coston, Monde et Vie, 7 avril 1994, N° 563.

[17Le terme « lowton » ou « louveton » ou « louveteau » désigne un fils de franc-maçon qui a reçu le « baptême » maçonnique au cours d’une cérémonie en loge.

[18Qui furent infiniment moins grandes que celles d’un Charles-Quint dont on se plaît, semble-t-il, aujourd’hui, à révérer la mémoire ! Furieux de l’alliance conclue entre Clément VII et François Ier, Charles-Quint lança, en effet, ses troupes sur Rome, le 6 mai 1527. Les brigands espagnols et les lansquenets luthériens, à sa solde, mirent tout à sac comme aux jours les plus effroyables des invasions vandales. Pourtant, il se réconcilia, lui aussi, avec l’Église et Clément VII le couronna à Bologne le 24 février 1530.

[19La guerre de Cent Ans, entre autres.


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